Culture

Oxmo Puccino, la mémoire des murs.

Aujourd’hui la rédaction de 37° est fière d’accueillir une collaboration ponctuelle d’Hugo Lanoë que nous remercions.

Oxmo Puccino gravite depuis plus de deux décennies dans l’univers large et profond de la musique de ses contemporains. Il sera sur les planches du Grand Théâtre de Tours ce mardi 20 octobre, dans le cadre de sa tournée acoustique. Accompagné de deux musiciens au talent incontestable et au parcours solide, l’artiste se produit dans une configuration inédite. Entretien avec un rappeur croqueur de mots et joueur de phrases.

Comment est né ce projet ?

Oxmo Puccino : J’étais à Paris avec Édouard Ardan et Vincent Ségal dans un festival qui demandait aux artistes de jouer en acoustique. On a essayé quelque chose, on a été tous surpris du résultat. On a joué une deuxième fois, une troisième. Puis on a décidé de faire une tournée.

Peux-tu expliquer ce parti pris acoustique ?

Oxmo Puccino : Aujourd’hui, la musique doit être jouée de manière puissante et dynamique, comme si chaque prestation artistique était une démonstration de force où il fallait être meilleur qu’un autre. La preuve en est : on a une vision du concert réussi qui s’arrête à des dizaines de milliers de personnes qui crient dans un stade devant un artiste trop petit pour être vu à l’œil nu. Notre trio acoustique s’oppose totalement à cette conception musicale. Sur scène, il n’y a qu’un violoncelliste, un guitariste et une voix. La musique est à peine amplifiée. Ce niveau de douceur oblige le public à être à l’écoute et lui permet de redécouvrir des morceaux qu’il pensait connaître. En terme de musicalité, on ne peut pas mieux faire.

Tu parles « d’hip-hop de chambre ». Qu’est-ce que cela signifie ?

Oxmo Puccino : Un jour j’étais sur scène avec Ibrahim Maalouf et il m’a dit : « On fait de la musique pour milliardaires du XIXe siècle ». Assister à un concert d’un orchestre philharmonique n’est pas à la portée de tout le monde. C’est réservé à une certaine classe élitiste. Avec le trio acoustique c’est tout le contraire. On a l’impression d’être entre amis dans un salon. Le public est privilégié. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, aujourd’hui, de jeunes artistes se trompent d’emblée. Ils ne se fient pas aux émotions ni aux ressentiments mais préfèrent voir les choses en termes de nombre et de taille. Me concernant, je fais mon bonheur dans des salles de 200 personnes. J’ai une grande préférence pour les concerts intimistes. Le public est à portée de voix.

Justement, dans ce cadre, à quel public es-tu confronté ? À des habitués ou des néophytes de ta musique ?

Oxmo Puccino : Disons que je découvre sans cesse un nouveau public. Il y a une partie d’aficionados du hip-hop et une autre partie composée de mélomanes et de personnes curieuses qui viennent découvrir la proposition du théâtre. Parfois je croise des parents qui viennent avec leurs enfants. Ça touche une large tranche d’âge. De toute façon on ne choisit pas son public. On le découvre et on fait avec.

Les théâtres et les opéras ne sont pas des lieux anodins. Pourquoi avoir fait ce choix ?

Oxmo Puccino : Ce sont des lieux dédiés à la culture qui se prêtent à la prestation acoustique. Et puis les théâtres et les opéras sont des endroits chaleureux et historiques. Le bois, l’odeur… J’ai la mémoire des murs. C’est quelque chose de profondément humain. Beaucoup d’artistes sont venus s’exprimer sur ces planches. Ils y ont ressenti des émotions. Les artistes devraient profiter de ces différents endroits pour s’exprimer car ils ne cesseraient de se redécouvrir. Il y a mille versions de ce qu’on peut proposer sur scène.

Qui sont les deux musiciens qui t’accompagnent ? Quels rôles jouent-ils ?

Oxmo Puccino : Avec moi il y a « Eddie Purple » à la guitare et Maître Vincent Ségal au violoncelle et à la contrebasse. Tous les deux sont reconnus dans leur métier depuis des années. Ils ont une sensibilité hip-hop. D’ailleurs, Vincent a fait partie des pionniers du genre. Ce projet, je n’aurais pu le faire avec personne d’autre. Un trio acoustique nécessite une complicité et un niveau de travail qui rend la prestation plus confortable et l’improvisation plus aisée. Quand on se retrouve sur scène, c’est un moment d’amusement. Un moment communicatif qui se partage avec le public.

Il y a-t-il un lien entre ce projet et ton travail avec Ibrahim Maalouf ?

Oxmo Puccino : Bien sûr. C’est un lien d’excellence. Compte tenu du niveau où on place nos objectifs, le moindre faux pas a des conséquences catastrophiques. En acoustique on est à nu, on a rien pour se cacher. L’absence d’artifices demande une grande précision. Jouer des morceaux comme « L’Enfant Seul » avec deux instruments, ça nécessite une connaissance de l’harmonie qui ne se trouve pas à tous les coins de rue.

Tu écoutes quoi en ce moment ?

Oxmo Puccino : Les préludes de Bach, Metronomy, le dernier Dr.Dre… J’écoute aussi un album de rap des années 90 d’un artiste de New York ou de Philadelphie qui s’appelle Kirk. Il n’y a que moi qui ai l’album, j’insiste. Je suis un collectionneur. (Rires)

 

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