A la uneSport

Le TVB va-t-il faire l’impasse sur la Coupe d’Europe ?

A priori la question peut paraître saugrenue, pourtant elle est bien d’actualité. Le président du Tours Volley Ball Yves Bouget nous le confirme le TVB n’est pas encore sûr de jouer la Ligue des Champions, la plus prestigieuse compétition européenne, la saison prochaine, pour raisons financières. Explications.

« Sans aides des collectivités le TVB n’ira pas en Coupe d’Europe sous ma présidence. Ce ne serait pas raisonnable de s’inscrire avec notre budget. » Ces mots ce sont ceux d’Yves Bouget, président du Tours Volley Ball. Aujourd’hui, ce dernier tire la sonnette d’alarme et en appelle aux collectivités. « Entre le coût d’inscription et les déplacements éventuels en Pologne ou en Russie, la Coupe d’Europe coûterait au club au minimum entre 100 000 et 150 000 euros, sans aides, on ne peut pas y arriver » explique celui qui préside le club tourangeau depuis 2016.

Yves Bouget

L’inscription en Ligue des Champions pas encore validée

Si l’inscription du club auprès des instances européennes est faite, le président tourangeau explique qu’il n’a pas encore payé les droits de participation qui s’élèvent à 35 000 euros et sans lesquels le club ne disputera pas la compétition mais sera aussi interdit de compétitions européennes pendant deux ans.  Une éventualité que notre interlocuteur qualifie de sérieuse : « La situation liée à la crise du Covid a maximalisé le risque pour le club. Les années précédentes on prenait ce risque sur nos fonds, mais aujourd’hui ce n’est pas possible. »

Comme pour beaucoup de clubs, la crise sanitaire et le confinement ont fragilisé la situation financière du TVB. Cela va de la perte de recettes de matchs, une manne pourtant importante dans un sport qui ne bénéficie pas de droits TV (pire où les clubs doivent payer les droits TV, de l’ordre de 18 000 euros pour le TVB la saison dernière), à la perte annoncée du nombre de partenaires, eux aussi impacté par la crise du Covid. Ce point est essentiel, car contrairement à beaucoup de clubs de volley en France, le budget du TVB repose en majorité sur le privé, plus de 60% sur un budget global d’environ 2,5 millions d’euros. Les collectivités apportant de leur côté (Ville de Tours, Métropole, Département et Région) 950 000 euros, soit les 40% restants. Une exception dans le monde du volley où les clubs de Ligue A sont subventionnés en moyenne à hauteur de 63% (chiffres 2018).

« On attend un engagement des partenaires naturels que sont les collectivités territoriales » poursuit Yves Bouget, « là on est pris dans un effet ciseaux avec à la fois une baisse budgétaire contrainte par la crise du Coronavirus et dans le même temps les collectivités territoriales qui ne compensent pas alors que je vois ailleurs des hausses de subventions. On veut bien faire rayonner le sport tourangeau en Europe, mais en ces temps difficiles on aimerait aussi avoir un peu de pérennité. »

La salle Grenon pleine pour un match de coupe d’Europe

Des subventions en question

Ces hausses de subventions auxquelles fait allusion Yves Bouget, ce sont celles votées en début de semaine à Tours Métropole en faveur du Chambray Touraine Handball (plus 15%) et celle annoncée par Eric Thomas, l’adjoint aux sports de la ville de Tours, en faveur du Tours FC (150 000 euros). « Je suis content pour mes collègues de sport collectif, mais je remarque que le premier club de Touraine  n’a pas encore eu droit à de tels égards. Je ne comprends pas pourquoi on n’y aurait pas le droit nous aussi au regard des besoins que j’évoquais mais aussi au regard de la situation économique compliquée. »

Et Yves Bouget de poursuivre : « Ce serait une forme de reconnaissance pour le club. Je rappelle que le TVB est le premier club sportif masculin ces 15 dernières années en termes de palmarès avec le PSG en foot. Nous sommes des ambassadeurs de la Touraine et de la ville de Tours que nous faisons rayonner. »

Du côté des élus, Eric Thomas reconnaît que le TVB est « un de nos plus beaux ambassadeurs. » Et l’adjoint aux sports de la ville de Tours d’estimer que « ce serait triste de priver les Tourangeaux de Coupe d’Europe, même si je comprends les difficultés du club. » Ce dernier explique avoir des échanges permanents avec les dirigeants, qu’il doit revoir courant août pour aborder la situation actuelle. Mais pour l’heure, pas question de s’avancer auprès de nous sur une éventuelle aide supplémentaire de la ville. Pourtant, dans le même temps, ce dernier a avancé un effort de la ville envers le Tours FC avec une subvention de 150 000 euros au titre de missions d’intérêt général (intervention dans les quartiers, en faveur du sport féminin…). De quoi faire tiquer Pascal Foussard, le directeur général du TVB qui tient à rappeler que le TVB œuvre depuis de nombreuses années dans ce domaine : « Nous avons des conventions à tous les niveaux : les écoles, collèges, lycées, fac… et nous intervenons aussi régulièrement dans les quartiers. »

De son côté, Eric Thomas pointe le regard du côté de Tours Métropole qui peut selon lui faire plus pour les clubs d’élite sur son territoire. Aujourd’hui, sur le total de subventions publiques, la ville en verse environ 40%, le Département et la Région environ 20% chacun et la Métropole le reste. « On est la Métropole qui verse le moins de subventions aux clubs de haut niveau » avance ainsi le nouvel adjoint aux sports. Il n’en reste pas moins que ce lundi soir, seul le CTHB a vu sa subvention augmenter ce qui a fait réagir Christophe Bouchet l’ancien maire, pendant la séance. Ce dernier s’est interrogé sur celle-ci, dénonçant à demi-mots un « fait du prince » de Christian Gatard qui est à la fois maire de Chambray et vice-président de Tours Métropole aux finances. Ce dernier s’est justifié en expliquant que c’était un geste pour soutenir le sport féminin, d’ordinaire moins bien loti que les hommes.

« Ce qui s’est passé lundi soir en conseil métropolitain est un mauvais signal car ce n’est pas un gage d’objectivité sportive. Tant mieux pour le CTHB mais où sont les élus de Tours qui n’ont pas demandé la revalorisation de la subvention du TVB en même temps ? » s’interroge à ce sujet également Xavier Dateu, vice-président aux sports au Département. Pour ce dernier, la Métropole doit plus se saisir de la question sportive et des sports d’élite, acteurs du rayonnement de son territoire et surtout avoir une politique sportive globale et cohérente. Oui mais aujourd’hui, Tours Métropole a les équipements sportifs mais pas le sport en tant que tel dans ses compétences.

Xavier Dateu estime que le Département est un partenaire fidèle qui a prouvé sa bonne volonté en poussant au report d’un an la traite prévue en 2020 de 25 000 euros que le TVB rembourse à chacune des 4 collectivités partenaires au titre d’une avance de 400 000 euros obtenus en 2017 suite à un redressement fiscal. Pour le reste, difficile de se projeter plus selon lui, du fait que le Département a un budget fléché en grande partie vers la compétence sociale avec des dépenses pas forcément prévisibles à l’avance.

Mohamed Moulay, vice-président en charge des sports à la Région, évoque lui un paiement en avance de la totalité des subventions prévues cette année. Comme le Département, mais aussi la Ville et la Métropole, la Région a également reporté la traite de 25 000 euros que devait le TVB cette année. Dans une réflexion plus globale Mohamed Moulay évoque une évolution des dispositifs d’aides un peu datés selon lui, aux clubs sportifs d’élite. Une réflexion à avoir entre tous les partenaires, précise-t-il, tout en notant que « les collectivités jouent le jeu aujourd’hui ».

Dans le même temps, tous les interlocuteurs publics saluent le fonctionnement du TVB et son modèle économique est souvent cité en exemple grâce à son réseau de partenaires privés regroupés au sein du Tours Volley Ball Entreprises (TVBE). Il n’en reste pas moins que son économie demeure fragile donc et que ce modèle se retourne aujourd’hui en partie contre lui, ce que reconnaît Xavier Dateu : « Le TVB est victime aujourd’hui de son modèle vertueux. »

Avril 2017 : le TVB remporte sa 2e coupe d’Europe après la Ligue des Champions en 2005

Des subventions aux résultats comme solution ?

C’est bien cela qui agace Yves Bouget : « Depuis mon arrivée à la présidence en 2016, on a perdu 200 000 euros de subventions au prétexte que nous sommes un bon élève. J’en déduis que l’on punit les bons élèves. »

Depuis plusieurs années, Yves Bouget alerte pourtant les collectivités. Car si le TVB est compétitif depuis de nombreuses années, dominant le volley hexagonal et réussissant également des coups européens comme la victoire en Coupe d’Europe de la CEV (la 2e en importance) en 2017, son budget n’a rien à voir avec les gros clubs européens aux budgets 3 à 4 fois supérieurs. Au sortir de la saison 2019, Yves Bouget estimait ainsi un besoin supplémentaire de 500 000 euros pour pouvoir lutter durablement et maintenir un rang dans le top 12 européen. Or sans gros sponsor comme peut l’être le club tourangeau, cette hausse ne peut qu’être accompagnée par les pouvoirs publics. « Cela dépend de ce qu’on veut, si on veut un club majeur, en capacité de faire rayonner la ville mais aussi d’apporter à l’économie locale, dans ce cas il faut des moyens. »

Pour Pascal Foussard, qui pointe de son côté une affluence à plus de 2600 spectateurs en moyenne, soit la meilleure en France (La 2e affluence en Ligue A revient à Montpellier avec 1755 spectateurs en moyenne) et la 11e affluence en Europe (l’un des premiers clubs derrière ceux de Pologne ou d’Italie où le volley est beaucoup plus développé qu’en France), la solution pourrait venir d’une subvention aux résultats, comme cela se fait ailleurs comme à Nantes par exemple où le club de volley va toucher 70 000 euros de subventions supplémentaires en raison de sa participation à la Challenge Cup (la 3e compétition européenne dans la hiérarchie). « Aujourd’hui, que l’on soit européen, qu’on ait des résultats, on n’a rien en plus. Moi je pense que l’on peut passer des contrats d’objectifs » analyse le directeur du TVB.

De son côté, son président tient à préciser concernant la situation immédiate : « Je ne suis pas ni désabusé ni souhaite faire du chantage, mais je suis quelqu’un de responsable et je n’irai pas mettre le club en péril économique même si ça doit le mettre en difficultés sportivement. »

Print Friendly, PDF & Email