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[Municipales à Tours] Les mauvais côtés de la campagne…

Ce lundi soir des militants contre la réforme des retraites ont organisé une action dans les rues de Tours pour contester le recours au 49.3 décidé dans le week-end par le gouvernement d’Edouard Philippe. Les militants ont dans un premier temps manifesté dans devant le local de campagne de Benoist Pierre, candidats aux Municipales à Tours, soutenu par LREM, puis dans un deuxième temps devant son domicile personnel…

Peut-on tout faire pour manifester son mécontentement ? C’est la question qui agite le microcosme tourangeau ce mardi matin. La veille au soir une vingtaine de militants contre la réforme des retraites ont décidé de manifester sous les fenêtres du domicile du candidat aux élections municipales à Tours, Benoist Pierre. La faute de ce dernier selon les militants ? Simplement, appartenir et être soutenu par le parti présidentiel pour sa campagne.

Rien ne sera épargné à Benoist Pierre

Perturbation de son grand meeting à l’Hôtel de Ville ou de ses tractages sur les marchés, manifestation devant son local de campagne… rien n’est épargné à Benoist Pierre. Et si ce dernier garde le cap en répétant et argumentant constamment sa volonté de faire une campagne axée sur le local et l’avenir de la ville de Tours, il subit le contexte national et la colère de militants farouchement opposés au gouvernement.

Lire également : les listes LREM à l’épreuve du contexte national

Ceci est quelque-chose de plutôt courant, les élections municipales prenant régulièrement l’aspect d’élections intermédiaires : la droite l’avait vécu en 2008, le parti socialiste en 2014, les candidats étiquetés LREM cette fois-ci, à Tours ou ailleurs (on pourrait citer localement également le cas de Laurence Hervé à Joué-lès-Tours.)

Un cap est néanmoins franchi avec des actions comme celle de lundi soir, car derrière l’homme public, le candidat qui défend une orientation politique (à laquelle il n’y a rien à redire au fait de s’y opposer), c’est la personne qui est ciblée ainsi que ses proches. Si du côté des militants, on cherchait à minimiser sur les réseaux sociaux hier soir l’action, évoquant « une visite de courtoisie », celle-ci n’est pas tolérable en démocratie et laisse craindre une surenchère.

On peut rejeter une réforme et s’y opposer, on peut accuser le gouvernement d’un passage en force via le 49.3 (bien que celui-ci soit inscrit dans la constitution et fait donc partie du processus démocratique de nos institutions), néanmoins les pressions et invectives sur les personnes ne sont pas acceptables et entraînent un peu plus la démocratie dans une crise dont elle peinera à se relever.

Haro sur Emmanuel Denis

Comme dans une partie de billard, l’écho de cette action se fait en plusieurs bandes. Benoist Pierre et ses soutiens n’ont pas manqué dès hier soir, de dénoncer les agissements et d’accuser à demi-mots pour certains ou à s’interroger pour d’autres (revenant un peu au même) sur le bénéfice pour la liste « Pour Demain, Tours 2020 » d’Emmanuel Denis, mettant notamment en avant le soutien de la France Insoumise, parti d’opposition le plus virulent à l’encontre de la politique gouvernementale.

L’argument est éculé mais ces dernières semaines il revient de plus en plus, jetant l’opprobre sur le candidat écologiste attaqué donc sur le soutien de la France Insoumise et par amalgame avec une partie de l’extrême-gauche, plus adepte des actions dans la rue que du débat démocratique. Un argument repris également par Christophe Bouchet, dans une certaine stratégie de diabolisation de son opposant écologiste.

Mais cet argument, qu’il soit utilisé par stratégie politique ou par méconnaissance des mécanismes des mouvements de gauche (difficile d’affirmer que les militants d’extrême gauche voteront pour Emmanuel Denis et sa liste comprenant notamment des socialistes), conduit également à un jeu trouble qui décrédibilise là-aussi la parole publique.

Ce mardi matin, plusieurs membres de « Pour Demain, Tours 2020 », à commencer par Emmanuel Denis ont condamné l’action de ce lundi soir.

A moins de 15 jours du scrutin, espérons que les esprits s’apaisent et le débat de fonds puisse se faire, arguments contre arguments, programmes contre programmes, car c’est bien cela que Les Tourangeaux attendent pour désigner celles et ceux qui dirigeront la ville ces six prochaines années.

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