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Un logement, des valeurs : Quand l’habitat se renouvelle

Découvrez le dossier principal du magazine papier 37° n°4 printemps 2020. Un dossier consacré à l’habitat, pas au sens de l’immobilier mais du « chez-soi », de l’intime, de ce que cela révèle de notre société et de nos vies. Un dossier (et un magazine) que nous avions fini mi-mars, juste avant le confinement lié au Coronavirus et qui prend aujourd’hui encore plus de sens.

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Après l’ère des lotissements ou celle des grands immeubles, l’habitat évolue. Maisons en paille, colocations entre personnes âgées et étudiants, tiny house, béguinage… Les modèles sont multiples. Avec un point commun : faire coïncider son chez-soi avec sa philosophie de vie.

« Quand j’ai su que le béguinage allait ouvrir, je me suis dépêchée de m’inscrire. C’est le lieu parfait pour bien vivre la fin de sa vie. » « J’en ai entendu parler par un magazine et je me suis dit ‘c’est ça qu’il me faut !’ » « On est indépendants et en même temps on profite de la convivialité. »… Anne, Andrée, Margaux, Claudie, Josianne, Yves et Marylène sont attablés dans la salle commune de leur immeuble. Ce bâtiment du quartier Monconseil de Tours ressemble à beaucoup d’autres : architecture moderne, une quinzaine d’appartements avec balcon, petit jardin, parking en sous-sol. C’est pourtant le 1er du genre en Indre-et-Loire puisqu’il accueille des résidentes et résidents ayant choisi le béguinage comme mode de vie.

Le béguinage : Mieux qu’une coloc’

Béguinage ? « La première fois que j’en ai entendu parler, j’ai dû chercher dans le dictionnaire. Et pourtant je fais beaucoup de mots croisés ! » Né il y a plusieurs siècles, très populaire dans des pays comme la Belgique, le concept connaît un vif regain d’intérêt. Définition : ici, chaque locataire a son propre appartement, de 40 à 63m². Chambre, cuisine, salle de bain, parfois un bureau… Tout le nécessaire au quotidien. La différence par rapport aux immeubles résidentiels c’est que les échanges entre voisins sont encouragés au maximum via la présence de la fameuse salle de convivialité (avec télé, canapé, grande table et coin cuisine), le jardin ou l’organisation régulière d’activités.

A part une réunion mensuelle pour faire le point sur la vie de la maisonnée, rien d’obligatoire : « On n’est pas en colocation en permanence mais on n’hésite pas à sonner chez le voisin. » Surtout, les logements sont adaptés aux personnes handicapées : « Ça coûte beaucoup moins cher qu’une maison de retraite et on sait qu’on pourra rester jusqu’au bout de notre vie. Si on a besoin d’une hospitalisation à domicile elle pourra se faire ici, sauf en cas d’Alzheimer » explique le groupe qui apprécie d’avoir pu venir avec ses propres meubles, voire ses animaux de compagnie (même si les nouvelles adoptions sont interdites). Des chambres sont également à disposition pour recevoir les proches.

Le béguinage de Tours accueille quasi exclusivement des personnes âgées mais ce n’est pas une règle. Une résidente a tout juste la cinquantaine ; une jeune femme a également tenté l’aventure, avant de renoncer car ça ne lui convenait pas. Ainsi, l’adaptation a parfois pris un peu de temps : « Quand on arrive c’est perturbant mais aujourd’hui ça se passe bien » commente Andrée. Début janvier, la galette des rois a dérivé en soirée pizzas, quelques résidents ont passé les fêtes ensemble dans la salle commune : « Avant, dans mon immeuble, je pouvais passer 2-3 jours sans voir personne, sans parler. Ce n’était plus possible » se remémore Claudie. Aujourd’hui, impossible : l’immeuble affiche complet donc il y a toujours quelqu’un dans le couloir… sans oublier Laurent, concierge des lieux, surnommé « l’ange gardien ».

Tiny house : tout petit et tout mimi

A 1h de route de là, Alice et Noé ont également l’esprit communautaire puisqu’ils vivent à proximité immédiate de plusieurs proches. Le couple a élu domicile à Marcilly-sur-Maulne, au carrefour de l’Indre-et-Loire, du Maine-et-Loire et de la Sarthe, sur un terrain de 2ha dont il retape les bâtisses. « On avait très envie de vivre à la campagne » nous disent ces jeunes parents belges à qui aucun chantier ne fait peur puisqu’ils ont déjà construit leur maison actuelle, une tiny house de 38m².

La tiny house c’est un logement dont on entend de plus en plus parler, en particulier de la part de personnes qui cherchent à réduire leur empreinte sur l’environnement. Il s’agit d’un mode d’habitat où le strict nécessaire pour vivre est condensé sur une remorque que l’on peut assez aisément déplacer. Les murs sont en bois et ça tombe bien : Alice et Noé sont tous deux ébénistes de formation. Ils ont dessiné leurs plans eux-mêmes pour former une sorte de mini T2 : un salon qui se transforme en chambre le soir venu, une cuisine où il y a déjà eu 10-12 personnes en simultané pour un repas, une salle de bain (avec baignoire !) et la chambre des enfants. Il y a même une chatière pour le félin de la famille. “En fait c’est une tiny house double” nous expliquent-ils. Lumineuse même un jour d’hiver pluvieux, la tiny est émaillée de nombreuses fenêtres. « La vue ça compense : pendant 6 mois de l’année on vit avec les portes ouvertes » souligne Alice en jetant un œil vers sa grande terrasse.

De fait, l’espace est petit mais fonctionnel. Décoré avec goût dont quelques vieux meubles de l’ancien logement du couple, et un poêle à bois pour le chauffage : « La construction nous a pris 9 mois. » Au final, à 4, la famille consomme 16€ d’électricité par mois, une bouteille de gaz et assez peu d’eau grâce aux toilettes sèches.

Leur mode de vie, Alice et Noé espèrent le diffuser. En cette année 2020 ils créent leur entreprise de construction de tiny house sur-mesure à Couesmes avec l’ambition d’en construire entre deux et trois par an pour de l’habitat ou des commerces itinérants : « On pense aussi aux conducteurs de travaux qui suivent les chantiers et qui pourraient avoir leur maison à côté lorsqu’ils en ont marre des hôtels. » Cela dit, le couple d’entrepreneurs prévient : avant de sauter le pas, il faut réfléchir. « Pour un couple qui a besoin d’espace personnel, c’est compliqué. »

Pour s’équiper, il faut compter dans une fourchette allant de 20 000€ à 150 000€ selon la taille, la qualité et les matériaux souhaités. Surface de départ 13m², hauteur maximum 4m30 remorque comprise, « parce qu’il faut passer sous les ponts. » Ce qui plait avant tout avec ce procédé, c’est son aspect éco-responsable : « Nous souhaitons travailler avec du bois français pour l’ossature et du zinc recyclable pour les extérieurs » précisent Alice et Noé. Reste que vivre en tiny house n’est pas encore bien entré dans le logiciel commun : « C’est compliqué de déclarer son logement en tant que résidence principale. On ne rentre dans aucune case. Il y a un vide juridique. Quant au stationnement il dépend souvent du bon vouloir des maires ce qui freine beaucoup de gens. Nous espérons donc une véritable réglementation pour l’habitat léger. »

 

Le magazine papier en cours de distribution

À partir de cette semaine, 37°Mag sera distribué dans toute l’Indre-et-Loire ! En raison des difficultés actuelles, la distribution peut néanmoins être perturbée (commerces encore fermés, refus de dépôts de publications en raison des règles sanitaires…) Nous nous en excusons pas avance et ferons tout notre possible pour qu’il soit disponible dans un maximum de points de dépôts habituels (la liste ici).

Sorti le 29 mars, il est également toujours disponible en version numérique ici 👉 37degres-mag.fr/37-mag/

L’impression ayant été réalisée avant le confinement certaines informations ne sont pas à jour et nous en sommes désolés.

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