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[Cinéma] Regards #1 : Sully, La Fille de Brest et Baccalauréat

Un mercredi sur deux, dans Regards, retrouvez l’avis de Stéphanie Joye sur quelques films à l’affiche dans les cinémas tourangeaux. Histoire de vous donner envie, à votre tour, d’aller passer un moment dans les salles obscures.

SULLY (Biopic, Drame)

De Clint Eastwood

Avec Tom Hanks, Aaron Eckhart, Laura Linney…

sully

Monsieur Clint Eastwood. Chacune de ses réalisations à des allures de compétition, de champion, de héros miraculé. Que ce soit sur le thème racial, sur la performance, sur la différence, sur le courage surmontable ou sur le grand mélodrame sans pathos, ce héros octogénaire, à la vision ultra moderne, est un mythe. Et quand Tom Hanks rapplique à ses côtés, on présage un nouveau, immense, succès… Voici ce qu’il en advient, au sortir d’une heure trente six d’envolée amortie, entre frissons haletants et ancrage savamment décortiqué sur la psychologie des personnages.

15 juin 2009. L’avion 1549 US AIRWAYS a réellement connu un crash, sauvé par un amerrissage d’urgence impressionnant sur le fleuve Hudson (à New-York), orchestré en 280 secondes par le pilote de ligne, Sully (Tom Hanks). Malgré cette manœuvre héroïque encensée par tout le peuple américain, le département de la sécurité aérienne mène une enquête hors propos à coups de simulations déshumanisées, de traque à la boîte noire et timings révoqués.

Le génie et la force d’Eastwood est de parvenir, à la première image, dès la première seconde (comme dans ses si éclectiques chefs d’œuvres), à nous empoigner vigoureusement dans l’émotion et dans un suspens intense. Et, quand bien même l’on connaît déjà préalablement la réelle dramaturgie du sujet traité, on peut noter que ce qui aurait pu être débattu en 20 minutes s’étire magnifiquement en une heure seize de plus. La « disposition » des scènes, l’enchaînement et le retour sur les événements n’ont pas, chez Eastwood, une teneur lourdeur en flashback. Il sait parfaitement peaufiner son scénario minimal mais béton, en mesurant chaque parcelle de l’histoire pour captiver vers toujours plus d’humanité. Enfin, « Sully » possède un atout remarquable : celui de mettre en avant un être héroïque sans martèlement d’éloges, sans en faire des tonnes, sans prétention aucune, sans starisation américaine. Mais tout en sobriété et vérité. Respect.

Sully : un film à l’affiche aux Cinémas Studio (Toutes les informations utiles sur leur site internet) et aussi dans les cinémas CGR de l’agglomération (toutes les informations utiles sur leur site internet).

LA FILLE DE BREST (Thriller, Médical)

De Emmanuelle Bercot,

Avec Sidse Babett Knudsen, Benoît Magimel, Gustav Kerven…

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Depuis « Elle s’en va » et « La tête haute », Emmanuelle Bercot confirme ses talents de réalisatrice plus avant même que ceux d’actrice auréolée du prix d’interprétation à Cannes dans « Mon Roi » de Maïwenn.

Optant pour le choix évident de faire tourner la sublime danoise Sidse Babett Knudsen (césarisée pour un second rôle de juré dans « L’Hermine »), elle crie rage pour l’enjeu juridique de l’affaire Irène Frachon. Une extraordinaire, courageuse, forte et convaincante femme pneumologue brestoise, qui secoue le laboratoire responsable de la production du Médiator, un médicament toxique dont les substances ont entraîné de très nombreuses morts. Une lutte pour incriminer et rendre justice…

Évidemment, Erin Brockovich vient en tête tout de suite. Même combat tout en résignation et crises de nerfs, Sidse flanque une palette de jeu coup de poing et survoltage à haute tension. Sa présence, de chaque instant, happe la caméra. Elle est magistrale. Une actrice dont la fougue époustouflante laisse à ressentir avec une pugnacité rare que seule, elle, pouvait endosser ce rôle.

Le film, puissant et passionnant, court à un rythme effréné, entre documentation médicale très informée, combat contre l’Etat, audiences, presse, édition, appels téléphoniques et constitution d’une équipe de confiance…

La fille de Brest, c’est la lutte pour faire éclater la vérité tue, avec colère au regard d’êtres humains démolis. On reste habités et secoués par cette intense immersion humaine, nécessaire. (NB : En réalité, l’affaire est toujours en cours de jugement).

La fille de Brest : Un film à l’affiche des Cinémas Studio (toutes les informations utiles sur leur site internet)

BACCALAUREAT, (Drame social roumain, français, belge)

De Cristian Mungiu,

Avec Adrian Titieni, Maria Drăguș, Lia Bugnar

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Une vision du malaise existentiel que vit, encore, la Roumanie post-communiste.

Prix de la mise en scène à Cannes, « Baccalauréat » est un drame d’une intensité touchante, toute à fleur de peau, comme une caresse planante.

Un homme, bon, un père, une forte empreinte, est prêt à remuer ciel et terre pour protéger sa fille, quitte à voir sa propre vie se désagréger. Agressée avant de passer ses épreuves du Baccalauréat, pour partir ensuite faire ses études, sa fille va se retrouver face à ses propres choix, et face à ceux que, lui, croit être bons pour elle. Tout, pour son bien…

Un père magnifique (Adrian Titieni, bluffant) pour une histoire de rapport père/fille jamais vue, jamais autant scrutée à la loupe avec une somptueuse sobre tendresse. Car ce qui dénote, c’est l’authenticité accrue qui fait oublier la fiction. On ne regarde presque plus un film, et c’est en cela du grand cinéma. On nous immisce avec les personnages, qui n’ont pas tant d’émoi à revendre, qui se tiennent dans un jeu linéaire, mais si juste parce que, pas tant monotone. Tous sont sur un fil tendu, les tons sont assez neutres, le scénar est un presque-polar, et, pourtant, l’intrigue existe intensément.
A l’instar de Joachim Lafosse, Stéphane Brizé, Philippe Lioret, Jacques Audiard ou encore Ken Loach, Cristian Mungiu ne demande pas à ses acteurs de jouer mais d’être. Et il sont.

Un film à l’affiche des Cinémas Studio (toutes les informations utiles sur leur site internet)

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