Culture

Un collectif d’artistes orléanais en résidence à l’Octroi

ou quand La bande à Hilbey s’octroie du champ libre

Toc toc toc, mi-janvier 2015 à la nuit tombée nous voilà dans l’antre du mal : Anouck Hilbey se tapit dans la pénombre de l’octroi sud-est de l’esplanade Choiseul, au bout du Pont Wilson, avec son co-résident Robin Mercier, les deux autres lascars du groupe sulfureux Perox et la copine du coin, Tatiana de Jungle Bouk. Invitée par Mode d’Emploi qui, pour une fois, joue la carte «artiste extérieure confirmée» (et indomptable) plutôt que «jeune artiste local en devenir», Anouck Hilbey ouvre le lieu à l’expérimentation autour du thème des limites de la liberté d’expression.

Hasard du calendrier, bazar de l’actualité : ce thème résonne bizarrement après le séisme qui vient de la malmener sérieusement, la liberté d’expression. C’est sur ce thème que l’artiste orléanaise et son acolyte ont invité une trentaine d’artistes à créer/produire sur place différentes formes et formats, pendant les trois mois de leur résidence, à voir pendant quelques week-ends, mais à questionner/espionner/déranger le reste du temps.

Une résidence qui joue sur l’ouverture des lieux

Bien souvent centrée sur un travail personnel intime, la résidence se fait cette fois-ci expérience humaine, sociale, siociétale, avec la mise en place dès les premiers jours d’un mode de fonctionnement basé sur l’invitation quasi-permanente à venir investir les lieux (en dehors de quelques moments de répétition nécessitant quand même du calme), à l’attention des Tourangeaux de tout poil (voisins, curieux, jeunes, vieux, réacs, idéalistes, artistes ou pas, ou pas encore, ou plus du tout…).

Bref, on est dans une espèce de laboratoire où rien n’est jamais sûr, mais l’incertitude certaine, en réaction à l’habituelle consommation culturelle où tout est codé jusqu’à l’os. Robin Mercier, sociologue du droit, ancien de Radio Campus Orléans, va étudier les limites légales de tout ce joyeux bordel tout en «faisant la bouffe» (les artistes ont apporté une partie de leur cuisine dans leur voiture, qui a d’ailleurs été victime d’une crevaison entre Orléans et Tours, laissant présager la non-simplicité de ce qui devrait se passer ici).

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Un programme, mais des trous dans le programme

Organisée quand même, la résidence sait déjà qui va faire quoi et quand. A peu près. Mais la porte est ouverte à l’imprévu et cet imprévu, ça peut être vous ou moi, si tant est qu’une idée vous viendrait suite à une visite des lieux et à une/des discussion(s) endiablée(s) avec les résidents autour d’un morceau de pâté et d’un verre de rouge.

Un travail sur «tout ce qui empêche un artiste de s’exprimer» sera ainsi décliné sous des formes souvent inattendues. Anouck Hilbey en profitera aussi pour faire mûrir de vieilles envies de collaboration avec sa copine Tatiana Paris, dont notre tranquille bourgade pourrait voir rougir les fruits vénéneux dans les semaines à venir. Explorer les limites de la liberté d’expression est une envie qui démange en permanence ces deux dames, prêtes à en découdre avec la bien-pensance avec un appétit gargantuesque. «Nous irons chercher  où ils sont les gens qui ne viendraient jamais ici, comme dans des lieux de consommation de masse par exemple…» préviennent-elles avec une espièglerie vorace. 37° sera sur le coup, bien entendu, et ira même poser de temps en temps sa rédaction rive droite, pour voir comment sa plume supportera un peu de débauche.

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Le p’tit bonus : Les aventures d’ANOUCK à la télé

En mai dernier, Perox a goûté aux limites de la liberté d’expression. Sélectionnés par France ô pour «représenter» cette bonne vieille ville d’Orléans (anagramme d’Orelsan, on ne rit pas), ils ont goûté aux joies des tremplins télévisés aseptisés.

En apéritif, le «vous ne jouez que 2 minutes» et le «comment vous vivez votre ville ?» (c’est vrai quoi, votre musique, on s’en tamponne) pendant un tournage surprise aveuglés par des projecteurs. En plat de résistance un succulent «pour le jour du concert, il va falloir enlever les gros mots de ton texte» (qui a rendu fou de rage le responsable de l’Astrolabe qui a refusé la censure). Et en dessert, la délicieuse séance photo de sortie de scène (toujours «surprise» bien sûr) sous les logos de multinationales «partenaires» du tremplin.

C’est beau, le service public.

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