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« Histoires de la nuit », roman choc de la rentrée littéraire

 

Laurent Mauvignier est originaire d’Indre-et-Loire, et de Descartes plus précisément. On croit parfois reconnaître les traits du département dans le roman qu’il publie en cette rentrée aux Editions de Minuit. On y découvre surtout le récit d’une soirée de tension extrême aux protagonistes singuliers.

Nous sommes dans un petit hameau sur la commune imaginaire de La Bassée, quelque part dans le centre de la France, possiblement en Sud-Touraine, en tout cas à quelques dizaines de kilomètres d’une grande ville à boulevards. Le lieu-dit en question ne compte que trois maisons, dont une, vide, et à vendre. Dans les deux autres on trouve respectivement Christine, artiste-peintre qui vit seule avec son chien, et la famille Bergogne. Lui est agriculteur – éleveur de vaches – elle travaille dans un bureau. Leur fille s’appelle Ida, elle a une dizaine d’années.

Une évidence s’impose : ce petit coin de campagne ne respire pas la joie de vivre… Patrice est frustré car son couple devient atone, Marion s’ennuie à part les soirs qu’elle passe avec ses deux collègues. Elle rentre régulièrement saoule et avec un fort parfum de cigarette, après avoir dansé toute la nuit dans une boîte de nuit ou un karaoké. Au cours des premiers chapitres on parcourt le quotidien routinier de ces personnages seulement troublé par d’étranges lettres anonymes qui parviennent à Christine. Elle alerte les gendarmes mais l’enquête ne pousse pas bien loin.

Un thriller familial et psychologique

Histoires de la nuit pose son décor patiemment, nous installant petit à petit au cœur du hameau. Comme si l’on se cachait dans un buisson, à l’affût d’un événement qui viendrait enfin rendre le quotidien et les chapitres un peu plus excitants. C’est alors que survient l’anniversaire de Marion, la journée que son mari et sa fille attendent pour faire la fête, déballer les cadeaux, manger un bon repas à base de ris de veau et de champignons. Un soir pas comme les autres où Patrice va soigner son look et la décoration de la maison. Dans l’habitation voisine, Christine prépare les gâteaux pour régaler la troupe.

Évidemment, rien ne se passe comme prévu… Trois invités « surprise » viennent rendre la soirée tour à tour malaisante, terrifiante et dramatique. On n’en dira pas plus pour se concentrer sur le style de cet ouvrage qui étire – sur 640 pages – le déroulé d’une journée qui fera basculer l’existence de l’ensemble des personnages. Les éléments d’intrigue et d’action se cachent au milieu de longs paragraphes qui nous font pénétrer à l’intérieur des songes de Patrice, Christine, Marion, la petite Ida ou ces trois frères bourrus que ce sont Denis, Christophe et le Bègue. On vit les scènes au ralenti, dans une tension qui ne fait que s’accroître. Chaque détail est scruté, ausculté.

Haletant jusqu’à la dernière page

Avec Histoires de la nuit, Laurent Mauvignier – 53 ans – signe à la fois un roman rural puissant, un thriller haletant et une fresque sociale édifiante. Au détour de quelques pages, on y retrouve l’esprit d’un grand livre qu’on a pris plaisir à rouvrir au cours du confinement (Des souris et des hommes par John Steinbeck).

Basculant d’un cerveau à l’autre, les chapitres nous donnent progressivement les éléments pour cerner la psychologie des différents protagonistes de cette histoire qui va jusqu’à déterrer les fantômes du passé. Qui est vraiment Marion ? A quoi ressemblait sa vie d’avant ? Patrice est-il réellement cet homme bourru à peine courageux ? Ces questions parmi d’autres finissent par nous happer et ne vous attendez pas à refermer l’ouvrage avec toutes les réponses. Laissez-vous inviter dans cette soirée où personne ne semble vraiment à sa place. Décelez les indices au milieu de ces mots bruts, lâchés sur le papier comme la pluie battante qui fouetterait un pare-brise. Une averse qui vous fera frissonner jusqu’à la dernière page.


Un degré en plus :

Histoires de la nuit de Laurent Mauvignier est publié aux Editions de Minuit (24€).

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