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Regards #46 Le rire de ma mère & In the fade

Dans Regards, retrouvez l’avis de Stéphanie Joye sur quelques films à l’affiche dans les cinémas tourangeaux. Histoire de vous donner envie, à votre tour, d’aller passer un moment dans les salles obscures.


In the fade (Drame, thriller allemand)

De Fatih Akın

Avec Diane Kruger, Denis Moschitto, Numan Acar

Gloden Globes 2018 Meilleur film en langue étrangère

Festival de Cannes 2017 Prix d’interprétation féminine Diane Kruger

Dans un quartier turc en Allemagne, Katja dépose son petit garçon au lieu de travail de son mari, Nuri, un kurde ancien tolard dealer de shit, rangé et aimant. Le soir, elle repasse en voiture devant son pas de porte barricadé par les flics : une bombe y a explosé, causant des blessés et … la mort de son mari et de son fils. Devant l’horreur du deuil, le combat en justice, puis, la vengeance.

Un film choc, drame-thriller maîtrisé, bouleversant, éprouvant, où Diane Kruger sidère en épouse et mère dévastée par l’horreur du terrorisme (ici néo-nazi), qui n’est pas sans nous ébranler au regard des évènements sévissant en ce monde. La part belle est faite au suspens du troisième chapitre, oppressant et tenant en haleine longuement. Sans pauses, l’ensemble du film nous tient avec poigne et dynamisme, dans une émotion permanente. Mais des éléments auraient dus être évités, pesant sur le scénario avec ridicule voire grossièreté dans le contexte de ce que subit Kadja (mère et beaux-parents malveillants, meilleure amie nouvellement maman, ce qui accentue encore la peine de la perte du fils de Kadja, avocat aux accusés agressif et au regard en coin jubilant vers l’avocat de la plaignante, ce dernier offrant de la beuh à son amie pour alléger ses souffrances…). D’un autre côté, le film aurait pu prendre un tournant plus engagé politiquement, la teneur présente en surface restant sociologique. In the fade détient au final deux facettes qui mèneront les spectateurs vers un avis soit emballé, soit rebuté, soit mitigé. Mais il ne laisse à coup sûr pas indifférent.

Un film à l’affiche aux Cinémas Studio (Toutes les informations utiles sur leur site internet)


Le rire de ma mère (comédie dramatique française)

De Colombe Savignac, Pascal Ralite

Avec Suzanne Clément, Igor Van Dessel, Pascal Demolon, Sabrina Seyvecou 

Marie est gravement malade. Elle vit seule avec son fils Adrien âgé de 11 ans, un garçon introverti qui partage avec elle un amour incommensurable. Son ex-mari, Romain, a refait sa vie avec Gabrielle. Même si ses parents sont restés très amis, Adrien souffre de la situation, et tente de dépasser son manque de confiance en lui en faisant du théâtre, où Elsa y fait chavirer son cœur. Préservé un temps des précisions concernant l’état de santé de sa mère, il va chercher à connaître ce qu’est le courage.

Malgré le propos tragique, le duo de réalisateurs Colombe Savignac et Pascal Ralite a réussi un coup de maître avec ce beau (premier) film lumineux, touchant et bien souvent drôle. Tout y est d’une grande justesse, et les comédiens y sont excellents, à commencer par Suzanne Clément (vue dans le récent « Le sens de la fête »), fantasque et pétillante, Pascal Demolon, nuancé, impressionnant, et le jeune Igor Van Dessel (« L’échange des princesses »), au jeu tout bonnement ahurissant. Evitant l’écueil du pathos, privilégiant la subtilité et la sensibilité, Le rire de ma mère est plein d’humanité et de tendresse, mais aussi de franchise et d’authenticité. Et même si la fin est un peu étrange, ce film est très méritant.

Un film à l’affiche aux Cinémas Studio (Toutes les informations utiles sur leur site internet)

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