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[Municipales] Le grand débrief de la campagne en Indre-et-Loire

 

La campagne officielle des élections municipales 2020 s’achève ce vendredi 13 mars à minuit, en attendant le vote de dimanche dans les 272 communes d’Indre-et-Loire. Depuis plusieurs semaines on vous a longuement parlé des personnalités candidates pour ce scrutin ainsi que de leurs programmes. Mais la campagne c’est aussi une ambiance. Voici donc comment nous avons vécu les choses à la rédaction.

Marketing

Pour se faire connaître des électrices et des électeurs, à chacun sa solution. Les affiches, évidemment, parfois collées les unes sur les autres (l’occasion pour certains candidats de rappeler que les panneaux d’expression libre sont peu nombreux à Tours). Mais aussi la permanence… Ou l’absence de permanence. A Tours, Claude Bourdin et sa liste C’est au Tour-s du Peuple ont fait toute la campagne sous un barnum déplacé au gré de leurs pérégrinations. Un local de campagne « zéro empreinte carbone » dixit les éléments de langage. Même si c’est nier que la fabrication dudit barnum a forcément une empreinte carbone, tout comme les trajets pour ses déplacements.

De leur côté les avocats engagés derrière Carole Charrier (Nous ne battrons pas en retraite à Tours) ont insisté sur la méthode de collage de leurs affiches : avec de la farine et de l’eau. Ils ont aussi choisi de ne pas envoyer de bulletins de vote avec leur propagande pour privilégier les bureaux de vote, et réduire leur nombre de moitié : « Certains parlent d’écologie, nous on l’applique » raillent-ils. C’est aussi (et surtout ?) un moyen de faire campagne à peu de frais.

Marketing toujours quand il s’agit de s’afficher avec son badge de campagne, arboré jusque sur les plateaux de télévision. A Tours, la plupart des candidats avaient le leur, on a hésité à faire une collection. Sur Internet, en plus de pages Facebook dédiées à leur liste, les équipes de communication ont créé des logos de soutien pour habiller les photos de profil. Pratique pour voir qui soutient qui quand on suit les débats en commentaires… On a même vu un militant arborer deux logos de deux villes différentes.

Plus original, Philippe Lacaile (Tours en Mouvement) s’est baladé avec une voiture électrique à son effigie. Et puis comment ne pas citer le maire sortant Christophe Bouchet qui n’apparaît plus sans sa cravate orange depuis des mois + les chaussettes assorties. Une faute de goût sans doute, mais tellement visible qu’elle marque les esprits. Certains de ses colistiers ont suivi ressortant pulls ou écharpes orange du placard. Voire le bonnet pour l’ex adjointe Françoise Amiot.

Pendant ce temps à Montbazon, une liste en compétition pour la mairie a choisi de parodier Jean-Pierre Foucault pour dévoiler son équipe petit à petit :

A Chinon, l’équipe de Laurent Baumel a opté pour des images affichant ses propositions phares en gros caractères… Mais, en Rabelaisie, attention aux fautes de français :

Au contact

Se distinguer quand on distribue des tracts n’est pas forcément simple… Les soutiens d’Emmanuel Denis (Pour Demain Tours 2020) ont donc opté pour l’accrochage de petits papiers directement sur les portes, plutôt que de les abandonner dans les boîtes aux lettres. C’est aussi eux qui ont tenté de créer du trafic dans leur permanence en y organisant plusieurs expositions d’artistes amis.

De leur côté, Benoist Pierre et Christophe Bouchet ont annoncé leurs réunions publiques par SMS… Quitte à agacer fermement les non-partisans qui ne s’attendaient pas à recevoir de pub politique en plus des messages commerciaux qui arrivent déjà sur leur téléphone. D’autant que les textos de Tours nous Rassemble ne proposaient pas d’option « STOP » pour se désinscrire comme c’est de coutume. Oups.

A boire !

La Touraine est réputée pour être un territoire de bons vivants… Alors souvent les conférences de presse de présentation de programme et d’équipe ont lieu au bar.

Le choix des établissements n’est jamais anodin, pour se donner un certain style : plutôt brasserie chic de centre-ville pour Michaël Cortot (toujours au 16 Jean Jau), bar de quartier et crêperie de centre commercial pour Christophe Bouchet (au Beffroi puis aux Deux-Lions), restaurant italien pour Benoist Pierre (Le Plazza), restaurant portugais dont le patron est sur la liste pour Nicolas Gautreau (Le Douro, avec son fameux cocktail en open bar) ou encore petit bar de la Rue Michelet pour Xavier Dateu où il faut passer derrière le comptoir pour prendre la photo.

D’ailleurs, les photos de liste en groupe : l’angoisse ultime des journalistes qui suivent la campagne. Toujours quelqu’un qui n’est pas dans le cadre, qui ne regarde pas…

Campagne au marché

Plus le 1er tour se rapproche, plus les candidats sont nombreux sur les marchés. Et certaines personnes venues faire leurs courses saturent un peu. Entendu à Beaujardin, pour refuser un tract : « Désolé, je ne sais pas lire. »

Attaques et fake news

Depuis la publication d’un sondage mettant Emmanuel Denis et Christophe Bouchet au coude à coude pour la victoire finale, les deux se rendent coup par coup. D’un côté on s’amuse que d’autres candidats (Xavier Dateu et Benoist Pierre) soient subitement devenus beaucoup plus sages dans leurs critiques envers le maire sortant… pour préparer une éventuelle alliance ? De l’autre on insiste lourdement sur le soutien de La France Insoumise et du PCF, adossée aux écologistes et socialistes avec même un faux dessein de presse pour attiser la peur de l’extrême gauche. Un tract a été distribué sur ce thème avec quelques arrangements avec la vérité.

Ce n’est pas un cas isolé : Claude Bourdin fait pareil quand il affirme que le marché aux fleurs disparaîtra Bd Béranger avec la 2e ligne de tram ce qui n’a jamais été annoncé nulle part. Ou que Nicolas Gautreau (Les Indépendants) assure que son programme est le mieux noté par les associations Zéro Déchet Touraine et SEPANT… avant que ces deux structures ne le démentent.

3e voie

Comment exister quand un sondage, la presse, des candidats et des gens sur le terrain résument souvent l’élection à un duel ? Question posée aux 9 autres listes de Tours. Au moins 2 ont revendiqué être « la 3e voie » (Nicolas Gautreau et Benoist Pierre sous l’étiquette C’est votre Tours), en mettant ostensiblement à part le Rassemblement National de Gilles Godefroy qui pourrait bien être l’un des arbitres du second tour, qu’il s’y qualifie ou non, avec le jeu des reports de voix. Sans programme clair, sans communication ostensible, le candidat d’Alliance et Rassemblement pour Tours, la liste du Rassemblement National, a fait la campagne la plus discrète possible sans que ce soit forcément un handicap dans les urnes.

Sondage… 

Sondage toujours, celui commandé par nos confrères de la NR à un mois du premier tour a fait basculer la campagne dans un autre tempo. Une fois les estimations diffusées, sur les marchés, sur le terrain, dans les médias, les candidats ont souvent été enfermés dans la position définie par ces estimations… Conséquence, certains candidats – pas placés à la hauteur qu’ils souhaitaient – ont eu beau jeu de dénoncer un débat démocratique faussé…

Manifestations

A Tours, le début de campagne a été marqué par la perturbation d’un meeting de Benoist Pierre, trollé par des manifestants opposés à la réforme des retraites qui applaudissaient à tout rompre sans raison valable. Plus tard, le candidat LREM a de nouveau été ciblé par des manifestants jusque devant son domicile déclenchant l’ire de ses colistiers et des réactions offusquées jusque dans les autres listes.

Dans un autre domaine, certains candidats se sont affichés dans des manifestations revendicatives pour faire passer le message que, en cas d’élection, ils soutiendraient leurs luttes. C’est le cas pour Emmanuel Denis et des membres de son équipe vus dans les cortèges féministes le 7 mars. En cas de victoire, ils seront attendus au tournant.

Coup bas

Les polémiques de campagne et les échanges virulents entre candidats, c’est du classique et c’est normal. Mais parfois la campagne dérape avec des affiches déchirées (à Saint-Avertin), le dépôt d’un tract anonyme sur la vie privée d’un candidat (à Amboise) ou carrément une bagarre (à Fondettes). Triste.

Coronavirus

L’épidémie qui s’étend a entraîné l’annulation de plusieurs meetings, à Tours ou ailleurs. Quand les premières annonces sont tombées à Tours, la concurrence s’en est d’abord amusée : « Mais de toute façon il n’y a personne à leurs réunions. »

A chacun son soutien

Dans une campagne locale, il est souvent bon de faire venir des têtes d’affiche politiques pour se donner du courage et s’assurer un petit coup de projecteur public et médiatique à peu de frais. A Tours, Xavier Dateu a fait venir le patron de son parti Les Centristes (Hervé Morin), Christophe Bouchet a opté par l’ancien ministre Jean-Louis Borloo, Claude Bourdin pour l’ex candidat à la présidentielle Philippe Poutou, Emmanuel Denis pour Najat Vallaud-Belkacem, Olivier Faure ou Clémentine Autain… Un véritable défilé.

PHOTO

Alors qu’on imaginait un temps qu’il ferait venir des membres du gouvernement jusqu’à Tours, Benoist Pierre a finalement invité « seulement » des députés de la majorité comme la très médiatique Aurore Bergé.

Inaugurations

La critique revient presque à chaque campagne, quel que soit le parti au pouvoir : « Comme par hasard les inaugurations s’enchaînent juste avant les élections, c’est de la pure communication ! » D’une certaine manière on peut dire que c’est le jeu. Cela dit à Tours, la municipalité en place a été assez loin en organisant, à deux semaines du 1er tour, une plantation d’arbres au Parc de la Cousinerie alors que la question du verdissement de la ville est au cœur du débat. Quelques jours plus tard, nous avons même reçu une invitation pour assister à la plantation de la 1ère mini-forêt dans une école de Tours… Projet figurant dans le programme du maire sortant ET dans celui de son principal concurrent. Du coup, c’est – au moins – gênant…

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