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Le clip de la semaine : « Black Speech » de Chevalien

Chaque vendredi nous plongeons nos mains de gourmands dans l’inépuisable réserve de groupes tourangeaux et en extirpons un clip. Cette semaine découvrez Black Speech de Chevalien.

« The Hell Bank Corporation Limited ». Entre les flammes qui dévorent le papier, on peut apercevoir cette phrase. Elle est inscrite sur des billets de « ghost money », de l’argent factice qu’on brûle dans certaines cérémonies funéraires d’Asie. Une fois parti en fumée, celui-ci est sensé être transmis aux défunts pour palier leurs problèmes financiers. Chevalien en consume des liasses entières tout en arborant une pièce de monnaie sur chaque œil. Cet argent est destiné à Charon, celui qui navigue sur le Styx, la rivière qui sépare le monde des vivants de celui des morts dans la mythologie grecque. L’artiste ne laisse pas planer le doute sur notre destination : Black Speech est un voyage vers les enfers.

« Si seulement j’avais eu des tunes, j’aurais mis des Uruk-hai dans mon clip »

Chevalien

Chevalien joue une fois de plus avec les codes du rap (les liasses de billets) qu’il mêle pleinement avec ceux du métal. « You’re no more human » : voilà la phrase qu’il répète inlassablement pendant ses refrains. « Tu n’es plus humain, tu es une bête torturée par toi-même, tu luttes contre tes propres démons », explique-t-il. Ces démons, ils attendent Chevalien au fond d’une trappe sur laquelle il est assis. C’est ici qu’il débite son « black speech » sur une musique « très médiéval-trap, genre Mordor music », précise-t-il avec un sourire. Le terme Mordor n’est pas hasardeux : le Black Speech (noir parler en français) est le langage des orques dans Le Seigneur des Anneaux. Les connaisseurs savent que les orques sont, à l’origine, des elfes qu’on a torturé et rendu monstrueux… Ce sont les démons de Chevalien, ceux qui l’attendent au fond de la trappe. « Si seulement j’avais eu des tunes, j’aurais mis des Uruk-hai dans mon clip », glisse-t-il.

Clément, bassiste du projet
Masque confectionné par Léa Labat
Annabelle, batteuse du projet
Plan tourné par Jémérie Rocques

L’idée de cette mise en scène macabre lui vient alors qu’il vide la trappe qui se trouve dans sa propre maison à Tours-nord. La quasi intégralité du clip est en effet tourné chez l’artiste, dans sa cave qu’il exploite au maximum. Il y invite ses musiciens, Annabelle à la batterie et Clément à la basse (il est ici caché sous un masque de soudeur). D’autres amis se sont greffés sur le projet, chacun apportant son savoir faire pour un clip qui, comme souvent, mobilise beaucoup de talents mais très peu de moyens financiers. Il y a Noémie Barillet à la co-réalisation et au cadrage, Yannis Pachaud pour les plans au « ronin » (ceux font tourner la tête) ou encore Léa Labat à la conception du masque de soudeur version boule à facette. Les plans où Chevalien porte un masque noir sur les yeux sont quant à eux tournés par Jémérie Rocques, réalisateur du clip de Bleu Blanc Blood. Ce sont les seuls tournés à Paris, dans les sous-sols de la Villette. L’entièreté du clip devait d’ailleurs s’y dérouler, mais Chevalien a finalement jeté une grande partie des plans. Ce n’est pas étonnant quand on connait l’exigence de l’artiste et la qualité de ses réalisations. Avec Black Speech, un clip moins scénarisé que les précédents, Chevalien propose une vidéo simple et efficace, qui joue sur les symboles et va plus loin que jamais dans son univers sombre et angoissant. Et ça lui va bien, le clip a déjà enregistré 28 000 vues en un mois.

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