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Signes des Temps #126 Le plus beau métier du monde, rue Colbert

Le pitch : « Signes des Temps » ce sont des images chassées par notre journaliste Laurent Geneix dans les rues, les bâtiments et les chemins de la Touraine ; des traces laissées par l’Homme pour l’Homme, parfois très claires, parfois très floues, violentes, commerciales et/ou drôles, mais toujours signifiantes – que ce soit grâce à des mots, des dessins ou des symboles – et potentiellement visibles par tous.

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Bon, on voit déjà les esprits chafouins protester et s’apprêter à affûter leur plume pour écrire au courrier des lecteurs (économisez vos nerfs : on vient de virer le stagiaire sous-payé qui s’en occupait) et dire que, non, le plus beau métier du monde c’est pas disquaire, c’est libraire. Ou cuisinier. Ou conseiller en optimisation fiscale.

Mais non. Nous on pense que c’est disquaire. Et petit disquaire, hein, dans une boutique exigüe nichée dans un quartier étudiant et grouillant, où les gens et les genres se mélangent au quotidien : une boutique où tu dois te mettre à genoux pour fouiner dans le stock, une boutique où c’est forcément le temple du «bordel ordonné», ce délicieux oxymore qu’on a tenté en vain de ressortir sous toutes ses variantes à nos parents qui hurlaient à la mort quand ils rentraient dans nos chambres d’ados.

Il reste deux disquaires dignes de ce nom à Tours, dont Madison rue Colbert, où le slogan aux sonorités désuètes demeure de mise. L’auto-promo sur la vitrine qui clame «Notre talent, c’est…» reste une valeur sûre en 2017, l’étalon-or du marketing de proximité.

Juste derrière la porte, vous y trouverez le micro-rayon dédié à la scène locale, toujours plein de petits trésors en CDs et en vinyles (tiens au hasard : le dernier 33 Tours des Rhum Runners). Et partout ailleurs, d’infinies raisons de défoncer votre budget mensuel global, quitte à bouffer des pâtes 14 fois par semaine pendant 3 semaines. Après tout, un plat de coquillettes en écoutant un bon vieux maxi 45T de Depeche Mode, c’est aussi bon qu’une douzaine d’huîtres en écoutant les conneries de vos voisins de table.

Non seulement «faire découvrir le talent des autres» est une fonction plus nécessaire que jamais, mais en plus elle semble conserver celles et ceux qui la remplissent : solide gardien du temple, fidèle au poste derrière sa platine vinyle qui tournicote toute la sainte journée, le maître des lieux semble tout simplement immortel.

Pensez juste à aller musarder dans son antre de temps en temps pour éviter de faire de Tours un jour une ville sans disquaires.

Un degré en plus

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