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Avec François Morel, la voix est libre

Homme de radio, homme de scène, homme de lettres… François Morel était à l’Espace Malraux jeudi soir. Habitué des lieux où l’on dit qu’il est « comme chez lui », il s’est mis à l’aise, tant avec le public qu’avec nous dans les loges.

Une rencontre avec François Morel, c’est l’occasion de parler des mots et de voix. Chroniqueur sur France Inter, reconnu avec les Deschiens, il venait cette fois chanter avec ses musiciens. Un autre registre qu’il a déjà expérimenté, et dans lequel il n’hésite pas à apporter sa touche d’excentricité, notamment avec son pianiste. C’est donc un concert comique, parfois grinçant mais aussi romantique qu’il a proposé. Une certaine vision de la vie, surtout pas trop rangée, laissant la part belle à l’impulsivité. Dans ses chansons François Morel parle d’enfants, de Jésus ou de la taille du Général De Gaulle. Il fait le pitre, et quelques minutes après le voilà émouvant.

« J’aime faire des spectacles différents car je n’ai pas envie de m’ennuyer ni d’ennuyer le public » nous explique l’artiste avant de monter sur la scène jocondienne. Toujours sur la route, partagé entre sa chronique hebdomadaire, la promo de la série Baron Noir de Canal + où il campe un homme politique ou encore un tournage à Bordeaux, il se dit « que parfois ça fait beaucoup » que c’est « difficile de trouver l’équilibre » mais garde le cap.

La chanson, ce n’était pas forcément évident au départ mais aujourd’hui il maîtrise : « au début j’ai pris des cours pour être plus solide techniquement. Je ne suis jamais tout à fait sûr de moi, la voix est l’expression de nos sentiments, de notre intimité. On a plus de facilité à cacher des choses en tant que comédien que lorsqu’on chante. En plus ce n’est pas une science exacte : parfois on fait tout pour que ça sorte bien et ça ne va pas alors que d’autres fois tu as trop bu la veille, tu as fait une petite nuit et ta voix sort comme tu rêves qu’elle sorte. »

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Des textes nourris par les attentats de 2015, à Charlie Hebdo et le 13 novembre

Poète depuis son adolescence, parfois capable de ressortir un poème appris en cours il y a des années, François Morel chante Joe Dassin, Brassens, Delerm ou Barbara sous la douche. Dans ses propres productions, il aime aller chercher « la mélancolie et la rigolade » : « c’est l’image que j’ai du music hall, la légèreté et la profondeur. En même temps il y a toujours eu une forme de mélancolie dans mes spectacles, j’aime mélanger les genres. Quand on va au théâtre, c’est pour se voir raconter des choses profondes. On a envie de s’arrêter pour réfléchir à nous, aux autres, à ce que l’on fait sur terre. J’ai envie d’apporter des réponses plutôt pas tristes, de donner du courage. »

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Avec lui, on parle aussi des événements de 2015, dont il se nourrit. François Morel est un proche de Patrick Pelloux (arrivé sur les lieux de l’attentat de Charlie Hebdo peu après l’attaque), il fréquentait également les dessinateurs Charb et Cabu (tués ce funeste 7 janvier). 3 ans après, il explique : « après les attentats certaines chansons ne sonnaient plus pareil. Le public se raconte d’autres histoires  Au début une chanson légère sur le plaisir de vivre une journée où il ne se passe pas grand-chose, où l’on voit des amis au restau et où l’on boit un peu trop n’est pas politique mais le fait que le mot ‘terrasse’ y soit évoqué tout d’un coup cela prend un autre sens. On écrit des histoires, le fait de les raconter les transforme et les gens se créent une troisième histoire. »

Découvrez quelques photos de son spectacle à Joué-lès-Tours, réalisées par Delphine Nivelet…

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