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« Il ne faut pas avoir peur du regard des valides »

Cinq questions à Tristan Pierrot, pongiste handisport au TT Joué -lès-Tours

Suite à un accident survenu au travail il y a quelques années, Tristan Pierrot est aujourd’hui en fauteuil roulant. Cet homme de 43 ans explique ce que le sport lui a apporté et encourage les personnes en situation de handicap à se lancer dans une activité physique, sans appréhension.

Que vous a apporté la reprise du sport après votre accident ?

Le sport c’est indispensable parce qu’en fauteuil on ne bouge pas. Si tu ne bouges pas et que tu restes chez toi, tu prends du poids à une vitesse, c’est incroyable. On est obligé de faire du sport. Ça apporte aussi de la convivialité, puisqu’on vient à l’entraînement deux ou trois fois par semaine. Les gens ont une petite appréhension au début mais après tu discutes avec eux, petit à petit. Par contre, c’est nous qui devons aller vers eux la plupart du temps car ils n’osent pas. Ils ont peur de froisser la personne.

Justement, au départ, avez-vous eu peur du regard des autres ?

Jamais. Ce qui dérange, ce sont les gens qui ont de la pitié. Je ne supporte pas ça. Quand on arrive à la table, les gens se disent « le pauvre, il est en fauteuil, il ne va pas pouvoir jouer ». Et, au bout d’un set, ils se rendent compte qu’ils sont obligés de jouer sérieusement. Ils ne se rendent pas compte que l’on est capable de faire un sport aussi bien qu’eux. Mais, sur dix, il y en a deux qui réagiront comme ça, sans avoir un mauvais regard, c’est juste de la pitié.

Vous avez pratiqué le tennis de table avant votre accident, quelles difficultés rencontre-t-on quand on joue en fauteuil ?

Au tennis de table, il n’y a qu’une règle qui varie. Le service ne doit pas être sortant, donc sur les côtés. Après, les règles sont exactement les mêmes. On est forcément plus près de la table, on doit être plus actif ou plus réactif sur les balles. On est aussi un peu plus bas mais on s’adapte. C’est l’entraînement qui fait que tu joues aussi bien que les autres en face.

Vous faites de la compétition, vous êtes-vous fixé des objectifs ?

Au début, j’en avais parce que, quand on fait quinze heures d’entraînement par semaine, on se fixe des objectifs. Je m’étais dit pourquoi pas les JO. Avec dix, quinze heures d’entraînement, on progresse vite mais on se rend compte qu’on n’est pas le seul à en faire. En handisport, il y a un niveau exceptionnel. Actuellement, je suis en Nationale 2 et je monte en Nationale 1, là où il y a tous les joueurs de l’équipe de France. L’idée est de se maintenir. Il faudrait que je fasse plus d’heures d’entraînement mais, quand on travaille, on ne peut pas tout faire. Ce n’est pas le tennis de table qui paye le loyer à la fin du mois.

Quels conseils pourriez-vous donner à des personnes en situation de handicap qui n’oseraient pas se mettre au sport ?

Il faut venir voir les sports, rencontrer les gens qui font du sport. Il ne faut pas hésiter à venir à la salle le soir. Il ne faut pas avoir peur du regard des valides. C’est la peur qui fait que les gens ne vont pas vers toi. Moi, je suis rentré comme si de rien n’était, comme si j’étais une personne valide, j’ai serré les mains, dit bonjour… Il ne faut pas appréhender.

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