Culture

Le clip de la semaine : «Indecent» de Pierre Mottron : des origamis et des larmes

L’auteur-compositeur tourangeau le plus secret et le plus travailleur nous offre ici l’une des intros les plus magistrales de son répertoire et, en bonus, le clip qui ressemble sans doute le plus à son univers.

Ecoutez comme il enchaîne en une poignée de secondes un bout flûté genre séquence suspens dans un vieux film policier, des pizzicati vite rejoints par un piano qui ronronne dans les aigus comme un petit matou, un coup d’archet, une voix (et quelle voix ! – personnellement, rien entendu de plus bouleversant depuis Jeff Buckley) qui se pose comme un papillon et une voix féminine qui part sur un registre aussi différent qu’inattendu.

Ou comment crucifier n’importe quel mélomane en moins d’une minute.

Le thème du papier qui se balade renvoie avec subtilité à la mythique «plastic bag scene» d’American Beauty, mais avec la French touch qui fait la différence : c’est pas du plastique, mais du papier. Et il termine sa course sur les bords de Loire, le morceau de papier, ce qui est toujours plus chic que devant un mur de briques.

L’univers feutré de la chambre du clip de Pierre Mottron – qu’on soupçonne être celle près de laquelle il joue et compose jusqu’à 10h par jour dans la vraie vie – sert d’écrin mystérieux et élégant à différents origamis toujours en mouvement et cette ambiance toute en couleurs estompées porte «Indecent» dans une ambiance littéraire minimaliste, à la mélancolie très durassienne.

Vers 1’30’’ le morceau a pris son envol et ne touchera plus vraiment terre. Et nous non plus d’ailleurs : «Indecent», qu’on comprenne toutes les paroles ou pas du tout, c’est trois minutes de bonheur, de joie, de légèreté, d’étouffement, de sensibilité, de regrets, d’amour, de grâce et d’yeux mouillés.

 Crédits photos : Ultra Skimming Touraine

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