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Samuel Brosset : « J’ai plus appris de mes défaites que de mes victoires »

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Cet article est paru initialement dans 37°Sport, notre magazine consacré aux sports en Touraine.


 

Licencié à l’ATG Tours, Samuel Brosset évolue sur le circuit professionnel depuis trois ans. De ses débuts au tennis à ses objectifs, en passant par ses doutes, le tennisman de 23 ans, actuellement 89e meilleur joueur français, retrace sa jeune carrière.

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Peux-tu nous raconter tes débuts au tennis ?

Au départ, je faisais du basket. C’est mon père qui m’a mis une raquette dans les mains, quand j’avais 9 ans. Il est prof de tennis donc, de fil en aiguille, j’ai commencé à jouer et ça m’a plu. J’allais faire du mur tout seul, j’étais capable de jouer pendant cinq ou six heures. C’était sympa ! Et, forcément, quand on est doué dans un domaine ça aide à l’aimer.

Quand t’es-tu dit que tu pourrais en faire ton métier ?

Je ne me le suis jamais vraiment dit. Tous mes proches me disaient que j’étais talentueux mais j’ai toujours manqué de confiance en moi donc c’était un peu compliqué au départ. Mais, à force de l’entendre, j’ai essayé de l’assimiler. Puis, tout s’est enchaîné naturellement, vers mes 16 ans.

Tu as effectivement arrêté tes études pour te consacrer au tennis. Cette décision a-t-elle été difficile à prendre ? Comment l’ont vécue tes proches ?

Je n’étais pas un grand scolaire. J’avais de bons résultats jusqu’à la 4e et j’ai arrêté d’aller en cours. Je n’étais plus trop dedans, je ne pensais qu’au tennis. J’étais à fond dans mon truc mais ce n’est pas pour ça que j’avais de mauvais résultats. J’étais à moitié hyperactif et rester sur une chaise pendant des heures était compliqué. Je me suis un peu pris la tête avec mon père à ce sujet. On s’est embrouillé deux ou trois fois mais il a quand même rapidement accepté mon choix. Je le remercie pour ça parce qu’il a été vraiment cool. C’est grâce à lui que je suis à ce niveau-là aujourd’hui. Il m’a tout appris.

Tu as été au mieux 693e mondial, aujourd’hui tu es au-delà de la 1 000e place. Comment vis-tu du tennis, quand on sait que, passée la 200e place, il est déjà difficile d’avoir des revenus suffisants ?

Pour le moment, sur le circuit international, ce n’est pas possible pour moi de gagner ma vie. Le circuit Future auquel je participe sert d’appât financier pour financer ce qui est ATP derrière. C’est un peu comme ça que ça marche. Par contre, je gagne bien ma vie quand il y a les CNGT (Circuits nationaux des grands tournois, ndlr). Le problème c’est qu’ils ont été arrêtés. C’est pour ça que, cette année, mon objectif est de monter Top 60 français pour toucher des garanties à chaque fois. À un moment, je donnais aussi des cours. J’arrivais à compenser comme ça.

Combien te coûte une saison ?

Si je veux faire une saison correcte, avec un entraîneur, un préparateur physique, un préparateur mental, en plus de tous les déplacements, les hôtels… Ça coûte environ 60.000 euros. Mais je ne peux pas effectuer des saisons à ce prix-là pour le moment, ça revient trop cher.

Reçois-tu des aides ?

J’ai des aides de la ligue du Centre, du comité d’Indre-et-Loire, de sponsors et d’entreprises. Il n’y a pas de petites sommes. Si une personne me dit « Sam, je n’ai pas beaucoup à te donner », je prends quand même et je leur suis toujours reconnaissant. J’essaie en permanence de trouver des sponsors mais ce n’est pas facile. Surtout en ce moment, avec la crise sanitaire. J’ai démarché pas mal de marques, de magasins ou d’entreprises, plusieurs étaient d’accord pour m’aider mais, au moment du Covid, ils m’ont dit que ça allait être compliqué.

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Justement, comment as-tu vécu cette période de crise sanitaire ?

Ah, je n’étais pas bien ! Je l’ai mal vécue. J’adore sortir, voir des gens… Donc, pour le coup, le Covid ça m’a un peu tué. Niveau tennis, j’ai fait beaucoup de physique, presque trop même. Mais, c’est ce qui me permettait d’évacuer la frustration au quotidien.

Tu as gagné ton premier tournoi Future en 2018, à Knokke (Belgique), mais tu as aussi connu pas mal de blessures qui ont gâché tes saisons. As-tu déjà eu des moments de doute concernant la suite de ta carrière ? Ont-elles parfois remis tes choix en causes ?

C’est arrivé, oui. Parce que des fois la douleur était telle que je me disais : Merde, je ne peux pas m’en sortir. C’est interminable. J’avais beau faire tous les soins possibles, j’avais encore super mal. C’est sûr que, dans la tête, on en prend un coup. Mais, je pense que si on arrive à se relever de ce genre d’épreuves, derrière ça fait la différence. C’est là où l’on peut basculer sur un autre niveau.

Comment as-tu fait pour te relever ?

Le temps. La motivation aussi, car ce n’est pas parce qu’on travaille beaucoup que l’on va avoir des résultats directement. Ça, il faut réussir à l’assimiler. Ça peut prendre du temps. Par contre, je pense que le travail paie toujours, à un moment ou un autre. Si on n’obtient pas des résultats tout de suite, on en aura forcément plus tard.

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Outre les dimensions physiques et techniques, le mental a une place essentielle dans le tennis. Comment le travailles-tu et que travailles-tu ?

Mentalement, je ne travaille pas énormément. On va dire que ça se fait assez naturellement. J’essaie d’avoir une vision un peu différente des autres. Je tente d’analyser mes matchs, de comprendre pourquoi j’ai gagné ou pourquoi j’ai perdu. Ça, je trouve que c’est important. Mais, c’est vrai que j’ai plus appris de mes défaites que de mes victoires. Beaucoup plus. Quand on gagne et que l’on est sur son pic de forme, ce n’est pas là que l’on apprend. Ce sont au contraire les moments où l’on doit kiffer, où l’on doit prendre du plaisir. Alors que, quand on perd, que l’on est au fond du trou, c’est là que l’on doit chercher et creuser le pourquoi du comment. Pourquoi on n’y arrive pas alors qu’il y a encore trois mois il n’y avait aucun problème ? Je travaille cet aspect tout seul depuis toujours mais j’aimerais bien avoir quelqu’un qui me suit. C’est toujours plus facile quand on a un accompagnement personnel.

Les histoires de matchs truqués sont devenues monnaie courante dans les tournois Future ou Challenger. As-tu déjà été approché ?

On m’a déjà contacté plusieurs fois en Belgique mais j’ai toujours refusé. On nous propose beaucoup d’argent, ça peut aller jusqu’à 50.000 euros. C’est à moitié devenu une mafia. J’ai aussi vécu sur le terrain un match truqué où j‘étais la victime. Ça ne m’a pas vraiment plu ! (Rires)

On parle aussi beaucoup de cyberharcèlement. En as-tu été victime ?

Oui, j’ai encore reçu un message il n’y a pas si longtemps. Ça peut aller jusqu’à « On va violer ta copine » ou « On va tuer ta famille ». En général, je les supprime directement. Je n’y prête pas attention, ça ne m’effleure pas une seconde.

Quels sont tes objectifs, à court et long termes ?

À court terme, ce serait d’être aux alentours du Top 60 français à la fin de l’année. Sur le sol international, ce serait d’arrêter de me blesser, avoir un physique correct pour pouvoir enchaîner les matchs et ne pas avoir mal. Cette année, j’ai été capable de gagner sur des mecs qui sont très forts sauf que ça ne dure qu’un match. Le match d’après j’ai mal partout, je ne peux pas courir comme je veux. Et, à long terme, j’aimerais entrer dans le Top 100 mondial et pouvoir participer à des qualifications de Grand Chelems, Masters 1000… Ce serait un kiff !

Propos recueillis par Emilie Mette

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