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Tramway : ce qui se dessine…

La concertation publique préalable à l’élaboration de la deuxième ligne de tramway suit son cours (elle dure jusqu’au 08 juin). Cette semaine s’est achevée la série de réunions publiques qui se sont déroulées dans plusieurs communes (Joué-lès-Tours, La Riche, Saint-Pierre-des-Corps, Chambray-lès-Tours, Tours). Des réunions publiques où le public fut nombreux à se déplacer avec des questions et des inquiétudes auxquelles les élus ont répondu. Des temps d’échange avec son lot d’enseignements. On fait le point sur certains éléments clés de la réflexion.

La Riche veut profiter de l’effet Tram

Demain, La Riche sera la « porte de l’ouest » de la Métropole a indiqué fièrement Wilfried Schwartz lors de la réunion publique dans sa commune. Le maire de La Riche est en effet heureux d’avoir réussi à faire passer la 2e ligne dans sa commune, ce qui n’était pas gagné au départ. Une victoire pour l’élu qui sera à mettre dans le bilan de son mandat le moment venu.

Et si le maire de La Riche s’est battu c’est parce qu’il voit dans ce passage du tramway une excellente occasion de poursuivre le développement d’une commune en pleine mutation et qui attire de plus en plus. Un tramway qui coïncidera notamment avec l’émergence de nouveaux quartiers comme la ZAC du Plessis Botanique ou encore avec la rénovation du centre-ville voulu par le maire. A terme, La Riche espère ainsi profiter de l’effet tramway et gagner 2000 à 3000 habitants supplémentaires tout en privilégiant l’image d’une ville agréable à vivre. Du côté des habitants, l’arrivée du tramway est également globalement vue comme une bonne nouvelle.

A lire également sur Info Tours : La deuxième ligne de tramway séduit La Riche

L’est tourangeau se sent oublié

Si à l’ouest on a plutôt le sourire, à l’est en revanche c’est plutôt la grimace et l’éternel sentiment d’être oubliés et laissés pour compte. Depuis plusieurs mois, un collectif pour le passage du tramway à Saint-Pierre des Corps s’est monté et a maintenu la pression.

Si du côté de Tours Métropole on assure que la commune de l’est tourangeau aura la troisième ligne et que la réflexion actuelle s’inscrit dans un schéma global à moyen terme, les habitants de l’est tourangeau se sentent néanmoins lésés pour le moment, d’autant plus que la ligne de bus à haut niveau de service, évoquée un temps comme une transition avant l’arrivée du tramway, ne s’arrête finalement dans le dossier technique qu’à la zone des Atlantes-Parc des Expos sans desservir Saint-Pierre-des-Corps…

Des études approfondies vers Saint-Pierre et Saint-Cyr

Néanmoins, à force de persévérance, le collectif pour le tram à Saint-Pierre a obtenu une avancée lors de la réunion publique dans cette commune. Frédéric Augis, le vice-président aux transports de la Métropole a en effet accepté de lancer une étude approfondie pour l’automne pour un tronçon Tours-Saint Pierre des Corps. Une étude qui sera doublée d’une deuxième sur le tronçon Tours-Saint Cyr sur Loire.

Pour Philippe Briand, ces études permettront d’anticiper, de bloquer les terrains sur le passage de la future 3e ligne, afin d’être prêts le cas échéant.

Vers un réseau maillé

A terme, c’est à dire à l’horizon 2040-2050, l’ambition est ainsi d’avoir un réseau maillé de trois lignes de tramways, d’un BHNS et de lignes de bus complémentaires. Concernant les lignes de tramways, on comprend que la création d’un hub à la gare de Tours est la solution la plus logique et privilégiée. La gare de Tours deviendrait alors le point névralgique du réseau composé de six demi-lignes ou tronçons, avec différents aiguillages permettant à terme de modifier si besoin, les lignes établies au départ, comme ce fut le cas dans d’autres villes françaises comme Montpellier. En clair, demain il sera alors tout à fait possible qu’une ligne fasse Saint-Pierre des Corps/La Riche et une autre Saint-Cyr-sur-Loire/Chambray par exemple. Un tel réseau permettrait ainsi de ne pas figer les choses malgré la présence d’infrastructures fixes.

Le boulevard Royer plébiscité à Tours, le boulevard Béranger a les faveurs ailleurs

Pour se projeter à cet horizon, il convient donc d’abord de fixer le tracé de la 2e ligne, dont les choix affecteront la suite.

Principale option qui reste à trancher sur cette 2e ligne : le passage par le boulevard Jean Royer ou le boulevard Béranger. Les deux tracés ont les débats ces dernières semaines et de nombreux habitants ont donné leur avis sur les registres disponibles dans les mairies de la Métropole. A Tours, une majorité de ceux qui se sont exprimés l’ont fait en faveur du boulevard Royer, en revanche dans les autres communes, c’est le tracé par Béranger qui semble avoir les faveurs, notamment parce qu’il permet un accès plus direct au centre de Tours en venant de Chambray ou de La Riche, en évitant notamment une rupture de charge, c’est à dire un changement de tramway au niveau de la place Liberté qui serait le futur nœud du réseau en cas de passage par le boulevard Royer.

Un tracé par Béranger plus long et plus cher, mais qui permet d’absorber plus de voyageurs et qui permettrait la création du fameux hub de la gare de Tours donc.

Projection du tramway boulevard Béranger (c) Richez Associés/Franck Rive)

Une deuxième ligne plus verte que la ligne A

Parmi les arguments de ceux préférant l’itinéraire Royer on retrouve la crainte de voir le boulevard Béranger perdre son aspect historique et notamment son mail central. A ce sujet, les élus ont répondu lors de la réunion publique à Tours. Sur les 250 arbres du boulevard, 33 seront en effet abattus, c’est à dire les arbres étant en double rangée au niveau des places de parking. Un passage par le boulevard Royer entraînerait de son côté l’abatage des 50 arbres s’y trouvant pour une raison de largeur de voirie ont précisé les élus.

La question des arbres est loin d’être anodine, et les élus, Philippe Briand le président de la Métropole en tête, l’ont affirmé : « la 2e ligne sera plus verte que la ligne A », jugée par beaucoup comme trop minérale, malgré les 2000 arbres qui avaient été plantés sur son long selon Philippe Briand.

Le schéma global de mobilités au cœur des réflexions

Autre inquiétude concernant le passage par le boulevard Béranger : la suppression des places de parking. Un point toujours épineux dans l’hyper-centre de Tours notamment, avec le risque de relancer une grogne des commerçants sur le sujet sensible du stationnement.

Or, si l’enjeu d’un tramway comme outil de déplacement mais aussi comme outil d’urbanisme est bien de réduire la place de la voiture en coeur de ville, en favorisant les autres types de mobilité, les élus veillent là encore à ne froisser personne. Philippe Briand l’a ainsi répété à plusieurs reprises : « Les places de stationnement impactées seront recréées ailleurs ». Parmi les solutions qui se dessinent on note la multiplication de parkings-relais le long du réseau de tramway ou encore la solution des parkings souterrains en ville.

Quoiqu’il en soit, l’objectif est bien d’intégrer un schéma global prenant compte tous les modes de déplacements : transports en commun, voitures, mais aussi déplacements doux comme le vélo avec la création de plusieurs passerelles de franchissement notamment au niveau des rivières. Une place pour le vélo qui n’est pas à négliger, tant ce mode de déplacements est en constante augmentation.

De quoi changer le visage d’une ville mais aussi les habitudes, ce qui est certainement le plus compliqué à faire entendre.

Lire également : Derrière la deuxième ligne de tramway, l’enjeu du schéma global de mobilités

Les financements

Reste la question du financement. La deuxième ligne coûtera à elle seule entre 305 et 350 millions d’euros HT selon les options choisies au final. Un coût important pour les collectivités, d’autant que la ligne A n’est toujours pas digérée. En 2015, le rapport de la Chambre Régionale de la Cour des Comptes avait d’ailleurs mis en garde l’intercommunalité, doutant de sa capacité à supporter un nouveau projet de la sorte.

Les élus, Philippe Briand en tête, se veulent de leur côté rassurants, expliquant que sur de tels projets, les possibilités de financements externes sont nombreux, à commencer par les financements européens. Prudent, le président de la Métropole a néanmoins insisté à plusieurs reprises sur le fait que la Métropole fera ce que ses finances pourront. En clair, le futur réseau de tramway se construira au fur et à mesure en fonction des possibilités et ce dès la ligne 2. « On ne va pas financer l’argent qu’on a pas et on commencera par une demi-ligne si nous ne pouvons faire que ça » a-t-il ainsi déclaré tout en précisant que l’important était de « faire les études et préparer le projet pour ne pas perdre de temps et lancer les travaux dès qu’on le peut ».

Retrouvez notre dossier complet sur le tramway

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