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Le disque de la semaine de Radio Béton : Tyler the Creator – Igor

Nouveau rendez-vous hebdomadaire sur 37°. Chaque jeudi retrouvez en partenariat avec Radio Béton, le disque de la semaine sélectionné par les petites oreilles des animateurs de la radio tourangelle.

Cette semaine, place à un disque des dernières semaines :  Tyler the Creator – Igor

« Ce n’est pas Bastard. Ce n’est pas Goblin. Ce n’est pas Wolf. Ce n’est pas Cherry Bomb. Ce n’est pas Flower Boy. C’est IGOR. Ne vous jetez pas dedans avec l’espoir d’écouter un album de rap. Ne vous jetez pas dedans avec l’espoir d’écouter un quelconque album. Juste, allez-y, jetez-vous dedans. »

C’est avec ces quelques mots que Tyler the Creator lançait vendredi dernier son 6 ème album Igor, sans promotion préalable ni single pour soutenir sa promotion. Et à la sortie des 40 min que propose cette galette on ne peut qu’approuver ce conseil avisé, qui, il faut bien l’avouer, devrait être un postulat de base pour aborder une oeuvre artistique, quelque elle soit.

Depuis la sortie de Flower Boy en 2017, Tyler the Creator semble avoir touché du doigt sa démarche artistique et les idées qui se dégageaient jusque là par à coup sur ses précédents efforts prennent ici tout leur sens. Ainsi pas de doute nous sommes bien dans un album de Tyler, toujours ponctué par des sonorités si particulières, des changements de rythmes brutaux et des productions méticuleusement déstructurées mais avec une cohérence qu’on ne lui connaissait pas jusqu’alors.

Musicalement Igor apparait ainsi comme l’évolution logique de ce qui fut entrepris il y a deux ans, proposant des morceaux à la structure beaucoup plus nette, voguant entre inspiration soul et R’n’B, avec toutefois une présence plus marquée de vagues et effets synthétiques conférant à l’album de légers accents synthpop. C’est ainsi que tout logiquement, Tyler délaisse de plus en plus son flow caverneux pour un chant clair, presque fragile parfois, sensible.

Sensible, Tyler l’est d’ailleurs plus que jamais sur cet album se livrant intimement et lourdement sur les affres de l’amour, ses oscillations, ses sursauts, et les questionnements existentiels qui en jaillissent. S’il n’a peut être pas la plume d’un Earl Sweatshirt ou d’un Franck Ocean, deux anciens membres d’Odd Future, crew qui les a révélé au début des années 2010, l’histoire qu’il nous raconte au long des 12 pistes qui composent Igor est troublante d’honnêteté et les images qu’elle projette assez bluffante.

Igor est peut être dépourvu de morceau clinquant comme pouvait en contenir Flower Boy mais c’est ici au total service de l’album, qui nous apte comme jamais dans la psyché effervescente de l’artiste qui, à l’aune de ses trente ans nous propose son album le plus abouti. Un album total comme le Hip-Hop moderne en propose peu.

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