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Réforme des retraites : Les syndicats réussissent le test du 05 décembre

L’appel à la mobilisation générale contre la réforme des retraites a fonctionné ce jeudi 05 décembre. Partout en France les manifestations ont réuni beaucoup de monde, entre 800 000 et 1,5 million, selon les sources. A Tours, le cortège syndical a rassemblé entre 10500 et 12000 personnes, un chiffre qui n’avait plus été atteint depuis 2010 et les manifestations contre (déjà) la réforme des retraites sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

Voir également notre reportage en images de la manifestation à Tours

Manifestations importantes, de nombreux secteurs impactés par la grève : Education Nationale avec 50% de grévistes et de nombreuses écoles fermées localement, SNCF avec une grosse mobilisation des cheminots (55,6 % de grévistes en moyenne, avec 85,7 % des conducteurs et 73,3 % des contrôleurs), mais aussi secteur privé, il ne fait aucun doute que les syndicats ont réussi leur appel à la mobilisation pour cette première journée d’action.

Un malaise social global

Une réussite à l’égal des attentes importantes et nombreuses d’une partie de la population et qui est à analyser au regard du malaise social existant, jusque-là plus ou moins latent mais que beaucoup souhaitent désormais exprimer au grand jour. C’est le cas de Murielle, professeure des écoles : « les conditions de travail se dégradent, nos salaires sont gelés et on nous demande encore de faire des efforts avec une réforme qui va nous pénaliser. Personnellement je pense que je perdrais plus de 300 euros sur ma retraite avec cette réforme. »

La réforme des retraites agit-elle ainsi comme une goutte d’eau de trop ? C’est le sens de beaucoup de témoignages que nous avons eu au cours de la manifestation. Pour cette manifestante, salariée du privé, c’est ainsi l’impression de faire partie « des laissés pour compte » qui l’a fait descendre dans la rue ce jeudi : « Les salariés, qu’on soit du public ou du privé, on trinque toujours. On est toujours en première ligne, les plus touchés, alors qu’on peine déjà au quotidien. »

Pour d’autres, outre le malaise social, c’est aussi l’expression le rejet de la parole politique qui s’exprime à travers cette mobilisation : « La dernière fois que j’ai manifesté c’était il y a environ 10 ans et c’était déjà pour les retraites. » nous racontait cette manifestante nous expliquant ne plus croire dans les discours des élus :  « Le problème c’est qu’à chaque réforme on nous assure que la question des retraites sera résolue, mais quelques années plus tard, on nous refait le même coup et on perd encore des acquis sociaux. Ce n’est pas possible que ça continue comme ça. »

Au sein du cortège, le ras-le-bol paraît ainsi global et beaucoup de manifestants témoignent d’une certaine dépression sociale liée à une impression de « déclassement » et de perte progressive du niveau de vie. « On est essoré de partout » nous témoignait de son côté Steven, la quarantaine et salarié d’une entreprise privée : « Les fins de mois sont de plus en plus dures et on nous presse encore, nous les salariés. Je ne suis pas de nature pessimiste mais l’avenir paraît de moins en moins reluisant, même quand on sera à la retraite vu la tournure des choses. »

Les syndicats au rendez-vous

Du côté des syndicats, le rendez-vous était important également. Après avoir vu leur influence réduite ces dernières années et notamment depuis l’élection d’Emmanuel Macron qui n’a cessé de tenter de se passer des corps intermédiaires, ce 05 décembre devait faire figure de piqûre de rappel à l’Exécutif sur le poids encore important des principales forces syndicales.

Reste maintenant à faire de cette contestation un mouvement qui perdure. Dans les rangs des manifestants ce jeudi à Tours, beaucoup attendaient d’ailleurs beaucoup de l’éventuelle suite. « C’est bien qu’il y ait du monde, cela crée une dynamique, mais on sait très bien que cela ne suffira pas » s’exprimait Alain, un manifestant, par ailleurs membre de la CGT.

Pour l’heure, la grève a été reconduite et plusieurs écoles resteront fermées à Tours ou Joué-lès-Tours ce vendredi par exemple. Une nouvelle journée de mobilisation se tiendra mardi prochain également.  Avant cela un rassemblement est prévu en gare de Tours ce vendredi midi, puis une manifestation samedi à 14H à partir de la place Jean Jaurès. Une poursuite locale qui devrait suivre le mouvement national, avec l’espoir d’installer dans la longueur ce conflit social, afin de renverser le rapport de force avec le gouvernement. Ce dernier vit là sa plus grande crise sociale depuis 2017, avec celle des Gilets Jaunes, sauf que cette fois, les manifestants sont emmenés par des syndicats qui maîtrisent l’exercice et qui aimeraient se fondre dans les pas de leurs prédécesseurs de décembre 1995…

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