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Signes des Temps #124 Gibier à deux pattes rue de la Scellerie

Le pitch : « Signes des Temps » ce sont des images chassées par notre journaliste Laurent Geneix dans les rues, les bâtiments et les chemins de la Touraine ; des traces laissées par l’Homme pour l’Homme, parfois très claires, parfois très floues, violentes, commerciales et/ou drôles, mais toujours signifiantes – que ce soit grâce à des mots, des dessins ou des symboles – et potentiellement visibles par tous.

gibier à deux pattes

Ma grand-mère disait toujours «Il y a une différence de taille entre les chasseurs et les anti-chasseurs. Seuls les premiers sont armés». Doté d’un cerveau lent et vivant dans un pays assez peu venteux, j’ai dû attendre l’âge de 18 ans pour réaliser que la chanson (punk, pour l’époque) de Chantal Goya sur le lapin qui tue le chasseur était de la fiction, puis l’âge de 25 ans pour comprendre la signification de ce sage constat de mon ancêtre.

Pas besoin en revanche d’avoir fait 8 ans d’études de lettres (si, si, 8 ans, j’en connais qui l’ont fait) pour comprendre que la métaphore de cette jolie vitrine d’un magasin spécialisé dans la chasse – côté accessoires inoffensifs qui te permettent éventuellement d’adhérer à la culture chasse sans même avoir jamais touché un fusil de ta vie (pulls jacquard, casquettes à visière, bottes de ville «retour de chasse», sous-verres à cerf et autres mallettes à pique-nique en osier) – est une métaphore tout à fait dérangeante : on affuble de visages de bêtes à abattre des mannequins humains.

What?! (s’exclame le chasseur anglais) On cherche ainsi à séduire le chaland en le mettant dans la peau du gibier, en pleine période de bavures (une dizaine d’humains tués ces dernières semaines en France lors de parties de chasse) ? Déjà qu’un certain nombre de chasseurs ont parfois du mal à distinguer un sanglier d’un promeneur ou d’un autre chasseur, cette installation risque de contribuer à cette inquiétante confusion. Et de donner de mauvaises idées aux chasseurs et aux chasseuses (oui, hein, on ne fait pas dans l’écriture inclusive à 37 degrés, on préfère développer) :

  • « Nathalie, regarde, c’est génial cette mode des masques animaux ! Et si on s’en achetait pour nos prochaines sorties en forêt !
  • Mais enfin Jean-Pierre, tu ne veux pas non plus porter un manteau de fourrure et te déplacer à quatre pattes ?! Déjà que ton pote Jérôme tire régulièrement sur son chien qu’il confond avec une perdrix, si tu te balades avec une tête de lièvre, tu vas finir en civet avant les fêtes de fin d’année ! »

Un degré en plus

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