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[Cinéma] Regards #37 Marvin ou la belle éducation et Mise à mort du cerf sacré

Dans Regards, retrouvez l’avis de Stéphanie Joye sur quelques films à l’affiche dans les cinémas tourangeaux. Histoire de vous donner envie, à votre tour, d’aller passer un moment dans les salles obscures.

Mise à mort du cerf sacré (Drame britannique, Fantastique)

De Yórgos Lánthimos

Avec Colin Farrell, Nicole Kidman, Barry Keoghan 

Prix du scénario au Festival de Cannes 2017

Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement

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Une heureuse famille bourgeoise américaine, composée d’un couple et de deux adolescents (Bob, 12 ans et Kim, 14 ans) voit sa vie s’étioler dans la noirceur machiavélique prodiguée par un jeune homme étrange. Martin a un but : se rapprocher du grand chirurgien Steven et de ses proches, pour les mettre face à un horrible destin.

Yórgos Lánthimos est un provocateur. Il réitère, après le succulent The Lobster, sa bizarrerie-épouvante polanskinienne, kubrickienne et hitchcockienne. Voici un drame familial névrotique, immoral, cruel et surnaturel, à l’humour noir manipulateur et glaçant à souhait. Cette famille décline, tant moralement que physiquement (les enfants sont subitement atteints de paralysie et la mort semble frôler le clan). Elle s’embourbe. Le presque grotesque et le sordide se fondent dans une théâtralité virtuose dont seul Lánthimos détient la recette précieuse. Mise à mort du cerf sacré est fascinant et inventif. Affreusement tragique. Ironique. Le cinéaste grec, avec audace, talent et acuité, mène une dystopie cruelle sans jamais tomber dans l’afféterie. Autour des thèmes de la vengeance et du sacrifice, l’originalité est autant excitante qu’éprouvante et dérangeante pour le spectateur. Le stress est procuré par une bande son stridente et la lenteur souligne l’oppression de la mise en scène. Les acteurs sont hallucinants. Mention spéciale au jeune interprète Barry Keoghan, inquiétant par un simple regard en coin. Parler de ce film est au fond interminable : tant de détails sont relevables, nous démontrant odieusement la face sombre de la nature humaine.

Un film à l’affiche aux Cinémas Studio (Toutes les informations utiles sur leur site internet)

Marvin ou la belle éducation (Drame français)

France – 2017 – 1h55, de Anne Fontaine, avec Finnegan Oldfield, Grégory Gadebois, Vincent Macaigne, Catherine Salée, Jules Porier, Charles Berling, Catherine Mouchet, Isabelle Huppert…

Librement inspiré du livre d’Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule

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Marvin Bijou est un adolescent de 13 ans en souffrance, violemment tyrannisé par un petit groupe le raillant sur son homosexualité, que, d’ailleurs, ses parents refusent de discerner. Cette jeunesse, Marvin, rebaptisé Martin Clément adulte, la raconte douloureusement en jeu de miroir, se préparant en solo pour la scène de théâtre. Mais ce choix de narration autobiographique n’est pas sans conséquences familiales dramatiques. Soutenu par son ancienne directrice de collège, Madeleine Clément, qui lui a fait découvrir le théâtre, ainsi que son couple d’ami homo et une grande actrice connue, Martin Clément va s’ouvrir pour se (re)construire. Et peut-être, même, se transformer.

En s’inspirant très librement du livre d’Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule, sans en faire l’adaptation, la réalisatrice a scénarisé une option artistique profonde et voulue tel un regard miroir conscient. Conscient de l’enfant que Marvin a été, heurté et balancé. Son regard sur ce qu’il est devenu est anticipateur. C’est un propos universel. Que faisons-nous de nos entailles ? Comment nous accomplissons-nous, et à quel prix ? En vainquant son traumatisme lié au harcèlement, grâce au théâtre, Marvin formule un acte réparateur et débute sa construction, sa vocation. On est dans une structure bicéphale ado-adulte contre la honte de ses origines. Il n’y a pas de pédagogie naturaliste à propos de la famille. Tout est stylisé et métaphorique. La dramaturgie tonique est anti chronologique. Anne Fontaine a souhaité montrer la construction identitaire d’un jeune qui sort de l’extraction sociale. Ses pygmalions, nouveaux repères familiaux choisis, l’ouvrent à la culture salvatrice pour son identité. Ce sont des personnages généreux (son amant et son ami couple homosexuel). Ce catharsis fait profondément échos : effet miroir sur la différence. Marvin est en quête du père et en quête de lui-même. Sa famille d’origine, au bout du compte, va se retrouver aussi transformée que lui. Un film intelligent.

Un film à l’affiche aux Cinémas Studio (Toutes les informations utiles sur leur site internet)

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