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[Cinéma] Regards #42 Suburbicon, Makala, Problemski

Dans Regards, retrouvez l’avis de Stéphanie Joye sur quelques films à l’affiche dans les cinémas tourangeaux. Histoire de vous donner envie, à votre tour, d’aller passer un moment dans les salles obscures.

Bienvenue à Suburbicon (comédie policière, thriller, américain)

De George Clooney

Avec Matt Damon, Julianne Moore, Oscar Isaac, Noah Jupe 

Interdit aux moins de 12 ans

Il y a 60 000 habitants à Suburbicon, petite ville résidentielle tranquille, proprette et parfaite. Des pavillons mignons, des pelouses millimétrées, de rutilantes petites boutiques, des brushings et des complets impeccables, de belles autos et des sourires de convenance. Mais tout n’est qu’apparence. A l’été 1959, à Suburbicon, entre les murs se cachent mensonges, trahison et violence, tandis que dehors s’affiche la ségrégation raciale. Finalement, rien de bien joli, joli …

George Clooney n’est pas pote avec Ethan et Joel Cohen pour rien. Les deux frères cinéastes lui ont offert un scénario-polar-thriller-comique écrit aux petits oignons, dans la veine de la farce macabre, grinçante, sanglante et absurde qui leur est chère. Réjouissant et à mourir de rire pour peu que l’on aime l’humour noir, l’histoire impitoyable de Bienvenue à Suburbicon est pleine de rebondissements affreux, de crimes en tous genre, de personnages cinglés (quels excellents interprètes). Dans un décor kitsch de carte postale, tout est cadré et édulcoré pour mieux cacher le massacre. Néanmoins, le propos est très sérieux, car autour du divertissement et de la cocasserie, Bienvenue à Suburbicon met en avant la puanteur humaine qui part de peu (le mensonge, la bêtise et l’hypocrisie), pour aller vers la haine et le crime en passant par la duperie et l’escroquerie. George Clooney dénonce le racisme, qu’il montre en face à face avec la tuerie en série (la maison du petit garçon blanc, dont la famille meurt en plein carnage, face à celle, souillée, de la famille du petit garçon noir). Donald Trump serait-il visé de près dans ce plaidoyer contre la connerie et l’ignominie régies par un monde manipulateur ? Le film est donc aussi bien une satire intense du rêve américain qu’un constat politique, féroce et alarmant, de notre époque. L’acteur-réalisateur frappe très fort.

Un film à l’affiche aux Cinémas Studio (Toutes les informations utiles sur leur site internet).


Makala (Documentaire, drame français)

De Emmanuel Gras

Avec Kabwita Kasongo, Lydie Kasongo, … personnes réelles

Film du mois aux Cinémas Studio de Tours

Grand Prix de la semaine de la critique au dernier festival de Cannes

Kabwita, un jeune congolais très pauvre vivant dans un petit village de province, rêve d’un avenir meilleur pour lui et pour sa famille – sa femme et sa petite fille. Dans la brousse, courageux, fort et débrouillard, il construit leur future maison. Il fabrique aussi du charbon pour le vendre. Ainsi, il l’entasse lourdement (spectaculairement) sur un vélo vétuste qu’il accompagne avec épuisement, à pied, jusqu’à se rendre en ville. Tout ceci sur une route dangereuse, à ras des voitures, dans la poussière et la galère … et à 50 km de chez lui.

On ne peut plus simplement, ce documentaire est une aventure poignante dès les premières secondes. Tant instructif que messager, Makala (charbon en swahili) porte en lui la force de ne pas se cantonner qu’au réalisme pur. Pour sobrement nous toucher tout en nous magnifiant notre observation, Emmanuel Gras a su avancer la beauté de la brousse et la magie des actions manuelles, d’une poésie délicate transcendantale. Mais aussi des lumières de la ville, des camions et de l’aube s’annonçant après le calvaire. Moment où se jouent alors les transactions et où Emmanuel Gras figure un symbole universel du capitalisme. Concernant le très long et harassant chemin qu’effectue Kabwita, on est en droit de se demander ce que l’équipe technique du film a pu ressentir face à cette dureté, et comment a-t-elle pu se distancier sans douleur morale ni remord ? Le réalisateur semble poser acte de conscience par écran interposé. Kabwita est-il humanisé de la sorte, au vu du poids de sa trajectoire filmée ? Réflexion allégorique, quasiment mythologique, sur la route de l’existence… Une œuvre superbe, forte et rare.

Un film à l’affiche aux Cinémas Studio (Toutes les informations utiles sur leur site internet).


Problemski Hotel (Drame belge)

De Manu Riche

Avec Tarek Halaby, Gökhan Girginol, Evgenia Brendes 

Un très grand immeuble désaffecté de la ville de Bruxelles sert de squat à une bande de demandeurs d’asile sans papiers. Plutôt marginaux mais en volonté d’insertion, ils errent dans leur centre, discutent, se distraient, et déraillent aussi, entre petits délires joviaux et sombres accablements.

C’est à la fois dans une froideur clinique et au sein d’une autarcie burlesque que Problemski hotel nous accueille durant 1h50. Inclassable, l’ovni dépeint une société désespérée malgré l’absurdité et le tragi-comique ambiants. La mise en scène est stylisée et tout en recul. Les situations ne sont jamais moralisées, culpabilisantes, ou bien, encore, apitoyées. Les dialogues, principalement en anglais, font l’éloge des multi-langues (français, belge, russe, arabe, néerlandais…) : le film est un jeu permanent de discussions en traductions. Dans la narration, il y a la poésie méditative de Bipul, le « chef de file », récitée en voix off comme un avancement d’espérance. Le documentariste Manu Riche, dont c’est le premier film, fait fi de la promiscuité et du réel tenace au profit d’un surréalisme assumé, étonnant, grinçant et profondément bizarre (degré moindre par rapport à Yórgos Lánthimos tout de même). Il n’en pointe pas moins du doigt de grands sujets relatifs aux sorts des réfugiés, tels que le suicide, l’infanticide ou l’avortement clandestin … Il manque cependant de points de vue humanistes pour sortir un peu de cet anti-naturalisme. Le réalisateur s’emploie clairement à évincer toute bribe réelle de l’approche du documentaire, en réalisant une première fiction délirante … bien loin d’être un reportage sur les migrants. Mais c’est ce qui confère au film son caractère bien enthousiasmant.

Un film à l’affiche aux Cinémas Studio (Toutes les informations utiles sur leur site internet).

Conclusion

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