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Signes des Temps #140 : Saint Martin se la coule douce chez Saint Gatien

Bien sûr pour lui c’est facile de faire le V avec les doigts comme dirait Nivek. Quand tu te fais vénérer, bichonner, toiletter, analyser, restaurer, manipuler avec précaution et quand tu te fais balader en ville allongé à l’arrière d’une camionnette, on ne peut pas dire que la vie soit dure pour toi. Bon c’est vrai que l’un de tes doubles s’est fait maltraiter l’été dernier en Bretagne dans un numéro de magie qui a mal tourné, mais franchement, t’as pas vraiment de quoi te plaindre.

S’être pelé un peu pendant quelques heures il y a quelques siècles pour donner son manteau à un pauvre (l’histoire ne dit pas si, une fois les photographes de presse repartis, Saint Martin a discrètement repris son bien ou pas, ni s’il faisait un mordant -25° ou un modeste 9 ou 10, mais bon comme on est super bienveillants, on va lui laisser le bénéfice du doute), bref avoir fait ce geste et deux ou trois autres trucs gentils du genre a vraiment été un bon investissement sur le long terme. Moi un jour j’ai aidé une vieille dame à traverser la rue et j’ai filé plein de vêtements en super bon état (mais que mes travers de riche m’ont amené à ne plus supporter au bout de trois portages) à la Croix Rouge, mais pourtant je ne suis pas sûr qu’à l’avenir on me couche délicatement sur une remorque pour aller faire ma petite balade de printemps sur les bords de Loire.

«T’as qu’à remplir un formulaire pour te faire canoniser» m’a suggéré la sœur de la nourrice de mes neveux. Avant, c’était le peuple qui décidait qui devenait saint ou pas, juste par déclamation, mais depuis que le moine Alcuin a mis le nez là-dedans il y a environ 1000 ans, la démocratie en a pris un grand coup et ça s’est fortement compliqué : c’est quasiment devenu aussi balèze de se faire canoniser que de choper une subvention européenne.

Je comprends maintenant son geste de la main énigmatique, à Saint Martin, plagié notamment à de nombreuses reprises par Jacques Chirac. Peut-être qu’il mourra comme ça Jacques Chirac d’ailleurs, avec le V de la victoire (il le faisait généralement des deux mains, lui) et qu’on promènera sa dépouille et ses nombreuses copies sur des remorques dans les rues des villes de France et de Corrèze.

Bon bah voilà, je viens encore de gagner un pari : j’ai cité Nivek, Saint Martin et Jacques Chirac dans la même chronique. Tranquille.

Un degré en plus

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