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Le Bateau Ivre : témoin d’une époque

Le long de la rue Edouard Vaillant, le Bateau Ivre, fermé depuis maintenant 7 ans, affiche toujours fièrement sa façade jaune et noire. Autour, le mur coloré de graffs à l’occasion de la Distillation organisée ici en 2013, par le collectif Ohé du Bateau se porte toujours bien. En ce vendredi 15 décembre 2017, les sourires sont également présents sur le trottoir devant. Le Collectif Ohé du Bateau est en effet officiellement propriétaire des lieux et s’apprête à donner le premier tour de clé comme tel.

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A l’intérieur, comme une forme de respect, là où d’autres lieux auraient servi de terrain d’expression à des graffeurs ou autres, Le Bateau Ivre est intact, les seuls dessins et « blaz » visibles sur les murs sont ceux des artistes ayant laissé une trace de leur passage ici. Et ils sont nombreux avec pas moins de 1500 concerts et 250 pièces de théâtre qui se sont succédé au fil des ans. Et bien qu’abimé par les 7 années de fermeture, on replonge immédiatement dans l’ambiance d’autrefois. L’entrée paraît toujours aussi étroite, bien que le pupitre d’accueil tenu autrefois par Gisèle Vallée, maitresse des lieux et du projet pendant près de 30 ans, ait lui disparu. Le couloir, espèce de vomitoire permettant d’entrer dans cette arène particulière, jonché de ses mosaïques, nous replonge dans l’ambiance déjà chaleureuse qui se dégageait près du bar, avant d’entrer dans la salle en elle-même, qui tel le syndrome des lieux de nos enfances. paraît aujourd’hui bien plus petite que dans nos souvenirs.

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(c) Benjamin Dubuis - Ohé du Bateau
(c) Benjamin Dubuis - Ohé du Bateau

Salle d’autrefois, loin des standards actuels des salles institutionnalisées, le Bateau Ivre fait toujours son effet auprès de ceux qui l’ont connu au temps de sa splendeur. Fermer les yeux, s’imaginer la petite salle bondée, les odeurs de bière, de cigarette, de sueur aussi, le bruit de la salle, le murmure descendant du balcon et de ses fauteuils rouges, héritages d’un temps encore plus éloigné, quand le Bateau n’était pas encore le Bateau mais une salle de cinéma :« Le Casino», les « Studio 3 » ou encore « L’Amphi »… Rapidement, les flashs réapparaissent, souvenirs idéalisés comme souvent et empreints de nostalgie. Des moments de vie ayant forgé la vie culturelle tourangelle, des moments de vie ayant forgé ce que chacun est aujourd’hui… Car si on répète souvent à l’envie que la culture est essentielle par sa contribution « au vivre ensemble », elle est aussi forgeronne de l’identité de chacun, tissant des moments intenses et des souvenirs puissants qui construisent l’individu en tant qu’être. Un rôle social que jouait le Bateau Ivre, un lieu où l’on se découvrait intérieurement au fil des concerts et des découvertes scéniques proposées avec audace (souvent) et passion (toujours) par Gisèle Vallée et son équipe.

Le Bateau Ivre était essentiellement un lieu de passion et c’est ce qui faisait son charme. Contre vents et marées avec juste l’amour du métier, Gisèle Vallée a tenu la barque pendant 28 ans, d’abord en compagnie de Joël Breton, puis seule. Quartier Blanqui pour commencer entre 1982 et 1987 puis rue Edouard Vaillant jusqu’en 2010. Le Bateau a pu vivre pendant 28 ans grâce à l’ivresse de cette passion de ceux qui l’ont animé et ceux qui y ont laissé un bout d’eux qu’ils soient artistes ou publics.

(c) Benjamin Dubuis - Ohé du Bateau
(c) Benjamin Dubuis - Ohé du Bateau

Dire que l’histoire des lieux est riche, dire que le Bateau est une pierre angulaire de la culture tourangelle, relève ainsi de l’évidence. Combien de groupes naissants tourangeaux ont pu trouvé ici un terrain d’expression leur permettant de se confronter au public dans des conditions professionnelles ? Combien de jeunes pépites nationales, IAM, Louise Attaque, Noir Désir, Miossec, La Mano Negra… ont été programmés ici avant d’exploser plus tard ?

Une histoire et une richesse qui ont contribué à en faire un symbole que beaucoup n’ont pas voulu voir disparaître. Pendant 7 ans, le collectif Ohé du Bateau a lutté pour rouvrir la salle de la rue Edouard Vaillant. 7 ans de hauts et de bas et finalement la réussite d’avoir emmené 1760 sociétaires avec eux dans l’aventure.

Et c’est tout naturellement avec une certaine émotion, que Carole Lebrun, présidente de la SCIC Ohé (Société Coopérative à intérêt culturel) et Franck Mouget, coordonnateur et membre fondateur du collectif, ont donné le premier tour de clé pour ouvrir la salle en tant que propriétaires vendredi.

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Comme un symbole là aussi de la deuxième vie qui s’ouvre pour le Bateau Ivre. Une nouvelle vie qui ne ressemblera en rien à la première. Esthétiquement et architecturalement tout va être refait : la scène démontée, le sol abaissé, les sièges rouges remplacés… Le Bateau va en effet connaître une mue importante, y compris dans son projet : Le lieu sera plus que jamais pluridisciplinaire et accueillera un café culturel ouvert en journée. Mais le plus important est que l’esprit du lieu restera : celui de faire de la salle un espace de rencontres, de découvertes, de confrontation également entre les personnes de différents milieux. Un lieu de vie en somme, qui doit maintenant écrire un nouveau chapitre de cette déjà riche et belle histoire.

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