ArticleChroniquesChroniques-Société

Signes des Temps #123 Popo sur la ville

Le pitch : « Signes des Temps » ce sont des images chassées par notre journaliste Laurent Geneix dans les rues, les bâtiments et les chemins de la Touraine ; des traces laissées par l’Homme pour l’Homme, parfois très claires, parfois très floues, violentes, commerciales et/ou drôles, mais toujours signifiantes – que ce soit grâce à des mots, des dessins ou des symboles – et potentiellement visibles par tous.

popo sur la ville

Quand j’étais petit, beaucoup d’adultes de mon entourage me disaient «T’as vu le beau toutou ?» alors que je savais très bien que c’était un chien. Et, comme son nom l’indique, le chien chie. Il ne fait pas caca, et encore moins popo. Et puis d’abord, c’est quoi, «popo» ? Un dérivé abusif de «pipi» ?

La scatologie et les campagnes de pub institutionnelles font rarement bon ménage, mais face aux indélicats à deux pattes (oui, hein, tout le monde sait qu’un canidé n’est pas judiciairement responsable d’un délit auquel il ne comprend rien) qui pensent que la rue, outre qu’elle est une immense cabine téléphonique, est aussi le plus beau caninoir qui soit, les communicants des collectivités locales urbaines (accompagnés ici par une célèbre agence locale) n’ont d’autre choix que de s’y coller et de balancer des affiches où on appelle un chat un chat.

Enfin presque. Car la variante brute et politiquement incorrecte de ce slogan composé d’un alexandrin suivi d’un vers à 4 pieds (oui quand même hein, la classe, on n’est pas au pays de Ronsard pour rien) pourrait donner ceci : «Quand ô malôtru tu laisses ton sale cabot faire une merde sur le trottoir et que tu t’intéresses subitement à l’architecture de l’église Saint-Julien pour que les témoins pensent que tu n’as rien vu, tu contribues à la création d’un emploi de fonctionnaire à une époque où on fait tout pour qu’il y en ait le moins possible.»

Puisqu’on aime bien pinailler dans cette chronique, on pourrait aussi dire qu’il est inexacte ce slogan – et à plus d’un titre – et qu’il pourrait tout à fait, en étant interprété par des chieurs un peu vicieux, produire l’effet inverse de celui escompté : tout d’abord si le maître ou la maîtresse ramasse la chose d’un geste délicat et discret, ça ne coûte rien à la communauté des hominidés (hormis un peu de la dignité de l’intéressé, mais c’est un détail de l’Histoire) ; ensuite, pas sûr que le popo à la maison coûte moins cher : il alourdit votre poubelle noire dont le ramassage coûte cher en impôts ; enfin, les propriétaires de chien pauvres qui ne paient pas d’impôts risquent fort de s’en donner à cœur joie pour, je cite, «faire raquer ces salauds de riches de contribuables !», fin de citation.

On propose donc une variante (ne nous remerciez pas, tout le plaisir est pour nous) : «Dans la rue/Quand Toutou/Fait popo/C’est pas beau». En plus un alexandrin pur sans rajout c’est tellement plus classe, tel le célèbre «Je marcherai/les yeux fixés/sur mes pensées» de Victor Hugo.

Allez, on double la mise et on vous fait un petit mix en imaginant le célèbre poète romantique vivant dans nos rues en 2017 :

«Je marcherai/les yeux fixés/sur mes pensées/et sur une crotte/je glisserai/et m’étalerai».

Bon ok, on sort.

Un degré en plus

> Retrouvez toute la collection des «Signes des Temps» en cliquant ici.

Print Friendly, PDF & Email