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Signes des Temps #118 #balancetonporc partout, rillettes de Tours nulle part !

Le pitch : « Signes des Temps » ce sont des images chassées par notre journaliste Laurent Geneix dans les rues, les bâtiments et les chemins de la Touraine ; des traces laissées par l’Homme pour l’Homme, parfois très claires, parfois très floues, violentes, commerciales et/ou drôles, mais toujours signifiantes – que ce soit grâce à des mots, des dessins ou des symboles – et potentiellement visibles par tous.

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Décidément, les poubelles sont à la mode. A Tours, elles se mettent à parler et à disserter sur les choses de la vie et les petites histoires de voisinage, et surtout sur les trucs qu’elles bouffent (rappelant la célèbre Olga dans Téléchat, la série culte de Roland Topor, et son «Ch’est bon, cha !») dans une série joliment intitulée «Poubelles la vie».

Un peu partout en France, on va bientôt y voir dépasser des queues en tire-bouchon, car, c’est bien connu, le Français est con et risque fort de prendre le hashtag #balancetonporc au premier degré. Du côté de la Fédération des Charcutiers on s’affole déjà sur les risques de chute des ventes, et nos députés s’apprêtent à déclarer la sauvegarde des rillettes de Tours «grande cause nationale».

Bref, ça s’agite un peu partout et comme d’habitude surtout sur les réseaux sociaux, c’est-à-dire nulle part. Le hashtag est déjà largement détourné et au moment où j’écris ces lignes ma blague pourrie qui justifie l’intégralité de cette chronique a déjà été sortie des centaines de milliers de fois et ne peut donc plus vraiment être qualifiée de «blague», mais de début de harcèlement à l’égard de ce pauvre hashtag sans défense.

Pourtant, en me baladant en ville, j’ai croisé une Aurélie qui balançait son stock de jambon sous-vide dans une poubelle de la ville croyant que grâce à ça son chef de bureau Bernard allait immédiatement arrêter de lui toucher les seins deux fois par jour pour la «réénergiser» (sic). J’ai croisé aussi un Jean-Luc qui a appelé la gendarmerie de Loches pour avouer, je cite, «héberger un cochon dans ma ferme, je dois t’y vous l’amener ou viendez-vous l’chercher». Les Français sont premier degré, qu’on vous dit.

Bon, on attend avec hâte que cette grande délation nationale commence, car malgré tout le bien qu’on peut penser de vouloir calmer une bonne fois tous les gros relous-harceleurs et enfermer les criminels-violeurs, on ne peut s’empêcher de penser que livrer potentiellement à l’anathème à peu près n’importe qui sans enquête préalable en 140 caractères risque de faire de gros dégâts dans les semaines et les mois à venir, dans une société déjà pas franchement apaisée.

Un degré en plus

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