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Signes des Temps #139 Vestiges présidentiels en Sud Touraine

Le pitch : « Signes des Temps » ce sont des images chassées par notre journaliste Laurent Geneix dans les rues, les bâtiments et les chemins de la Touraine ; des traces laissées par l’Homme pour l’Homme, parfois très claires, parfois très floues, violentes, commerciales et/ou drôles, mais toujours signifiantes – que ce soit grâce à des mots, des dessins ou des symboles – et potentiellement visibles par tous.

Que reste-t-il de la présidentielle 2017, ou tout au moins de son second tour ? Des lambeaux d’affiches défraîchies, dans des coins reculés de la Touraine où «la main de l’Homme n’a jamais posé le pied», comme le dit le célèbre aphorisme trafiqué de je-ne-sais-plus-qui. (Appréciez l’intro typique de l’urbain méprisant la ruralité.)

Ce petit matin de février, la place de la mairie de La Guerche a comme des airs de la célèbre scène d’ouverture d’Il était une fois dans l’Ouest (le carnage final en moins) : des feuilles volent, tout est fermé, calme et tranquille, aucune voiture ne circule, pas de fumée qui s’échappe d’une cheminée… Bref : le degré zéro de l’humanité (le poète dirait : «la magie du calme d’un petit village français typique à l’aube, à l’heure où blanchit la campagne», mais désolé, je ne suis pas poète).

La seule trace de l’Homme en ces lieux inquiétants est ce panneau d’affichage et le visage souriant de nos deux pépères datant de mai 2017. Comme dirait mon ex-beau-frère : «on se raccroche à ce qu’on peut». Dans l’attente sans fin de mon rendez-vous en retard, je me lance donc dans l’observation minutieuse de ce condensé d’humanité.

En fond, Marine et Manu donc, déchirés (ça ne doit pas leur arriver souvent en vrai) et défraîchis (le premier qui dit qu’ils le sont depuis longtemps a perdu), appartenant déjà au passé, en tout cas au passé de l’affichage public en milieu rural. En mi-plan, le Festival des Barroudeurs (voisin de quelques kilomètres) et une randonnée, tous les deux périmés aussi. Au premier plan enfin, la lueur d’espoir qui me redonne d’un coup foi en l’avenir : un loto. Certes passé de quelques jours, mais qui me rappelle qu’à quelques kilomètres d’ici des cœurs ont battu récemment. Qui me rappelle qu’il y a des priorités dans la vie et qu’un bon vieux loto dans une salle des fêtes en fait partie, avec ses codes réservés aux initiés, comme «plein la main» quand le 5 tombe ou «Le cul de ma tante» quand c’est le cinquante, ou encore «Les culs blancs» quand c’est le 75, pour les Parisiens sans doute ?

Bon puisqu’on ne va décidément pas vous parler politique dans cette chronique (titre arnaqueur encore une fois), on vous en met une dernière pour la route : «Les 2 cacahuètes», pour le 88.

Et ouais.

Un degré en plus

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