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[Tourangeaux en Vadrouille] Diabolus in Musica a tourné en Amérique

A force d’aller faire découvrir la musique du Moyen-âge aux Américains, Antoine Guerber aurait presque envie d’y aller en tant que simple touriste, alors que ça ne faisait pas du tout partie de ses priorités. Les yeux encore fatigués par le décalage horaire, le fondateur de Diabolus in Musica revient sur sa dernière tournée pour 37 degrés.

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« Une tournée américaine, c’est presque un an de travail pour Sarah et Marine qui sont salariées de l’association » raconte Antoine Guerber, fier et fatigué. Depuis 25 ans, il s’attache à développer la curiosité du public pour la musique du Moyen-âge et se félicite de voir que les spectateurs d’autres pays y sont particulièrement réceptifs : « les ensembles français sont très prisés à l’étranger. Je n’ai pas peur de le dire : la France fait partie de l’excellence mondiale dans ce domaine. Notre premier disque a été remarqué en 1997, dès 1998 nous avons commencé à tourner en Europe puis nous avons été en Amérique du Sud en 2002. C’était en Colombie, grâce à un chanteur colombien venu en France et qui nous a permis d’avoir un contact avec une grande salle de musique classique de Bogota. »

Des concerts dans des églises ou au milieu d’un musée

Depuis ce jour, Diabolus in Musica a traversé 7 fois l’Atlantique : « nous avons été trois fois en Amérique du Sud, 3 fois au Nord et une fois au Mexique. » Pour le voyage qui vient de s’achever, ils étaient 7 : « sur le plan humain et personnel c’était une aventure extra » raconte Antoine Guerber. « Les USA ce n’est pas mon truc mais j’ai totalement été happé par l’ambiance américaine et j’ai presque envie d’y retourner comme touriste. Par exemple, San Diego c’est tellement loin de nous… Il y avait vraiment l’ambiance de la Californie : 25°, la plage… C’était un sacré dépaysement ! »

Malgré tout, la bande n’a pas eu beaucoup de temps pour faire du tourisme… Au programme du groupe : 6 concerts, 3 au Canada et autant aux Etats-Unis, le tout en 15 jours. Parmi les villes traversées : Vancouver, Seattle ou San Diego… Dans des églises mais aussi dans la grande salle d’un musée des Beaux-Arts, avec des tableaux tout autour : « la sonorité était plaisante, c’était inhabituel… »

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« On a fait beaucoup de kilomètres mais on adore ça ! C’est très plaisant, très beau à faire » raconte encore Antoine Guerber. Le Tourangeau poursuit :

« Le début de la tournée a été dur. On est arrivé à Vancouver avec 9h de décalage horaire, ce qui représentait pour nous une journée de 33h. A peine débarqués, il fallait répéter pour le concert du lendemain sauf qu’on ne pouvait pas le faire avant 19h, pour nous c’est comme si il était 4h du matin. Mais ça va, on a bien géré : on a répété 2h sur ce programme que nous n’avions pas chanté depuis septembre et ensuite le concert s’est très bien passé, après une bonne nuit de sommeil. On avait remis les pendules à l’heure. »

En avion, en bus ou en bateau, Antoine Guerber et sa bande ont ensuite poursuivi leur périple à la rencontre de curieux, d’amateurs et de connaisseurs :

« On est sur une niche. La musique du Moyen-âge n’intéresse pas les foules par contre il y a des amateurs absolument partout. On peut chanter au fin fond des USA, dans une ville de cow boys… On croit être très éloigné du XIVème siècle mais on se retrouve dans une église pleine avec 300 personnes et des gens qui posent des questions très pointues, qui ont l’air d’en savoir autant que nous. C’est très motivant de les rencontrer. »

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Bientôt une tournée en Inde

Alors pourquoi un tel intérêt pour cette musique historique si loin de nos frontières ? « Là-bas ce sont tous des immigrés. J’ai rencontré une personne à Providence… Sa famille y vit depuis 1650. Ils ont tous des noms à consonance polonaise, allemande, anglaise, italienne ou française. C’est autant dans leurs gènes que dans les nôtres, sauf que l’histoire est différente » note Antoine Guerber. Une frange de la population américaine instruite, ouverte, qui cultiverait parfois une certaine nostalgie de l’Europe… « Ce n’est pas le grand public, ce ne sont pas ces gens-là qui votent Trump. » Et de poursuivre :

« C’est un public très réceptif, pas uniquement composé de spécialistes. Certains découvraient et ils étaient manifestement étonnés. Et c’est là que l’on remplit notre mission. On sent vraiment des auditoires attentifs et qui veulent suivre et comprendre. D’ailleurs pour 5 des 6 concerts nous avons parlé pendant 30 minutes pour expliquer notre programme et le contexte, c’est une tradition là-bas et c’est très plaisant. Ça nous arrive aussi de le faire en France. Quand on fait un requiem, il faut expliquer pourquoi on le chante en polyphonie. Cela change vraiment l’écoute du concert. »

Cette tournée, Diabolus in Musica l’a donc préparée pas à pas, en affrontant les péripéties administratives une à une (demandes de visas, autorisations de travail, permis…). La récompense de tout ça : « en Californie, on nous a déjà demandé de revenir. » De quoi promettre de belles aventures pour faire perdurer cette musique « très méconnue, pas assez jouée et de laquelle les gens ont souvent des images complètement fausses » dixit Antoine Guerber. Présent sur la deuxième édition du festival Concerts d’Automne à Tours en cette fin octobre, il s’apprête à enregistrer un nouveau disque de messes chantées en requiem à l’Abbaye de Fontevraud (49), avant de repartir sur les routes : « en février nous allons en Inde et ce sera nous première fois en Asie. C’est assez incroyable ça aussi… »

 

Crédits photos : Philippe Roche et Early Music Seattle.

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