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[Cinéma] Regards #41 Plonger et 12 jours

Dans Regards, retrouvez l’avis de Stéphanie Joye sur quelques films à l’affiche dans les cinémas tourangeaux. Histoire de vous donner envie, à votre tour, d’aller passer un moment dans les salles obscures.

Plonger (Drame français)

De Mélanie Laurent

Avec Gilles Lellouche, María Valverde, Ibrahim Ahmed dit Pino

Adaptation du roman Plonger de Christophe Ono-dit-Biot (qui a reçu le Grand prix du roman de l’Académie française ainsi que le Prix Renaudot des lycéens en 2013)

César, journaliste, et Paz, magnifique photographe espagnole, libre et voyageuse, viennent de se rencontrer et vivent un amour passionné. Lorsque Paz est enceinte, ses tourments intérieurs se manifestent plus avant et créent des tensions dans le couple. Imprégnée par le principe sonore et visuel d’une installation, qu’un petit comité d’artistes inconnus lui avait offert à ressentir, Paz est en quête d’une immersion absolue dans l’abime de son esprit, tandis que sa création s’égare. L’arrivée de l’enfant la plonge dans une dépression incompréhensible pour César qui, malgré sa lassitude, croit la porter du mieux qu’il le peut. Mais c’est en vain, car Paz décide de fuir, et sans dire où.

Un film tragique fort et visuellement très beau, mais dont l’esthétisme si perfectionniste nous tient parfois à distance, alors que l’art devrait impliquer le rôle du regard du spectateur sur l’œuvre. Outre ce fait, Plonger est particulièrement réussi au cadrage et au montage. Il s’ensuit une efficacité percutante dans la narration, l’histoire nous embarquant avec justesse et précision. Gilles Lelouche trouve son plus beau rôle en amoureux et en père anéanti par le désastre émotionnel que ne peut conjurer sa femme. Le film est une descente aux enfers tamisée de beauté formelle. Il se traite en deux parties : l’une déclinant la fusion du couple dans leur appartement, jusqu’à la crise conjugale irrémédiable. L’autre appuyant l’obscurité-énigme de la femme, dont l’amoureux par à sa recherche, enclin à vivre ses émois et ses méandres pour la ressentir et la comprendre. Cette seconde étape, plus sobrement mise en scène que la première, gagne en intensité mais de manière assez inégale. Le manque de simplicité, de cohérence et de véritable enjeu perd souvent le film, qui doit beaucoup à Gilles Lelouche pour ne pas qu’il plonge. Au final, après Les adoptés et Respire, Mélanie Laurent (aussi actrice de talent) signe tout de même une fiction très mature, et s’implante dans la veine des jeunes réalisateurs à suivre, maîtrisant audacieusement finesse de l’écriture et délicatesse de la mise en scène.

Un film à l’affiche aux Cinémas Studio (Toutes les informations utiles sur leur site internet).


12 jours (documentaire français)

De Raymond Depardon

Avec : personnes réelles

Présenté au Festival de Cannes Hors compétition

Qualifié de « magnifique et implacable » et unanimement encensé par la presse

Raymond Depardon exerce des travellings lents avants, des champs-contrechamps, et met trois caméras en plans fixes, tous portraits happés, à l’intérieur d’un hôpital psychiatrique : Le Vinatier, à Lyon. Les patients contraints d’y séjourner et d’y recevoir des soins depuis 12 jours sont appelés tour à tour à dialoguer (selon la Loi du 27 septembre 2013) en salle d’audience sur leur sort, avec une grande dignité et avec un juge et en présence d’un avocat. Puis tous les six mois si nécessaire. Tout ceci dans le respect de leur anonymat.

En laissant les langues naturellement se délier en salle d’audience, en étant clairement présent (gros plans) mais avec une distance pudique totale (incroyable…), Raymond Depardon s’est attaché à donner de l’information d’intérêt public, et ce, de manière captivante. Nous ne sommes pas de simples spectateurs face à une série de dix personnes concernées (sur 72). 12 jours nous fait nous poser des questions sur la justice, l’incarcération, la solitude, la misère sociale, l’isolement, la détresse, la vulnérabilité, les pathologies délirantes, la folie, la souffrance, la lutte de l’esprit pour être « normal ». A l’écran, l’émotion nous envahit lorsque nous comprenons mieux, dans certains cas, comment la vie s’est immiscée sordidement en ces êtres pas si loin de nous. Souffrances familiales, professionnelles ou encore sociales ont pu avoir leur mot d’ordre destructeur. Mais Depardon, à l’instar de nombreux de ses précédents documentaires, sait aussi saisir de ces rencontres quelques sourires et instants d’humour. Aux instants d’équité brefs, bouleversants, à l’humilité, à l’humanité et à la sensibilité simplement présentes, ce documentaire est superbe et profondément nécessaire.

(NB : Raymond Depardon est un ancien photographe de guerre. Filmographie sélective : Les habitants (2016), Journal de France (2012), La vie moderne (2008))

Un film à l’affiche aux Cinémas Studio (Toutes les informations utiles sur leur site internet).