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Le projet du Haut de la rue Nationale entièrement revu

Le Haut de la rue Nationale en mars 2018

Sur le papier, le projet était ambitieux. De ceux qui marquent un mandat comme un symbole des traces laissées par son passage. Le projet de haut de la rue Nationale devait sortir de terre avant 2020 et les prochaines élections municipales. Depuis hier, c’est désormais confirmé, il n’en sera rien, Christophe Bouchet le maire de Tours ayant décidé de tout remettre à plat, tout en annonçant vouloir un projet plus ambitieux. Retour sur un projet qui comme beaucoup en Touraine, fait aujourd’hui figure de serpent de mer.

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Le projet du haut de la rue Nationale : un chemin pavé d’embuches.

Ce projet, initié sous la majorité précédente de Jean Germain, les travaux de construction auraient dû débuter en mars 2017. Ce projet phare imaginé dès les années 2000, avait été concrétisé par Jean Germain à la veille des dernières élections municipales, début 2014.

Un projet d’ampleur qui a connu depuis son lot de péripéties entre recours, litiges avec les commerçants expropriés (Lien ici vers article ADRESSE), retards dans les travaux… Autant d’éléments qui avaient levé au fil des étapes beaucoup d’interrogations. En octobre 2016, certains dont l’opposition socialiste s’interrogeait même sur un éventuel retrait du groupe Hilton qui devait commercialiser les deux hôtels 3 et 4 étoiles prévus. Fin 2016, face au retard mais aussi aux rumeurs sur le projet, une grande conférence avait été organisé par Serge Babary, alors maire de Tours, pour rassurer tout le monde et annoncer le début des travaux en mars 2017… Depuis aucune avancée n’a eu lieu.

Haut de la rue Nationale en mai 2016
Haut de la rue Nationale en mai 2016
Haut de la rue Nationale en mai 2016
Haut de la rue Nationale en mai 2016

A qui la faute ?

Pourquoi le projet a coincé alors ? Comme il l’avait déclaré le mois dernier sur 37 degrés, Christophe Bouchet a de nouveau évoqué « un projet mal ficelé dès le départ ». Aujourd’hui des questions se posent : Pourquoi la vente des terrains à Eiffage, le promoteur retenu, n’a toujours pas été faite ? Pourquoi la ville ne réagit que maintenant ? « La vente aurait du se faire en février 2017 mais elle a été prorogée plusieurs fois, à la demande d’Eiffage » explique Christophe Bouchet. Et ce dernier d’expliquer une trop grande confiance de la ville envers Eiffage sur ce sujet : « Quand vous avez une grande entreprise comme Eiffage, on se dit qu’on peut faire confiance ».

Face à un projet enlisé, Christophe Bouchet a donc décidé de trancher et de revoir le projet entièrement. Une chose rendue possible par l’absence de contrat signé avec Eiffage justement. Et concernant le coût de cet arrêt, Christophe Bouchet de se montrer rassurant : « Cela n’engendrera pas de gros coûts pour la ville ». La raison selon le maire de Tours :  la ville verse depuis le lancement du projet une redevance à la SET prévue le temps de la concession d’aménagement qui elle ne change pas.

Pas de quoi convaincre l’opposition municipale, Nicolas Gautreau et Nadia Hamoudi notamment, deux élus anciens membres de la majorité de Jean Germain, qui pointent les responsabilités au sein de la majorité actuelle et notamment le temps qu’elle a mis à réagir. Des anciens membres de la majorité qui rejettent également les propos de Christophe Bouchet sur une éventuelle collusion dans le choix d’Eiffage par l’ancienne majorité.

Répondant aux accusations de l’opposition, Christophe Bouchet n’a pas hésité en effet a jeté le trouble sur les raisons du choix du groupe Eiffage, s’appuyant sur des déclarations de Jean-Luc Dutreix (ancien adjoint de Jean Germain en charge du projet jusqu’en 2014) dans la NR l’an passé : « Oui, avec mon frère nous connaissions le grand patron du groupe Eiffage. Nous sommes allés lui présenter le dossier avec la construction des hôtels. Il a été enthousiasmé par la prestation de Jean Germain et c’est lui qui a fait venir les Hilton à Tours » (article ici).

Des accusations de connivence qui ne sont pas passées inaperçues parmi les proches et membres de l’ancienne majorité, au sein du Conseil Municipal mais aussi en dehors. En fin d’après-midi, c’est Alain Dayan qui réagissait par un communiqué signé de la section de Tours-Centre du Parti Socialiste, évoquant une « insinuation malveillante basée sur une interprétation volontairement outrancière ». Un communiqué dans lequel on pouvait lire également : « Attendre 4 ans pour s’apercevoir que le dossier était mal monté est une aberration ».

« Nous n’avons rien signé avec Eiffage, c’est la majorité actuelle qui l’a fait » affirmait un peu plus tard Alain Dayan, « nous n’avions signé de notre côté qu’un permis d’intention ».

Françoise Amiot, ancienne adjointe aux finances de la majorité actuelle est revenue également par communiqué sur la décision de remise à plat du projet. Et cette dernière ne s’est pas pas montrée plus tendre avec le maire de Tours. C’est un « mépris du travail des différents acteurs de ce projet, comme du processus démocratique qui l’avait permis, quel gâchis humain et financier, des expropriations des commerçants à la gabegie de l’argent des contribuables ! » a-t-elle notamment déclaré tout en précisant qu’elle avait quitté la majorité notamment à cause de ce projet : « j’étais totalement en désaccord avec la manière dont la majorité actuelle gérait, entre autres, le dossier du Haut de la Rue Nationale, avec, pour premières conséquences, les retards déjà constatés fin 2016. Je ne pouvais pas, en effet, faire entendre ma voix sur ce sujet, et je regrettais alors qu’aucune dynamique municipale ait jamais permis le démarrage de ce chantier emblématique. » 

Quoiqu’il en soit, 4 ans après avoir été élue, la majorité va devoir maintenant assumer cette décision par les paroles mais aussi par les actes, en avançant son nouveau projet rapidement, si elle ne veut pas traîner un peu plus ce projet avorté comme un boulet dans les années à venir.

Lire à ce sujet notre article sur Info Tours Haut de la rue Nationale : le projet remis à plat

Le Haut de la rue Nationale en mars 2018
Le Haut de la rue Nationale en mars 2018

« De Porte de Loire à Envie de Loire. »

Que retrouve-t-on dans le nouveau projet justement ? Pour Christophe Bouchet, il s’agit notamment de mieux prendre en compte le plan Patout qui prévoyait la reconstruction de cette même entrée de ville au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. « Il faut que nous ayons une entrée de ville globale et aboutie » explique-t-il.

Si le projet sera plus détaillé ce jeudi matin lors d’une conférence de presse organisée par Christophe Bouchet mais aussi Philippe Briand, le président de Tours Métropole, le maire de Tours a dévoilé les contours qu’il souhaite donner au nouveau projet qui émergera. Il ne ferme pas la porte à la présence d’hôtels et évoque même un hôtel 5 étoiles « qui répondrait mieux aux besoins », mais témoigne de son envie de faire sortir « un projet plus ambitieux » que des bâtiments de part et d’autre de la rue Nationale. Pour lui, il faut intégrer le projet d’entrée de ville à tout le périmètre du secteur sauvegardé autour de la Loire, de l’île Simon en passant par le pont Wilson mais aussi les bords du fleuve. Une envie de Loire donc, celle d’intégrer une nouvelle entrée de ville dans son environnement plus large que ce qui avait été pensé au départ. On comprend dès lors que le nouveau projet devrait s’appuyer sur le concours d’idées « Envies de Loire » lancé l’an dernier et qui avait été remporté par le cabinet italien de Francisco Nigro. Un projet qui prévoyait notamment un vaste transformation paysagère des bords de Loire dans le cœur historique avec la mise en place de terrasses en escaliers, l’installation d’une passerelle menant à l’île Simon. La nouvelle ambition du projet entre donc dans une logique globale, celle d’améliorer l’image de la ville et la rendre attractive grâce à son atout naturel qu’est la Loire. Suffisant pour que certains y voient une marche supplémentaire vers une « gentrification » poussée du centre-ville.

Image du projet Envies de Loire au niveau du quai des Tanneurs

Reste à voir comment le tout sera organisé. Le projet Porte de Loire avait été validé dans son périmètre par les différentes commissions, était passé par une enquête publique, etc… Un processus lourd par lequel il faudra certainement (en partie) repassé en cas de modifications majeures et notamment du périmètre. Christophe Bouchet est resté évasif hier, annonçant que les hôtels (et les permis de construire liés) pourraient rester ou non dans le futur projet. Un projet dont le calendrier n’a pas été dévoilé. « Ce genre de projets va marquer la ville sur plusieurs décennies, on n’a pas le droit à l’erreur. Nous ne sommes pas à deux ans près » a simplement assumé le maire de Tours.

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