Culture

Le clip de la semaine : «Keeplake» de Jane is Beautiful

Chaque vendredi nous plongeons nos mains de gourmands dans l’inépuisable réserve de groupes tourangeaux talentueux et nous en extirpons un clip rien que pour vous.

«Keeplake» de Jane is Beautiful

Il n’a pas neigé sur les lacs.

Amis de la poésie (et néanmoins fans de Jean-Pierre François), bonsoir. La sensation tourangelle 2016 est née en 2015 et nous a fait plonger dans son monde idyllique avec ce premier clip en septembre dernier. Les cordes nous caressent comme les doigts de pieds effleurent l’eau du lac (avant de s’y mettre carrément un peu plus loin) au début de ce petit road movie gracieux et mélancolique qui pourrait tout à fait à lui tout seul remettre le coucher de soleil au goût du jour cette année.

jane is beautiful

Côté son, c’est minimaliste et exclusivement acoustique, «épuré» comme aiment le dire pas mal de critiques, et certains Marseillais aussi, mais je ne suis pas sûr que ça s’écrive pareil. Une guitare acoustique, des pizzicati de violoncelle, puis de violon, et de pincées certaines cordes se retrouvent frottées pour commencer à nous raconter des trucs qui partent dans un peu dans tous les sens (mais sans jamais s’éloigner de ce fameux lac qui semble aimanter les demoiselles en quête de silence). Avant d’accueillir les voix, la composition – beaucoup plus travaillée qu’elle en a l’air – ouvre un second chapitre à la guitare.

Derrière ce duo, on retrouve Armande et Madeline de Madera Em, qui sont tout sauf des débutantes. Elles puisent ici aux sources (inépuisables) d’un songwriting minimaliste et contemplatif qu’on retrouve notamment chez les garçons de Kings of Convenience ou de l’autre côté du globe chez les sœurs américaines de Cocorosie, et par chez nous chez Jungle Bouk, même si les approches restent assez différentes sur la forme (pas l’ombre d’un poil d’électro, notamment, dans ce morceau de la belle Jane).

A entendre les deux autres compositions de Jane is Beautiful sur Bandcamp, on sent surtout une importante influence médiévale, que ce soit dans la structuration, la manière de poser le chant, mais aussi d’une certaine manière dans la syntaxe et la candeur toute particulière des paroles. Entre mini-chanson de geste, complainte lyrique et ode à la nature d’un côté, et ballade folk de l’autre, Jane is Beautiful sont des sortes de troubadours (c’est quoi, le féminin de «troubadours» ?) modernes, ayant digéré une culture musicale astronomique pour en ressortir la substantifique moëlle sous la forme de deux ou trois motifs qui n’avaient finalement, malgré les premières apparences trompeuses d’un truc «sympa-mais-déjà-entendu-mille-fois», jamais été vraiment combinées. Ou alors pas aussi bien.

Côté vidéo, c’est à la fois basique et troublant : d’un tour de lac au volant d’une voiture franchement pas très glamour à des petits bâteaux en papier et un contre-jour sur une robe rouge flottant au vent au-dessus de la surface de l’eau (beaucoup plus convaincants), on oscille là encore entre deux mondes (balade périurbaine du dimanche versus retour à la terre à la Walden), comme sur un fil.

On ne sait pas de quel côté ce projet encore fragile mais assez captivant va pencher dans les mois à venir, mais l’aventure vaut sans aucun doute le coup d’être tentée. Et partagée.

logo Jane is Beautifulcrédit photo : (c) Mathilde Rapin

Un degré en plus

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