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Haut de la rue Nationale : l’héritage de Jean Germain en question

Depuis 4 ans, majorité municipale et opposition socialiste ont régulièrement des débats houleux en Conseil Municipal sur fond de gestion actuelle des affaires de la cité en comparaison à l’ancienne et inversement selon le camp politique dans lequel les protagonistes se trouvent. Un débat aux positions inconciliables qui vient de ressortir sur la place publique autour de la remise à plat du projet du haut de la rue Nationale. Un projet initié par l’ancienne majorité de Jean Germain, repris par celle de Serge Babary et qui a trainé entre temps au point d’être revu aujourd’hui par Christophe Bouchet 4 ans après son lancement…

Relire : Le projet du Haut de la rue Nationale entièrement revu

Un héritage à porter tant bien que mal

C’est le lot de la vie démocratique, à chaque alternance la majorité nouvellement élue doit imposer sa vision, son fonctionnement mais aussi composer avec l’héritage de la précédente, suivi républicain oblige.

Un « héritage » que les nouvelles majorités analysent souvent dès leur arrivée avant de poursuivre les dossiers déjà enclenchés ou de remettre en cause certains contraires à leurs visions quand cela est possible. C’est ce que Serge Babary et son équipe ont fait en arrivant en 2014 au pouvoir. Parmi les projets portés par l’ancienne municipalité et remis en cause, il y a eu notamment le Haut de la Tranchée (Jean Germain voulait un signal urbain) et l’Ilot Vinci (et sa fameuse tour de 54m de haut)…

Oui mais voilà, depuis, malgré quelques dossiers qu’elle porte (école aux Deux Lions par exemple), les projets peinent à sortir de terre et les inaugurations se font rares. Le haut de la Tranchée n’a pas avancé (un nouveau projet a été présenté l’an dernier), le projet de renouveau de l’Ilot Vinci doit être dévoilé cette année, (La Compagnie de Phalsbourg qui a réalisé Ma Petite Madelaine à Chambray a été retenue l’an passé par Serge Babary pour ce projet), la construction du quartier des Casernes semble piétiner également (Christophe Bouchet a récemment avoué que les fouilles archéologiques effectuées ne semblaient pas favorables… comprendre que les vestiges retrouvés pourraient compliquer le projet en cours)…

Bref, 4 ans après son élection la majorité actuelle peine à convaincre des Tourangeaux qui se lassent de voir des ensembles détruits (ou partiellement) sans que la suite ne soit enclenchée. Le haut de la Tranchée, l’Ilot Vinci et le haut de la rue Nationale étant les plus symboliques. Autant de dossiers reçus en héritage par une droite qui n’avait pas caché avant son élection son aversion pour ceux-ci et qu’elle peine à transformer depuis.

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Le syndrome du mandat de transition

Une situation qui n’est en revanche pas si exceptionnelle que cela. Reprendre une ville qui a connu une même majorité pendant plusieurs mandats, n’est ainsi jamais simple et le premier mandat de Jean Germain avait été peu ou prou similaire avec une remise à plat de certains projets comme le basculement du quartier du technopôle en quartier mixte des 2 Lions, une politique centrée essentiellement sur la dette de la ville (déjà) et l’émergence malgré tout de quelques projets structurants qui ont marqué la ville comme le passage de la rue Nationale sans voitures. Un mandat de transition avant les suivants plus ambitieux pour la ville (2001 et 2008).

Ce mandat 2014-2020 ressemble donc également à un mandat de transition entre les 19 années de « Germanisme » à Tours et l’avenir. Une impression renforcée encore plus avec le départ de Serge Babary en septembre 2017 de son fauteuil de maire, après plusieurs mois où la gestion de la ville a semblé être freinée par la période pré-sénatoriales.

Christophe Bouchet qui lui a succédé est en revanche un élu « neuf », engagé seulement depuis 6 ans en politique locale mais qui veut faire bouger les choses et aller vite. Alors le nouveau maire tranche sur les dossiers, réorganise, restructure… Que ce soit sur les projets en eux-mêmes mais aussi dans les services ou dans les structures partenaires : Tours Evénements, prochainement la SET pour laquelle il a annoncé avoir commandé une étude précise sur son fonctionnement (relire nos explications ici) et d’autres certainement ensuite… Des structures majoritairement publiques, portées par la ville de Tours et que le maire souhaite mieux contrôler avec comme volonté derrière de « remettre le politique au centre des décisions » expliquait-il ainsi à l’automne dernier, à peine élu.

« Le problème de Serge Babary c’est qu’il n’a pas voulu trancher en arrivant, il a laissé les choses en place mais au bout de 19 ans il y a eu des habitudes de prises et aussi un certaine proximité de certains avec les socialistes qui les avaient embauchés. C’est le jeu démocratique, il fallait casser cela avec l’alternance. Christophe Bouchet a le courage de le faire aujourd’hui, mais on a perdu du temps » explique ainsi un proche de la majorité.

Quatre ans après la défaite de la gauche aux Municipales, c’est 19 ans de pouvoir qui sont ainsi en train d’être soldés par Christophe Bouchet qui entend reprendre en main les dossiers et les projets, tout en installant dans le même temps son équipe de confiance aux postes clés. Et à l’approche des élections municipales de 2020 pour lesquelles il s’est déjà dit candidat, Christophe Bouchet sait qu’il n’a pas de temps à perdre s’il veut convaincre les Tourangeaux. En remettant à plat celui du Haut de la rue Nationale « pour un projet plus ambitieux », Christophe Bouchet envoie en tout cas un message clair sur sa méthode et sa volonté d’imposer sa vision pour la ville. Un message d’autant plus important quand on connaît l’impact des projets urbanistiques dans le ressenti des électeurs sur un bilan. Comme un round d’observation avant la bataille des Municipales, déjà en préparation de part et d’autre…


Un degré en plus :

Christophe Bouchet n’est pas le premier maire de la ville à remettre à plat des projets qui paraissaient pourtant bien lancés. En août 2013, Jean Germain avait également remis à plat un autre projet urbanistique symbolique : celui de l’Ilot Vinci. En effet, alors que le projet architectural semblait sur les rails et avait été présenté en janvier 2012, avec un architecte désigné, Alain Gourdon, ainsi qu’un promoteur Bouygues Immobilier, le maire de l’époque avait finalement décidé de relancer un concours d’architectes, officiellement parce que le projet ne le satisfaisait pas pleinement, mais aussi d’une certaine façon pour couper court à la polémique et aux critiques qui s’étaient faites nombreuses. Si le projet devait garder la hauteur prévue de 54 mètres, celui-ci était renvoyé après les élections municipales de 2014. Le changement de majorité aura porté l’estocade à ce projet et l’Ilot Vinci reste en 2018 toujours à moitié détruit…

Le projet initial d’Alain Gourdon abandonné en 2013 :

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