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La Platine de la Redac : Volume 4

Cet article est issu du numéro de printemps 2020 de  37° Mag, le magazine papier-connecté de 37 Degrés.


Chaque semaine, il se passe quelque chose en Touraine : nouveaux groupes qui éclosent, collaborations surprenantes, artiste signé sur un gros label, enregistrements, concerts, sorties d’EP, d’albums, de jolis vinyles, tournées à l’étranger, résidences… Musiques anciennes, classique, world, électro, rock, jazz, chanson, dub, pop, groove, reggae, rap, metal, hardcore, prog-rock, post-punk : dans l’absolu, pas vraiment besoin d’aller chercher ailleurs ce que tu peux trouver en bas de chez toi. Voici notre sélection furieusement subjective des sorties de ces derniers mois. Des disques qui, quelles que soient leurs couleurs, nous ont touchés et continuent à tourner sur nos platines et dans nos têtes.

> Absurde «Cosmic Journey» (autoprod)

Tout démarre dans une ambiance tribale, puis se poursuit dans une jungle, on tourne encore et encore le bouton de la radio qui nous emmène quelques secondes dans différents univers que rien ne paraît relier. «La vie est faite de morceaux qui ne joignent pas» disait Truffaut : «Cosmic Journey» illustre la chose à merveille, en quinze titres impeccables, qui n’ont rien à envier aux meilleures productions du genre. Un hip hop qu’on aura du mal à qualifier d’abstract puisqu’au final six rappeurs et une chanteuse donnent de la voix à la chose. Cet album riche est en effet un festival de collaborations locales (on trouve cinq différents beatmakers dans ce projet) initié par Mazette – qui vient par ailleurs de sortir un nouvel EP, «Moods» – référence tourangelle depuis une dizaine d’années. Qualifié de «cv musical» par son auteur, «Cosmic Journey» a de quoi donner le tournis à n’importe quel recruteur. Nous, on l’embauche direct !

 

>Hémisphère Sud «Hémisphère Sud» (Another Records)

Tiens, tiens de la pop française ! Genre sous-représenté dans le coin, le voici mis d’un coup sur un piédestal, de manière tout à fait inattendue. Tout nouveau groupe, (avec le chanteur d’Anna dedans, nommé en 2017 pour le prix du Groupe de l’année Scène Locale 37), premier album… et déjà un bel article dans Magic. Orgue, grandes envolées lyriques, passages noisy, batterie généreuse, basse gourmande. Un disque globalement très mélodieux mais pas que… Quand on dit «pop», hein, ne vous méprenez pas : c’est au sens plutôt seventies du terme, c’est-à-dire vraiment pop, quoi. Selon les morceaux et même selon certains petits bouts à l’intérieur d’un même morceau, on navigue entre Moodoïd et Nino Ferrer, entre Bertrand Burgalat et Arnaud Fleurent-Didier, entre Polnareff et Katerine. Mélancolique, festif, drôle, aventurier, langoureux  : une chose est certaine, c’est qu’on ne s’ennuie pas vraiment aux Antipodes.

 

 

> The Dictaphone «How to improve your relaxing» (Un Je Ne Sais Quoi)

 

Mais quelle est cette chose étrange ? Un bel album instrumental qui s’accommode parfaitement du format vinyle, tant dans la manipulation de la bête que dans la qualité sonore (millimétrée). On s’amuse ici avec plein de boutons et de voix trafiquées lointaines, mais on n’oublie jamais de redescendre sur terre avec de beaux sons de percussions et de caisse claire (comme dans le très bon «Defeated All Chance of Successful Search»). Jérémie (batteur de Drame et du Rubin Steiner band) pilote tout ce petit monde tel un homme-orchestre qu’on imagine sauter partout dans son studio, de sa batterie à ses machines, de ses machines à ses synthés, de ses synthés à tout un tas de trucs bizarres qui émettent des sons. Comme le dit son pote Rubin Steiner : «Une louche de lo-fi un peu garage, des synthés bizarres, de la batterie et des vielles boites à rythmes, mais aussi des drones, de la clarinette, des guitares étranges, du space écho à gogo, des choses expérimentales et d’autres vraiment pop : un supplice de rock critic.» Voilà. Le supplice s’arrête ici.

 

 

>Nour «Vain, bleak and iconic» (Kythibong)

Cela restera dans les annales des coulisses du palmarès 2019 Scène Locale 37 : malgré plusieurs retours élogieux et la présence de cet excellent album dans de nombreuses discussions, Nour n’ont même pas figuré dans les nommés de cette édition. C’est dire à quel point la scène locale est riche ! Rattrapage dans ces pages, du coup. «Vain, Bleak and Iconic», dans son intensité comme dans le son hyper léché et la capacité de l’ensemble à être à la fois monolithique (un véritable album, quoi) ET varié, place la barre très haut et restera sans aucun doute comme l’une des meilleures productions régionales de ce changement de décennie. Huit titres pour la plupart inclassables (allez, on va dire que c’est du rock, hein, ça mange pas de pain) à découvrir de toute urgence et à prendre le temps d’écouter tranquillement : «Vain, Bleak and Iconic» n’est pas un disque pour les gens pressés, il «pousse sur vous» comme le dit si joliment l’expression britannique. Attention en revanche : il s’agrippe férocement, et pour longtemps.

 

 

> Luis Francesco Arena «High Five» (A Tant Rêver Du Roi)

Après environ 7 ans de silence, voici le grand retour de Luis Francesco Arena, le projet le plus intimiste de Pierre-Louis François (RubiCan, Franky Goes To Pointe à Pitre, Headcase…). D’une certaine manière un disque à écouter au coin du feu, mais attention au feu quand même ! Alors que certains morceaux sont confortablement installés sur une grosse basse bien moëlleuse et évoquent parfois le blues au ralenti de Spain, d’autres auraient vite fait de faire fuir le chat qui s’était installé sur vos genoux. Ainsi, du folk-rock puissant pointe régulièrement son museau, mais sans jamais se départir d’une musicalité très fréquentable : ce «High five» est bien sous tout rapport et peut sans aucun problème être présenté à vos parents (et même à vos grands-parents) qui y trouveront un goût de reviens-y tant la richesse instrumentale et mélodique n’a d’égale qu’une somme de références qui puisent dans toutes les décennies depuis les 70s. Avec une élégance rare.

 

 

> L’Affaire Capucine «Métamorphoses» (L’Autre Distribution)

Voilà un groupe qui s’épanouit d’année en année, nous gratifiant en plus de jolis clips déclinant un univers onirique baroque qui évoque un peu Juliette. «Métamorphoses» est un 3e album doux et lumineux, des chansonnettes qui caressent la langue française sans fioriture ni posture intellectuelle : une approche brute et sincère qui raconte plein d’histoires, avec un timbre de voix et des phrasés rappelant parfois Jeanne Cherhal. Les accords de piano et les envolées de guitare acoustique, de bois ou de cordes, s’échappent dans un grand ballet chaleureux et intense qui échappe toujours à l’ennui et laisse des traces agréables, telle la chaleur du soleil sur la peau quand on se retrouve à l’ombre. Un antidote à la fraîcheur de saison, et à pas mal d’autres tracas.

 

 

 

 

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