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Tours : une école des Fake News en 2020.

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Décidément, après l’installation permanente des Assises du Journalisme, la capitale du Val de Loire (quoi, « Orléans» ?) a le vent en poupe dans la profession : la première pierre de la Fake News International School of Tours Loire Valley vient d’être posée, dans un lieu du centre ville encore tenu secret, souci de non transparence oblige. Nous avons rencontré en exclusivité locale Philippe Boulechitte, porteur du projet et futur directeur de la FNISTLV.

Il est un peu moins de minuit sous le pont de l’autoroute A10, à quelques mètres du Point Zéro, lorsque un bruit de hibou résonne pour nous indiquer que notre contact vient d’arriver sur les lieux. Après nous avoir bandé les yeux, plusieurs hommes à l’accent russe nous ont confisqué nos portables et nous ont fait monter dans un véhicule et nous avons roulé pendant une petite dizaine de minutes dans une voiture de marque allemande (le flair de mon collègue est infaillible à ce sujet : il peut sentir une Allemande à plusieurs centaines de mètres). Après être descendu de la voiture et avoir franchi deux portes métalliques, on nous débande les yeux. Les locaux sont magnifiques, même si principalement souterrains. Philippe Boulechitte est avenant et sémillant, contrastant avec la horde de molosses qui l’entourent. L’entretien peut commencer en toute décontraction.

37 degrés : Comment vous est venue cette idée d’école de fake news ?

Philippe Boulechitte : Tours a besoin d’écoles supérieures privées, c’est une grosse lacune sur une métropole comme ça. L’ouverture d’une école de cinéma en 2017 nous a surmotivés. Pour ma part je suis source depuis très longtemps. J’ai tuyauté des journalistes un peu partout en France pendant des années grâce à mes nombreux réseaux dans le monde financier et politique. J’ai pas mal gagné ma vie comme ça et puis un jour, j’ai découvert le Gorafi et Closer et j’ai eu la révélation : faire une école qui enseignerait quelque chose qui serait un peu entre les deux, mais en dépassant la rubrique people de Closer bien sûr.

37 degrés : Qu’allez-vous enseigner précisément par rapport à une école de journalisme traditionnelle ?

Philippe Boulechitte : La concision et le gain de temps. Un journaliste traditionnel doit réfléchir à des angles originaux, il doit se documenter, approfondir, synthétiser ses infos, recouper ses sources, rédiger de lons articles… Je crois que cette époque est révolue : en 2018 le bon journaliste est celui qui fait du clic, il faut appeler un chat un chat. Nous allons donc privilégier des enseignements basés sur la maîtrise des titres et organiser régulièrement des concours internes entre étudiants afin de décerner chaque trimestre des titres de «Putes à clics». Nous allons aussi insister sur les techniques d’enfumage : comment rendre une info un peu limite tout à fait acceptable auprès d’un public le plus large possible. Je peux vous dire que nos étudiants vont en bouffer du lecteur de Télérama et de Challenges !

37 degrés : Vous n’allez pas vous limiter à la fabrique de Fake News, mais vous allez aussi avoir une section «Lutte contre les fake news», n’est-ce pas un peu paradoxal ?

Philippe Boulechitte : Non ! C’est au contraire une idée géniale, et je dis ça en toute modestie ! Nous aurons deux écoles en une, qui pourront se perfectionner l’une par rapport à l’autre. Chaque vendredi après-midi nous organiserons des battle de fake news : la section «Fake News» affrontera la section «anti Fake News» dans des duels écrits et oraux et les perdants seront privés de week-end et devront rester à l’internat. La motivation sera ainsi décuplée et de plus, la section «anti Fake news» nous permettra d’obtenir de nombreuses subventions publiques.

37 degrés : A l’annonce de la création de votre école géniale, nous avons sollicité la direction de l’EPJT qui n’a pas donné suite… Comment expliquez-vous ce silence ?

Philippe Boulechitte : Ils savent que leur attractivité va en prendre un coup et que leur avenir est en jeu. Aujourd’hui tous les jeunes veulent faire de la fake news ou la pourchasser. C’est vraiment la tendance. Le journalisme à l’ancienne est mort. Finies la transparence et la vérification des sources ! Leur silence en dit long sur leur situation : leur position sur la recherche de la vérité, sur l’information des citoyens, sur l’impartialité et la notion d’enquête, tout ça c’est intenable pour eux, c’est fini, ils sont devenus inaudibles, voire complètement «has been». Nous sommes à une époque où la plupart des gens veulent et aiment être pris pour des cons quand ils lisent la presse. Et inversement où des lanceurs d’alerte puissent leur dire : «Attention ! Tel article vous prend pour des cons, c’est une fake news!». Notre école formera simultanément ces deux catégories de professionnels de la désinformation. Nous sommes l’avenir de la société.

Propos recueillis sous la menace d’une arme à feu le 1er avril 2018.

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