Culture

Philippe Lucchese remixe nos classiques

Que toutes celles et tous ceux qui pensaient que l’événement culturel de ce mois d’avril était «l’affaire Cligman»se réveillent d’urgence : à en juger par l’effervescence hier soir à l’inauguration de «L’Histoire de l’Art au féminin» présentant la série (complète ?) des tableaux revisités en photos par Philippe Lucchese, il semble que l’actualité culturelle tourangelle soit déjà passée à autre chose. Il faut dire que cette exposition consacre l’un des meilleurs photographes plasticiens que notre ville ait vu émerger ces dernières années. Enfin, voilà quoi : vous avez jusqu’au 14 mai pour aller juger ça par vous-même.

20170413_203241La Cène revisitée en exposition à l’Hôtel Gouin (4m/3) (c) MG

Bon, si on était un magazine people on vous aurait bien fait un petit portfolio des tenues raffinées de la jetset tourangelle, maquillée jusqu’à l’os et tenant avec trois doigts (et une certaine classe il faut bien le dire) des verres de Vouvray en dévorant des yeux les corps nus des modèles de l’artiste. Mais fiers comme on est, on préfère vous parler de Philippe Lucchese et de ses œuvres.

A l’aise dans l’exercice du micro (concis, fluide, drôle, pétillant), Philippe Lucchese a introduit la foule à son œuvre par un attendu «mon travail est accessible à tous» (déjà récemment clamé pour le voisin CCC OD). Attendu certes, mais tellement vrai : la brillante scénographie de cette exposition fonctionne parfaitement et on a envie de vous crier d’y emmener votre grand-mère et vos enfants. Les plus snobs et les plus ronchons (qui se trouvent souvent être les mêmes personnes) crieront sans doute à la facilité, mais à y regarder de plus près, non seulement Lucchese a largement dépassé sa simple idée de départ, mais il a su jouer avec malice avec les codes de cet exercice de style (pour faire court, donc, la réinterprétation de classiques des beaux-arts, de Léonard de Vinci à Edward Weston, en passant par Rodin).

philippe_lucchese-1(c) Philippe Lucchese

Poussant le bouchon jusqu’à réinterpréter en photo des… photos, l’artiste tourangeau assume le côté insolent de sa démarche : désacraliser avec un esthétisme teinté d’humour (à moins ce ne soit l’inverse) des monuments de la culture occidentale relève certes d’un goût prononcé pour l’art, la gente féminine et la photographie mais trahit aussi inévitablement une envie de remettre un certain nombre de certitudes en cause.

Des femmes qui s’embrassent goulûment ou se touchent le téton, une femme noire qui joue coup sur coup et en miroir la nymphe de Raphaël et le penseur de Rodin, même si en 2017 on peut dire qu’en terme de provocation artistique on a tout vu, fait toujours beaucoup de bien là où ça fait mal. L’histoire de l’art se répète à peu près autant que l’Histoire tout court patine dans la semoule et, tant que machisme, homophobie et racisme continueront à pointer régulièrement leur museau répugnant aux quatre coins de la société humaine, il faudra toujours des Lucchese pour repousser la bête encore et encore.

Relire Notre interview de Philippe Lucchese en juin 2016

WEB penseur_rodin_philippe_lucchese(c) Philippe Lucchese

Cerise sur le gâteau : une mise en scène sublime de l’Origine du Monde, nichée dans une alcôve difficilement accessible. On ne vous spoile pas la chose, mais la métaphore est forte : c’est bien le regard que l’on décide (ou non) de porter sur les choses qui leur donne leur dimension première. Un subtil «déconseillé aux moins de 16 ans» uniquement sur cette œuvre alors que d’autres beaucoup plus subversives trônent au milieu des autres salles confirme toute la maîtrise du sujet par cet artiste. Tout sauf féministe, Lucchese est juste simplement humain et se joue de l’art avec une espièglerie sans fard, à des années-lumières de la vulgarité ambiante.

Un degré en plus

> Nous reviendrons prochainement plus en détails sur cette exposition… A suivre !

> Exposition à l’Hôtel Gouin du 14 avril au 14 mai, rue du Commerce à Tours.

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