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Laurent Guibert : l’Apiculteur poétique et passionné

Rencontrer Laurent Guibert c’est partir à la découverte d’un apiculteur atypique. Ce dernier se catalogue en effet comme « apiculteur poétique ». L’apiculture, une passion devenue métier qu’il met un point d’honneur à faire manuellement, étape après étape.

Quand on arrive chez Laurent Guibert, rien n’annonce au premier abord qu’on se trouve chez un apiculteur. Dans sa maison de pierre authentique de la campagne tourangelle, ce dernier fabrique pourtant plusieurs centaines de kg de miel par an et sort d’une année 2018 florissante avec 450 kg produits, contre environ 150-200 kg les années précédentes. « 2018 fut une bonne année mais on sortait de trois années catastrophiques » explique notre hôte.

Pour trouver trace du matériel nécessaire à la production, il faut se rendre dans une pièce en hauteur de sa vaste demeure et donnant sur l’arrière de son terrain de deux hectares où se trouvent les ruches.

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2 hectares de terrain sur lesquels il avait planté de nombreux arbres fruitiers il y a une dizaine d’années, de quoi lui fournir la matière première pour les abeilles quand il s’est lancé en 2010 dans l’apiculture, en plus de ses autres activités. Laurent Guibert est en effet ce qu’on appelle un apiculteur pluriactif, c’est à dire qu’il cumule sa passion-métier avec d’autres professions, afin de subvenir à ses besoins. « C’est très difficile de vivre simplement de l’apiculture » précise-t-il. En Touraine, ils sont néanmoins 24 à être « professionnels », c’est à dire vivant uniquement de leur activité apicole, mais non sans connaître des difficultés comme en témoigne la journée de mobilisation qu’ils avaient organisé l’an passé.

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Il faut dire que l’apiculture, est un domaine d’activités qui connaît de multiples problématiques. Si l’Egypte a eu ses 7 plaies, les abeilles ne sont pas loin d’en compter autant aujourd’hui. Outre l’invasion du frelon asiatique qui décime les ruches, Laurent Guibert pointe la varoa (un parasite), l’urbanisation rampante, le manque de diversité de nourriture ou encore les pesticides. « Aujourd’hui, la mortalité normale sur une année s’élève entre 20 et 30%, là où on était à 5% auparavant ». Les hivers doux sont également un problème à l’apiculteur poétique « Dès qu’il fait 10°, elles sortent chercher de la nourriture et s’épuisent ».

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Apiculteur poétique, un gimmick qu’il entretient jusque sur ses pots de miel (qui ont tous également un nom révolutionnaire) et dont on comprend la signification en écoutant Laurent Guibert nous parler longuement de sa vision : « Il faut lire et écouter les ruches » explique-t-il, « tout comme la nature ». « Je laisse les abeilles vivre tranquillement », poursuit encore celui qui refuse de recourir à certaines pratiques comme le remérage, c’est à dire le remplacement de reines-mères vieillissantes pour donner une seconde vie à la ruche et ce même s’il a constaté que les reines ne vivent plus que deux ans en moyenne au lieu de 5 précédemment.

 

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La notion de plaisir mais aussi celle de respect de la nature sont essentielles ainsi pour Laurent Guibert qui n’envisage pas d’ailleurs de s’agrandir, mais souhaite privilégier une approche responsable. Et pour ce dernier, quelques aménagements simples pourraient aller dans ce sens et aider les abeilles, comme renouveler les friches naturelles pour la bio-diversité ou encore limiter ce qu’il appelle des « jardins cimetières », c’est à dire uniquement composés de gazons et sans fleurs.

 

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