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Tours Métropole : l’autre enjeu des élections municipales

Lors de ces élections municipales de 2020, les électeurs des 22 villes concernées vont désigner en même temps que leurs élus municipaux, leurs représentants au sein de la Métropole. Un choix d’autant plus important que cette structure a pris de l’ampleur avec son changement de statut en 2017 et s’annonce de plus en plus incontournable dans les politiques locales. 

Une métropole encore mal connue

Aussi importante est-elle devenue, la métropole reste quelque-chose d’obscur et peu connu de la population, du moins dans son fonctionnement et ses missions. Dans le mille-feuille territorial, il faut dire qu’il est parfois difficile de savoir qui fait quoi : entre la région, le département, les villes et donc les intercommunalités. C’est d’autant plus le cas à Tours car l’intercommunalité reste un outil récent par rapport à d’autres territoires (la communauté d’agglomération Tour(s) Plus n’a été créée qu’en 2001).

Nous avions nous même fait l’expérience à l’automne 2018 lors d’un dossier sur Tours Métropole. Parmi les habitants que nous avions interrogés, peu connaissaient le rôle de Tours Métropole.

Un an-et-demi plus tard, la Métropole reste une structure mal comprise et nombre d’habitants ne maîtrisent pas les connexions (parfois complexes) il faut le dire entre les villes et leur intercommunalité. Les candidats aux élections municipales le confirment d’ailleurs : sur le terrain, peu d’électeurs rencontrés connaissent et comprennent le fonctionnement métropolitain.

Pourtant, la Métropole est aujourd’hui indispensable aux politiques publiques. Déjà parce qu’elle a des capacités d’investissements supérieures aux communes (90 millions d’euros en moyenne par an, là où Tours n’en a que 35 par exemple), mais aussi parce que les compétences qu’elles a acquises en 2017 lors du changement de statut ont renforcé son poids. C’est simple aujourd’hui la Métropole c’est : le développement économique, les équipements culturels, sportifs, l’eau, la voirie, les déchets, l’urbanisme, les transports, …

Et même si beaucoup de projets dans ces domaines sont d’abord portés par les villes, la Métropole intervient toujours directement ou indirectement, notamment sur les grands projets.

Pour donner un aperçu des projets métropolitains, retrouvez notre carte interactive des projets lancés depuis 2014 :

Code couleurs : Equipements culturels (pastilles blanches) / Environnement (vert) / Transports (bleu) / Economie (noir) / Urbanisme (jaune) / Equipements sportifs (rouge)

 

L’avenir de la Métropole s’écrit dans ces élections municipales

Comment dès lors placer le fait métropolitain dans la campagne ? Si pour certains candidats la question est abordée frontalement dans les programmes, via un paragraphe dédié, dans l’ensemble il ressort une grande confusion entre propositions purement municipales et celles qui relèvent des compétences de Tours Métropole. Pas de quoi favoriser une clarification des choses pour les électeurs-habitants. Un constat valable à la fois pour Tours mais aussi pour les communes plus petites voisines.

Pourtant la nuance est de taille car si la majorité élue à la ville aura le loisir de mener sa politique pour laquelle elle a été élue sur le territoire communal (ou plus précisément dans la limite des compétences communales), à la Métropole il en saura tout autre. Les élus municipaux siégeant au sein de l’intercommunalité doivent en effet composer avec les élus des autres villes aux orientations politiques pouvant être différentes. Jusqu’à présent, la politique métropolitaine se faisait au consensus, mais rien ne dit qu’il en sera pareil demain.

D’autant plus que les représentations vont évoluer, la ville de Tours, ainsi que celle de Joué-lès-Tours voient à l’issue de ces municipales, leur représentativité augmenter (De 11 à 38 élus d’un côté, de 4 à 10 de l’autre), mais aucune commune n’aura malgré tout la majorité seule.

Pour le moment l’ensemble des élus intercommunaux ont veillé à respecter les équilibres, mais demain une nouvelle génération va arriver. Dans plusieurs communes les maires ne se sont pas représentés, c’est le cas à Saint-Pierre-des-Corps, Saint-Genouph, Berthenay, Notre Dame d’Oé ou Saint-Etienne de Chigny. Leurs successeurs seront-ils dans les mêmes dispositions ou aspireront-ils à plus ? A titre d’exemple, du côté de Saint-Pierre-des-Corps, commune qui se sent un peu à l’écart à cause d’investissements métropolitains qui penchent plus vers l’ouest du territoire (piscines à Luynes et Fondettes notamment), les candidats ont ainsi fait valoir leur souhait de voir leur commune peser plus dans les débats.

La question de l’équilibre territorial est un enjeu important. Pour l’heure la Métropole est orientée à l’ouest de Tours, jusqu’à Druye, alors qu’elle ne s’arrête qu’à Saint-Pierre-des-Corps  à l’Est, soit aux portes de Tours, la ville centre. Au vu des dynamiques et des flux entre l’est du département et l’agglomération, il n’est pas impossible demain de voir Tours Métropole s’élargir sur sa partie orientale.

Avant cela, il y a d’abord les logiques territoriales internes qui se parasitent parfois avec les lignes politiques. L’équilibre au consensus entre maires, trouvé jusqu’à présent a fait ses preuves mais a également ses défauts. Certains lui reprochent une politique de saupoudrage afin de contenter toutes les communes, mais aussi une gestion opaque.

Si le 1er tour des élections municipales le 15 mars dernier, n’a pas bousculé les équilibres politiques (si ce n’est à Ballan-Miré avec la défaite surprise dès le premier tour d’Alexandre Chas au profit de Thierry Chailloux, classé à gauche), les résultats du 2e tour, à Saint-Pierre-des-Corps et Tours, pourraient en revanche rebattre les cartes. C’est un secret de polichinelle, une alliance des élus et candidats de gauche se dessinerait pour reprendre la gestion de l’intercommunalité à Philippe Briand. Parmi les prétendants à la présidence, on retrouve Jean-Patrick Gille, l’ancien député, membre de la liste d’Emmanuel Denis, qui a fait part de son intérêt pour le poste. Oui mais les autres communes laisseront elles la présidence à la ville centre ? Pas sûr, c’est pourquoi la recherche de consensus pourrait amener le maire de La Riche Wilfried Schwartz à devenir président. Autre personnalités parfois citées : le maire de Chambray-lès-Tours Christian Gatard ou même son adjoint Didier Vallée, selon nos confrères de la NR… Ces trois derniers ont l’avantage pour eux d’avoir passé le dernier mandat en se glissant dans le consensus général et peuvent donc se montrer rassurants pour les élus de droite. Ce qui là encore est loin d’être anodin dans la recherche d’équilibres.

Ces questions elles se poseront si Tours bascule à gauche et que Saint-Pierre-des-Corps le reste. Dans le cas contraire, il y aura vraisemblablement un statu-quo, Christophe Bouchet ayant annoncé vouloir une continuité et se ranger derrière le maintien de Philippe Briand à la tête de la métropole.

Quoiqu’il en soit, la Métropole joue son avenir sur ces élections municipales. Ceux qui la dirigeront après la fin des Municipales auront de lourdes responsabilités. La compétence économique sera au centre des débats avec la crise post-covid annoncée. Une crise qui pourrait remettre en cause également les investissements prévus ou envisagés…

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