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Le sculpteur Vincent Guderzo met Balzac dans les cafés, ces parlements du peuple

Dans l’ombre de l’année Balzac, décrétée par la ville de Tours, le sculpteur tourangeau Vincent Guderzo a tenu lui aussi à rendre hommage, de son côté, à l’écrivain. Il en résulte trois bustes portraits de Balzac, que les Tourangeaux pourront retrouver à partir de la semaine prochaine dans trois cafés de la ville, « là où l’on va pour refaire le monde, car comme l’écrivait Balzac, le comptoir d’un café est le parlement du peuple » explique le sculpteur.

Vincent Guderzo&Paul Métadier3

Vincent Guderzo est tombé dans Balzac il y a quelques années, lors d’une commande du Département pour le château de Saché. C’est cette commande qui l’a fait rencontrer non seulement l’écrivain mais aussi un de ses illustres passeurs de mémoire, Paul Métadier, dont la famille a racheté le manoir où vécu Balzac en 1925 et a créé le musée en son honneur. Un lieu vendu en 1958 au département mais auquel Paul Métadier est resté intime, en tant que conservateur jusque dans les années 2000, puis en tant que Balzacien dans l’âme par la suite. « C’est Paul Métadier qui m’a initié à Balzac » se rappelle aujourd’hui Vincent Guderzo, fier de voir ce dernier, un des derniers illustres intellectuels tourangeaux du XXe siècle, présent à la présentation de son buste de Balzac, malgré ses 103 ans.

Vincent Guderzo & Paul Métadier

Visiblement touché, et l’esprit toujours vif, Paul Métadier ne tarit pas d’éloge sur Vincent Guderzo : « Il me rappelle Jo Davidson que j’ai connu jeune. » Belle comparaison avec le sculpteur américain mort en 1952 à Tours après avoir passé plus de 25 ans de sa vie au manoir de Bécheron… à Saché, lui-aussi. Des mots qui feront certainement plaisir à Vincent Guderzo, lui qui évoque un projet « bouclant l’aventure Balzacienne commencée avec Monsieur Métadier. La sculpture nous a liée tous les deux à travers ces deux portraits réalisés à quelques années d’intervalle »

« La sculpture c’est le génie des mains »

Un projet affectif avant tout explique le sculpteur, auto-financé, « produit dans la solitude et le dénuement de l’atelier » explique la note d’intention du projet. « Je suis un galérien comme Balzac l’a été » nous raconte Vincent Guderzo pour justifier ce projet préparé et construit en solitaire, à l’écart de l’année Balzac de la ville de Tours.

« La ville ne voulait pas de sculpteur tourangeau et une œuvre moderne, cela ne correspondait de tout de façon pas à mes choix, ni à mon éthique personnelle. J’ai attendu que leur choix soit connu (ndlr : l’œuvre de Nicolas Milhé autour de la Comédie Humaine, qui représente 5 personnages sera dévoilée le 23 novembre prochain) pour savoir si je me lançais cette année. Et comme je trouve qu’ils se sont détournés de Balzac à travers l’oeuvre retenue, j’y suis allé. »

Un projet pour lequel l’artiste a tenu volontairement à adopter une approche classique, sans imprimante 3D, sans robotique, mais en sculptant avec ses mains, de manière traditionnelle, ce qui n’est pas pour déplaire à Paul Métadier : « La sculpture c’est le génie des mains » nous raconte ce dernier en ajoutant, en citant Aristote : « la main est le prolongement de la pensée. »

Il ressort du travail de Vincent Guderzo, un buste-portrait s’inspirant de la photo de l’écrivain prise par Louis-Auguste Bisson (1842), mais aussi des œuvres de Balzac dans lesquelles il s’est replongé et notamment trois nouvelles, devenues livres de chevet : trois nouvelles, devenues pour lui des livres de chevet : « Le chef d’œuvre inconnu », « La recherche de l’absolu » et « La Messe de l’athée. »

«  On va faire vivre ce Balzac dans des lieux populaires, parce que Balzac appartient à tous »

Trois œuvres littéraires qui donneront trois portraits, un en noir, un en blanc et l’autre en rouge, avec l’idée de les faire vivre dans des cafés de Tours, le Valmy, le Cosy et le Buck Mullingan’s. « On va faire vivre ce Balzac dans des lieux populaires, parce que Balzac appartient à tous » s’enthousiasme Vincent Guderzo qui déposera ces œuvres à partir de la semaine prochaine en dépôt vente. « Ce sont des éditions de 200 exemplaires, car plus que les 220 ans de la naissance d’Honoré de Balzac, 2019 est avant tout pour moi les 200 ans de la première œuvre de Balzac. Les 200 ans de la naissance de la littérature balzacienne. »

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