A la uneSociété

Les difficultés de l’association Courteline

Jean Chausson, le directeur de l’association Courteline a la mine des mauvais jours ces derniers temps. Devant faire face à l’arrêt des activités des TAP, le directeur de l’association doit en effet mener un plan de licenciements collectifs. Une mauvaise nouvelle doublée d’une seconde : la perte du secteur Mirabeau pour son association, au profit d’une société basée en Ile de France : Telligo Peri & Extra Scolaire (relire notre article sur Info Tours).  Un changement de gestionnaire pour l’accueil de loisirs et péri-scolaire sur ce secteur qui a une conséquence directe pour les 49 emplois intégrés. De quoi inquiéter le personnel concerné…

Du côté des animateurs, les discussions de ces derniers jours sont également plutôt moroses en effet. L’idée de devoir changer d’employeur ne satisfait pas vraiment et entraîne au contraire beaucoup d’interrogations et d’incertitudes : « Quand on voit la réputation de Telligo on s’interroge sur notre avenir » glisse ainsi Florian*. L’inquiétude, c’est de voir notamment les contrats d’animation dénaturés par le passage à un employeur privé. « Telligo est une société commerciale, son but c’est de faire du chiffre, cela risque de précariser un peu plus nos métiers. Et c’est sans parler de la logique de travail de proximité dans le quartier que peut faire une association locale qui connaît le territoire ».

Si Telligo Peri & Extra Scolaire (TPES) n’est pas une structure inconnue et gère déjà l’accueil dans plusieurs villes, à l’instar du contrat avec la ville de Paris sur l’animation des TAP dans les écoles de la capitale, les témoignages ailleurs se montrent en revanche parfois peu élogieux. En mars 2017, des animateurs précédemment employés dans des associations locales s’étaient ainsi mis en grève dans la commune de Bussy Saint-Georges (77) parce qu’ils avaient perdu dans le transfert de leur contrat à Telligo les avantages liés à la convention du secteur de l’animation (lire cet article du Parisien). Dans cette commune de Bussy Saint-Georges, cette même société a également fait parler d’elle en ce début d’année 2018 en engageant un bras de fer avec la mairie au sujet d’une subvention qu’elle estimait devoir recevoir, allant jusqu’à menacer de rompre le contrat et de se retirer de la commune. « Les enfants ne seront plus gardés » avait alors menacé la société dans un tract aux parents. Une polémique qui avait fini par un accord entre les deux parties et le retrait de la société des activités de la commune (voir ici).

Une concurrence inégalitaire

Un symbole de la pression exercée dans un domaine de l’animation de loisirs ou péri-scolaires de plus en plus sujet à une concurrence exacerbée entre acteurs historiques, souvent d’ordre associatifs, et sociétés privées s’étant infiltrées dans le secteur avec des moyens supérieurs et pouvant jouer sur le facteur prix pour obtenir des marchés.

« C’est un problème que les associations soient en face de sociétés » a reconnu le maire de Tours en conseil municipal, « ce n’est pas de notre fait mais cela la pose des questions de sociétés sur lesquelles il faudra se pencher » a-t-il poursuivi tout en reconnaissant que la ville avait malgré tout fait entrer des acteurs extérieurs lors du dernier appel d’offres (ndlr : l’association basée en Ile-de-France Charlotte Loisirs avait obtenu le lot sur Tours Nord) mais que « cela c’est plutôt bien passé avec de bons retours ».

Reste la problématique d’une concurrence inégalitaire entre des associations locales aux moyens contraints, d’autant plus ces derniers temps et des sociétés pouvant jouer sur des effets d’échelle pour obtenir des marchés sur la base de perspectives financières plus avantageuses. Pour le lot « Mirabeau-Velpeau », la société Telligo a ainsi proposé un projet au coût inférieur de 130 000 euros par rapport à celui de Courteline a expliqué Barbara Darnet-Malaquin en conseil municipal, expliquant par ce fait une des raisons principales de ce choix.

Un mauvais signal pour l’élu écologiste Emmanuel Denis : « On connait la stratégie de ce type de sociétés qui pratiquent des tarifs attractifs pour obtenir des marchés et une fois sur place elles mettent à mal les associations locales qui ne peuvent s’aligner ». Et l’élu d’opposition de s’inquiéter pour l’avenir d’une association comme Courteline pourtant « garante de la cohésion sociale ».

Courteline contrainte de licencier une partie de son personnel

Cette perte de marché, couplée à la fin de l’activité des TAP lors de cette même rentrée de septembre 2018 est en effet un coup dur pour l’association historique tourangelle, née en 2002 dans sa forme actuelle, sur les cendres des foyers Acces et grâce à la volonté de parents et d’usagers. Alors que l’association avait fait un point d’honneur à « CDIser » au maximum ses animateurs, dans un milieu où la précarité reste importante, elle en paye aujourd’hui le prix, étant obligée de passer par un plan de licenciements collectifs via un Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE) pour compenser la perte d’activités et de revenus liés aux TAP. Au bout du compte, entre 27 et 122 emplois pourraient être ainsi supprimés sur les 256 que compte aujourd’hui l’association.

Relire notre article de septembre 2016 : Association Courteline : 200 emplois créés depuis 2002

« Ce qui m’agace dans le débat autour des rythmes scolaires c’est qu’à aucun moment j’ai entendu parler d’un bilan des activités que l’on faisait avec les enfants. Le débat était biaisé d’entrée avec un focus mis sur le coût des TAP pour les collectivités, comme si on apportait rien » raconte de son côté un animateur.

« En France, le retour de la semaine à 4 jours et l’arrêt des TAP va entraîner entre 20 000 et 25 000 emplois en moins selon les estimations des professionnels socio-éducatifs » explique le directeur de Courteline, Jean Chausson. Au sein de sa structure, ce dernier assure qu’une cellule de reclassement va être mise en place et qu’il va se rapprocher de partenaires du secteur pour essayer de retrouver des postes à certains animateurs. Reste le fait que tout le monde ne pourra être repris, surtout quand on ajoute les animateurs des autres structures sur la ville qui vont devoir procéder elles-aussi à quelques licenciements…

Relire : Retour à la semaine de 4 jours : une fausse bonne idée ?

Quant à l’association Courteline, ces deux sujets qui s’entrechoquent constituent un orage que l’on espère sans conséquences à long terme sur la structure. Cet épisode montre néanmoins la fragilité que peuvent avoir des associations de quartiers pourtant bien installées comme Courteline, qui ont par ailleurs un véritable rôle social et qui contribuent à l’équilibre de territoires comme ceux de la ville de Tours.

Relire à ce sujet notre article de 2015 : Association Courteline : le lien social comme fondement

* le prénom a été changé à la demande de l’intéressé.

Print Friendly, PDF & Email