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Philippe Briand : « Mettre la métropole sur une dynamique d’avenir »

C’est l’homme fort de la métropole. Le patron comme l’appellent certains élus. Philippe Briand est le président de Tours Métropole Val de Loire, qui a pris la succession de la communauté d’agglomération Tour(s) Plus en mars 2017. Un passage en métropole acquis avec panache, mais qui aujourd’hui peine à convaincre. Entretien.

NDLR : Cet entretien est paru initialement sur 37° Mag, le magazine papier-connecté de 37 Degrés sorti mi-novembre 2018.

Vous pointez régulièrement les difficultés de la Métropole à trouver des encadrants pour faire face à la hausse de personnel, ou encore les contraintes de l’État sur la progression des dépenses de fonctionnement qui vous handicapent… Résultat : on peut avoir le sentiment que la Métropole peine à démarrer, voire qu’elle est en train de caler…

Philippe Briand : En train de caler sûrement pas. On peut dire que c’est compliqué oui parce que quand vous faites l’union de 22 communes qui ont des habitudes de fonctionnement, ce n’est pas toujours facile d’accepter d’avoir une tutelle sur certains domaines.

Les communes ont une proximité qu’aucune entité n’a avec les citoyens, il faut donc être vigilants. Après, on lance la métropole et un an après on nous sort le protocole de Cahors. Il y a une croissance naturelle métropolitaine de 3 % par
an, mais on nous la limite à 1,2 % par ces accords. On ne peut donc pas transposer la gestion de cadres municipaux vers la métropole comme on l’aurait voulu, en embauchant des personnels adaptés.

Cela montre-t-il que ce passage en métropole a été fait de façon un peu précipitée, un peu à pas forcés ?

Philippe Briand : Non parce qu’il y avait une fenêtre et il fallait en profiter. Vous savez il n’y aura plus d’opportunité pendant longtemps maintenant. Simplement, je le répète, les accords de Cahors nous ont freinés dans la mise en place de l’ossature même de la métropole. J’en ai touché quelques mots au Premier Ministre, Edouard Philippe et il nous a demandé de discuter avec les autres nouvelles métropoles pour réfléchir à un éventuel assouplissement des accords
de Cahors. On va donc travailler avec Clermont-Ferrand et Metz sur le sujet.

On voit que peu d’investissements programmés sont réalisés. La métropole a-t-elle un problème
d’endettement ?

Philippe Briand : Il y a trois ans nous étions à un endettement sur 10,6 années. Aujourd’hui on est rendu à 8,13 années de remboursements, on progresse. L’endettement est surtout lié aux transports. Dans ce domaine, nous sommes à 28 années de remboursements à cause de la première ligne de tramway. Ailleurs, en assainissement, en eau… on n’a pas de dettes ou très peu.

Vous parlez de l’endettement de la première ligne du tramway mais vous allez lancer la seconde. Comment
allez-vous faire ?

Philippe Briand : Ces derniers mois on a renégocié la dette de la première ligne de tramway avec la caisse des dépôts et consignations. On devrait économiser plus de 15 millions d’euros. Le vrai problème aujourd’hui c’est que beaucoup de collectivités locales n’ont plus de projets. Seulement, quand il y aura des appels à projets avec des financements européens par exemple, personne ne pourra répondre. Donc, pour répondre sur le tramway, je ne veux
pas être en panne de projets. Si par exemple l’Europe, pour mettre en place un mécanisme de relance, ouvre des crédits sur des projets urbains, il faut que l’on soit prêts. Nous anticipons pour cela. Je rappelle qu’aujourd’hui il faut presque 10 ans d’études pour un tel projet.

On vous entend souvent critiquer les délais administratifs.

Philippe Briand : Oui parce qu’ils ont plus que doublé en quelques années. On est englués dans les démarches administratives. Le prolongement du boulevard périphérique que nous envisageons concerne une extension de 2 km de Saint-Cyr-sur-Loire jusqu’au rond point de la route de Rouziers à Tours Nord. Rien que pour cela, c’est 5 ans d’études et 2 ans de travaux.

Pour revenir au tramway, on évoque aujourd’hui plusieurs tronçons à l’étude.

Philippe Briand : Parler de deuxième ligne est une erreur, je fais étudier 4 tronçons. Je le fais parce que je pense que certains peuvent être bloqués s’il y a des recours. Donc même si on a une priorisation dans le projet, à savoir la liaison entre les deux hôpitaux, si on est bloqués par ici, on pourra repartir ailleurs.

« Il ne faut jamais lâcher l’aéroport, c’est la richesse de demain pour notre territoire. »

Le prolongement de la ligne A vers l’aéroport peut se faire rapidement ?

Philippe Briand : Je souhaite que ce soit fait à une échéance rapide. Ce prolongement a un coût de 25 millions d’euros pour une métropole qui a des capacités d’investissements de 50 millions par an. En terme d’aménagement on est dans une pensée à long terme avec la session des terrains par l’armée. Cela nous permet de rouvrir notre assiette foncière et d’y imaginer un grand parc d’activités. Demain

En quoi l’aéroport est important pour Tours ?

Philippe Briand : On l’a vu avec Notre Dame des Landes, qui est un grave renoncement, on ne créera plus d’aéroport en France aujourd’hui. L’aéroport de Tours est intéressant parce qu’il est bien placé, entre Paris et ses aéroports qui vont être saturés, Nantes et Bordeaux. Je le dis, il ne faut jamais lâcher l’aéroport, c’est la richesse de demain pour notre territoire. Le ferroviaire et l’autoroutier on est bien desservi, l’enjeu de demain c’est l’aéroport qui nous permet d’être connectés.

Vous souhaitez une nouvelle zone d’activités sur le site de l’aéroport, mais Tours a-t-elle les moyens d’attirer des entreprises ? On voit que c’est compliqué par exemple sur le site Michelin.

Philippe Briand : Le problème avec le site Michelin, c’est qu’il appartient à Michelin. Aujourd’hui on est toujours en négociations mais il y a avec l’entreprise certaines divergences.

Ils ne peuvent pas vendre à n’importe qui parce que le projet retenu sera soumis à un permis de construire et nous ne voulons pas de commerces. Nous pensons que le site de Michelin est très bien fait pour un petit parc d’activités. Seulement le prix du m² industriel est moins cher que celui du tertiaire, cela intéresse donc moins Michelin.

On nous a proposé des projets, mais dans des domaines qui existent déjà sur le territoire, ce n’est pas le but. Plus globalement, aujourd’hui on a de la demande pour des PME (Petites et Moyennes Entreprises) évolutives. C’est ce type d’entreprises vers lesquelles il faut aller.

Pouvez-vous nous donner une définition du rayonnement ?

Philippe Briand : Le rayonnement, c’est quand vous êtes connus pour telle ou telle chose, que vous donnez envie de venir, quand vous parlez de chez vous et que ça donne envie aux autres de venir.

En parlant de rayonnement, quel est votre avis sur La Cité de la Gastronomie ?

Philippe Briand : La Cité de la Gastronomie, chez nous ça ne marche pas. Et quand ça ne marche pas il faut changer. Moi j’attends un vrai projet ambitieux, impliquant une école hôtelière, des grands chefs, une école de service… Il faut des chefs étoilés, des MOF (meilleurs ouvriers de France). Je suis près à accompagner un vrai projet mais aujourd’hui il y a eu un manque d’ambition.

« Mon égo est largement satisfait ».

C’est quoi le rôle d’un élu ?

Philippe Briand : Un élu ne doit pas gouverner en fonction du petit bruit de la mer. Je ne suis pas là pour me faire réélire. Je suis là pour mettre cette métropole sur une dynamique d’avenir, cela passe par de l’anticipation, une projection. Cela passe par une connaissance d’éléments que nos concitoyens ne peuvent pas avoir. C’est notre rôle. Un élu c’est recevoir ces informations, les synthétiser et avoir une vision de l’avenir.

Seulement c’est long parce qu’il faut tout faire avancer en même temps et avec en plus du vent en pleine face. Au cours des dernières années, on a dit on va faire de l’intercommunalité mais il faut que les esprits s’y fassent parce que pour les communes c’est de l’abandon de souveraineté. C’est d’autant plus compliqué que la réforme territoriale a été bâclée et a été un échec, parce qu’on n’a pas simplifié le mille-feuille administratif.

Centre de la Grange David. (c) Pascal Montage pour 37°

Parmi les grands projets, celui d’usine de retraitement des déchets est à la peine.

Philippe Briand : Sur l’usine de retraitement des déchets, quand je lis le rapport de la région, je ne sais plus quoi faire. Aujourd’hui la meilleure des choses c’est de faire un meilleur tri à la source et après pour ce qui reste faire de la méthanisation. De mon côté la méthanisation ça me va parce que je récupère le gaz pour en faire une énergie recyclée, par exemple pour alimenter les bennes à ordures qui consomment normalement entre 80 et 100 litres de fioul au 100.

Seulement aujourd’hui on nous dit qu’il faut ramasser les bio-déchets. A Paris cela correspond à 13kg/an par citoyen, un poids insuffisant pour être ramasser tous les jours avec une nouvelle tournée, ce qui pose des problèmes d’hygiène.

J’aimerais donc avancer avec la région sur le mode de traitement que l’on doit mettre en place. Une fois que l’on sera d’accord, cela ira mieux. Il faut trouver la meilleure forme dans un rapport économique supportable. Mais il faut que ça aille vite, le centre d’ordures ménagères est une nécessité et il va marcher pour tout le département et même pour certains territoires voisins. C’est un grand enjeu.

Autre grand sujet, celui de la rénovation urbaine. Quel regard avez-vous dessus ?

Philippe Briand : Je suis très critique en matière d’urbanisme. Prenons l’exemple des eco-quartiers. On y a des concentrations urbaines très fortes, sans unité architecturale, sans espaces verts suffisants et sans stationnements. On voit que ça ne fonctionne pas

A travers l’ANRU, je pense qu’il faut à l’inverse déconcentrer, construire de la qualité, faire en sorte que les habitants puissent être bien chez eux, dans le calme et la tranquillité. Il faut aussi agrandir les logements et par exemple réhabiliter le principe de pièce supplémentaire qui sert à accueillir les proches, la famille, les copains des enfants. Cela passe aussi par un cadre environnant pertinent. Par exemple, refaire Grenon dans ce secteur cela a un sens parce que cela va servir aux associations, aux écoles du quartier du Sanitas.

En 2020 avec la nouvelle répartition des sièges à la métropole, l’équilibre mis en place ces dernières années peut-il être remis en cause ?

Philippe Briand : Personnellement j’ai animé la métropole avec passion. Le challenge c’est de réussir à faire la synthèse, c’est ce que j’ai fait dans une certaine continuité avec ce qui s’est fait sous Jean Germain, parce que nous avions construit l’intercommunalité ensemble.

Ce que je regrette en revanche avec la loi Valls c’est que les petites communes n’auront plus qu’un délégué. Hors le représentant ne pourra pas participer à tout. Tours aura certes du poids avec 38 élus métropolitains sur 82 mais dans les 38 il y aura des élus de la majorité et d’autres de l’opposition. Il y aura toujours cet équilibre entre les différentes communes je pense et il faudra être vigilant à le conserver parce que ce sont les petites communes qui contribuent à cet équilibre du territoire.

Quelles sont vos relations avec Christophe Bouchet, le maire de Tours ?

Philippe Briand : Christophe Bouchet fait son job, c’est un maire intelligent et travailleur avec qui j’ai des bons rapports. Il a décalé un certain nombre de projets parce qu’ il a une optique différente de ses prédécesseurs. Sur Porte de Loire, il engage la ville pour plusieurs décennies, voire 100 ans, il doit donc être sûr de lui. Moi avant d’avoir une vision globale en tant que président de la Métropole, il m’a fallu un an et demi et pourtant j’y étais déjà depuis la création de Tours Plus. Il faut lui laisser le temps de rentrer pleinement dans sa fonction.

Vous souhaitez rester président de la métropole après 2020 ?

Philippe Briand : Honnêtement je m’en moque, ma carrière est riche et mon égo est largement satisfait. Mais j’ai toujours l’envie d’être là et d’agir pour que la métropole marche. Mais si quelqu’un de qualité veut prendre le relais et qu’il a une majorité derrière lui, ça m’ira.

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