Culture

Le trio Sweet Amanite triture Thiéfaine

Peu de musiciens se sont vraiment attaqués à l’œuvre complexe et torturée de Hubert-Félix Thiéfaine, auteur-compositeur d’une dizaine d’albums étranges, sauvages et dérangeants entre 1978 et 1990, puis d’un très beau comeback en 2014 («Stratégie de l’Inespoir»). Un trio tourangeau inattendu de saltimbanques expérimentés et très décomplexés s’est formé rien que pour ça, prenant au pied de la lettre le signal donné dès 1979 par l’auteur-compositeur jurassien (jurassique ?) : «Autorisation de délirer». Sweet Amanite donne son premier concert à Tours ce samedi à la Guinguette. Nous les avons cuisinés.

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Les réseaux sociaux ont quand même du bon : c’est en changeant sa photo de profil Facebook fin 2014 que Caroline Forestier (La Bavarde au Léon, All That Glam, Compagnie Off) entraîne en commentaires des citations d’une chanson de Thiéfaine de la part de deux de ses «amis» (on a les «amis» Facebook qu’on mérite, c’est bien connu) Guillaume Berthet-Garnier (Polemix, Metallicool) et de Miloud Amarane (aka Emile Pylas). «J’étais justement en train de m’amuser à reprendre Mathématiques Souterraines à la guitare, depuis plusieurs jours, raconte Guillaume. J’étais replongé à fond dans les premiers albums de Thiéfaine, son univers très noir, mais aussi très stimulant, correspondait totalement à mon état d’esprit du moment ; ça a été une redécouverte très physique pour moi, ça s’est vraiment imposé à moi, j’ai racheté plein de ses disques et je me suis immergé.»

De la boutade au défi entre deux portes («Et si on faisait des reprises de Thiéfaine, hein ?»), voilà début 2015 les trois lascars embarqués dans une aventure euphorisante, mais néanmoins très studieuse («une répétition par semaine») avec à la clé au printemps un joli bébé de 1h20 et d’une quinzaine de chansons. Invités à Vouvray par la très dynamique et goûtue association Zic Zag, ils ont livré un premier concert très apprécié par un parterre de proches («De vrais amis, qui sont donc capables de critiquer ce qu’on fait s’ils n’aiment pas» précise Caroline).

«La tristesse est la seule promesse que la vie tient toujours.»

Subversif en son temps certes (quel ado branchouille et/ou ténébreux des 80s ne se l’est pas pétée en faisant découvrir à ses potes «Soleil cherche futur», «La fille du coupeur de joints» ou «Lorelei» ?), ce projet rappelle que Thiéfaine est surtout un immense songwriter. Ou «Sombre writer» plutôt. Sa discographie est une sorte de grande déconnade triste et littéraire, déclinée à l’infini dans un océan de références, de petites histoires tristes et de langue tordue (Thiéfaine pourrait être étudié en Lettres Modernes ou en Sociolinguistique, comme spécimen rarissime). «J’ai redécouvert son œuvre 30 ans plus tard, avec forcément un regard totalement différent et j’ai réalisé à quel point son écriture est profonde et poétique, nous dit Caroline, touchée différemment que ses deux compères par cet univers musical unique. Moi, je m’autorise plus de choses que Miloud et Guillaume car je connais beaucoup moins les chansons qu’eux, du coup je m’amuse avec les mots sans aucune retenue.»

Thiéfaine passé à la moulinette des influences de chacun

De Jesse Garon au reggae, en passant par Pink Floyd Metallica et La Panthère Rose, le trio foufou Sweet Amanite outrepasse son autorisation de délirer, s’autorisant d’un côté des calembourgs douteux genre «Lorelei et fines herbes» (oui, oui !), de l’autre un chant polyphonique (les trois chantent, à tour de rôle ou ensemble), des chœurs sans laisse et des instrumentations encore plus libres (avec deux guitares, un violon, un accordéon et deux trois zigouigouis par ci par là) et enfin des petits bouts de plein de trucs qu’on a écouté pendant quarante ans. «Guillaume et Miloud savent jouer des milliers de choses à la guitare, parfois des riffs de tubes kitsch atroces ou des grands classiques du rock ou de la pop, du coup ils font entrer un peu tout ça dans les morceaux qu’on a choisis», s’amuse Caroline.

Quant à savoir si l’intéressé s’intéresserait à la chose et goûterait l’humour de ce joyeux ménage à trois qui a quand même foutu un sacré dawa dans sa discographie, le mystère demeure : la folle rumeur d’une présence de Thiéfaine à la Guinguette samedi soir court toujours. «Moi je préférerais avoir le droit d’aller jouer deux ou trois morceaux en acoustique dans sa loge du Vinci en octobre», suggère Guillaume.

Un degré en plus

> Sweet Amanite en concert samedi 19 septembre 2015 à la Guinguette vers 19h

> Le vrai (et immense) Hubert-Félix sera lui en concert au Vinci le dimanche 11 octobre 2015

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