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Regards #45 Normandie nue & Le grand jeu

Dans Regards, retrouvez l’avis de Stéphanie Joye sur quelques films à l’affiche dans les cinémas tourangeaux. Histoire de vous donner envie, à votre tour, d’aller passer un moment dans les salles obscures.

Normandie nue (Comédie française)

De Philippe Le Guay

Avec François Cluzet, Toby Jones, François-Xavier Demaison, Philippe Rebbot, Patrick d’Assumçao, Gregory Gadebois, Arthur Dupont  

Des paysans normands luttent contre des conditions désastreuses et manifestent dans leur village de Mêle sur Sarthe. Leur maire est comme « un père » pour eux, se démenant pour que la situation s’arrange, dû-sait-il trouver une solution médiatique pour se faire entendre. L’aubaine se présente lorsqu’un grand artiste photographe américain, dont la spécificité est de mettre en scène dans de grands espaces une foule de personnes nues, élit un beau champ du coin et la population du village comme source de création. Reste pour le maire la mission très difficile de faire accepter en masse éleveurs et habitants récalcitrants …

Tous à poil en campagne : le ton est tout de suite donné, de manière très drôle, divertissante, euphorisante et jubilatoire. Sympathique donc, cette comédie rurale humaine et solidaire est néanmoins pudique et rafraîchissante, et assume comique et pathétique de la situation sans trop tomber dans la lourdeur (sans trop). Tous ses nombreux personnages sont formidables, d’acteurs connus aux vrais paysans, tous crédibles et attachants. Et bien entendu François Cluzet, excellent maire comme il fut excellent médecin de campagne déjà sur grand écran, acteur garant de la qualité d’un film. Une crise paysanne au cœur de paysages mis à nus, joliment éclairés par la douceur du printemps, une fable sans clichés : Philippe Le Guay réussit un tour d’authenticité. De plus, il engage toute la troupe dans un vecteur d’actualité de (notamment) la crise bovine comme le traitement par pesticides. On passe un très bon moment devant Normandie nue, son réalisateur (celui des Femmes du 6e étage) sachant procurer un plaisir empli de tendresse pour ses personnages. Mais un très léger sentiment de bâclage.

Un film à l’affiche aux Cinémas Studio (Toutes les informations utiles sur leur site internet) et aussi dans les cinémas CGR de l’agglomération (toutes les informations utiles sur leur site internet).


Le grand jeu (Biopic américain)

De Aaron Sorkin

Avec Jessica Chastain, Idris Elba, Kevin Costner

Une histoire vraie

Ex-championne de ski acrobatique, dotée d’un mental d’acier et d’un Q.I. de surdouée, Molly Bloom travaille comme assistante d’un petit patron de bureau qui organise des parties de poker clandestines. Elle s’infiltre dans ces réunions, et, une fois virée comme une malpropre de son job, elle mène les cercles jusqu’à en devenir la reine du tout Hollywood. Grandes stars et millionnaires se ruent à ses soirées où les mises sont vertigineuses. Mais elle va inévitablement se faire prendre à son propre jeu, violentée par la mafia russe et traquée par le FBI. Prise dans un terrible engrenage, déterminée, elle entreprend des démarches en justice auprès d’un avocat aussi brillant que bienveillant. Ne prendrait-elle pas sa revanche sur sa propre vie ?

C’est le premier film du brillant Aaron Sorkin, scénariste et adaptateur, notamment de l’excellent The Social Network. Il s’est attelé à un biopic éloquent, haletant, fascinant et divertissant sur La reine du milieu du poker clandestin (tables high stakes). Une histoire vraie hallucinante. Une histoire convaincante et séductrice, au rythme effréné : l’intensité du sens du rythme ainsi que les répliques subtiles, rapides, de haut vol, comme l’intelligence des silences (de Molly) y sont particulièrement intrigants. La performance vertigineuse de Jessica Chastain, présente à chaque plan, est bluffante. Ultra-sexy, glamour, à la main de fer dans un gant de velours …, la sublime actrice de caractère joue l’ambivalence envoûtante comme dans la plupart de ses rôles, tel que celui de Miss Sloane. Elle crève l’écran, et incarne la réussite du mérite et du génie, au-delà des atouts de séduction, finalement secondaires. Le grand jeu est un très bon film. Toutefois, trop de logorrhées (maux de têtes…), de convenance accentuée (le rapport entre l’ascension sportive et le pouvoir de l’argent), de ridicule dans le rapport filial (père-fille), et bien des longueurs nous essoufflent.

Un film à l’affiche aux Cinémas Studio (Toutes les informations utiles sur leur site internet) et aussi dans les cinémas CGR de l’agglomération (toutes les informations utiles sur leur site internet).

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