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Troglodytes : L’habitat en creux

Découvrez le dossier principal du magazine papier 37° n°4 printemps 2020. Un dossier consacré à l’habitat, pas au sens de l’immobilier mais du « chez-soi », de l’intime, de ce que cela révèle de notre société et de nos vies. Un dossier (et un magazine) que nous avions fini mi-mars, juste avant le confinement lié au Coronavirus et qui prend aujourd’hui encore plus de sens.

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Hier, ces falaises servaient à construire l’habitat tourangeau. Aujourd’hui, elles sont devenues un habitat atypique recherché où la créativité est la bienvenue. Reportage à Luynes dans l’habitat troglodytique de Marc et Nadège Lamy.

Le panorama qu’offre sa terrasse l’impressionne toujours autant, mais pour Marc il reste incomplet. Alors à défaut de voir la Loire, il l’imagine derrière la digue. « Avant j’avais la Loire, mais pas la lumière. On était exposé au nord, c’était compliqué au niveau de la luminosité. Maintenant c’est l’inverse. On ne peut pas tout avoir non plus, hein ! » Avant c’était il y a quinze ans, quand Marc et Nadège Lamy habitaient à Montlouis dans une maison accolée à un coteau. Maintenant ce n’est plus à côté, mais directement à l’intérieur d’un coteau qu’ils sont installés. Le fruit du hasard. « On ne cherchait pas un habitat troglodytique. Nos critères au départ, mis à part le budget à respecter, c’était simplement le calme sans voisins à proximité. »

C’est en 2004 que l’aventure commence. Les visites de maisons « traditionnelles » n’ayant rien donné, ils tombent sur l’annonce d’une cavité à vendre à Luynes qui rentrerait dans leurs critères. Il y a du boulot à prévoir pour réaménager ces anciennes caves de stockage, mais le couple est débrouillard et souhaite prendre son temps dans la conception de leur habitat. Ils savent que le chemin sera long, mais qu’il ne faut surtout pas se précipiter, le chantier prendra le temps qu’il faudra. « Des travaux comme ça demandent beaucoup de temps. Ça s’organise par étape. Le mec qui n’est pas patient, soit il a des sous et fait venir une entreprise générale, soit il abandonne. » La première étape concerne l’organisation. Elle dure 3 ans. « Oui, il fallait quand même beaucoup d’organisation, on ne se lance pas n’importe comment dans ce genre de travaux. Il faut d’abord aller visiter d’autres troglo pour observer les installations, puis déterminer ce qu’on voudrait faire avec quels matériaux, en fonction, bien sûr, de l’avis de l’expert », nous raconte Marc.

Au niveau des matériaux, le choix est restreint et authentique. Le béton, trop étanche pour favoriser la circulation de l’air dans la cave, est proscrit. Tout l’inverse de la chaux. Une chaux que le couple va apprendre à maîtriser et qui va servir, notamment, à constituer la chape de la plus spacieuse des 4 cavités de leur domicile. Une grande pièce à vivre où aujourd’hui se côtoient la cuisine et l’un des deux salons. « Quand on est arrivé, cet espace était coupé en deux avec l’aide de cloisons en plâtre. Quand tu investis dans ce genre de lieu, tu recherches l’espace et la lumière. Les cloisons ont été les premières à tomber », se rappelle Marc, ancien électricien pour une structure médico-sociale aujourd’hui retraité. Mise en place d’un chauffage au sol, installation d’un nouveau système électrique dans toute la « maison », son savoir-faire est logiquement exploité pour les travaux. Des travaux, que notre couple fait au maximum par lui-même. Dans un souci d’économie, mais pas uniquement, comme nous l’apprend Nadège : « On voulait consacrer l’essentiel de notre budget à l’achat de matériaux de qualité. Le reste, à part la réhabilitation de l’ancien four à pain en cheminée et la création d’un tunnel pour relier notre chambre au salon, on a tout fait avec une bonne armée de copains. Sabler les murs, poser du parquet, faire des niches… On voulait apprendre et réaliser notre habitat ».

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Se réaliser en réalisant son habitat

Réaliser tout en se réalisant, tel est aujourd’hui l’une des nouvelles tendances dans la recherche de l’habitat. Si cette tendance a toujours existé, elle s’est développée il y a une vingtaine d’années pour toucher tout type d’habitation comme
toute classe sociale. Aujourd’hui, quitte à faire une croix sur les départs en vacances ou en week-end, on veut passer
du temps pour modéliser et personnaliser soi-même son domicile. Pendant de longs siècles réservé aux vignerons et
aux artisans avant de devenir un lieu d’accueil pour démunis et marginaux, l’habitat troglodytique est devenu le terrain de jeu adéquat pour cette nouvelle mouvance dans notre région. Authentiques, historiques, calmes et charmantes, ses caves, qui à 90 % sont des anciennes carrières de Tuffeau, ont séduit plusieurs milliers de ménages en Indre-et-Loire. S’il y a une trentaine d’années on donnait ces cavités, aujourd’hui elles ont un coût comme nous informe le couple. « On a payé notre cave aux alentours de 130 000 € en 2004. Maintenant ça a dû augmenter. Ce sont des habitats qui sont devenus très à la mode, on peut même parler d’un habitat « bobo ». Mais ça, c’est pour les sociologues. On est dans une société où l’on doit aller vite, alors on voulait s’établir dans un endroit calme où l’on pourrait aussi satisfaire notre petite créativité en prenant notre temps. »

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Un espace ludique, ajustable et respecté

Depuis 2004, si l’on accumule les journées passées à concevoir leur logis, notre couple de troglodytes (nom donné aux habitants d’un habitat troglodytique) estime à une année entière le temps de travail effectué. Et ce n’est pas fini. La terrasse et l’une des trois chambres sont notamment au programme, sans parler des fameuses niches que le couple s’amuse à creuser pour accueillir leurs différents goûts culturels. « Ce genre d’habitat est modulable à vie. L’autre jour, j’ai regardé un reportage sur les pyramides égyptiennes et j’ai eu envie de faire des niches triangulaires. Demain ce sera peut-être une autre forme », prévient Marc. Un espace ludique et ajustable selon les envies mais qui doit toujours être respecté. Nadège poursuit : « Quand tu habites dans ce genre de cadre, tu te dois de respecter le lieu autant que possible. Forcément, tu installes ton petit confort personnel, mais tu penses toujours au lieu. C’est comme pour les meubles, tu t’équipes juste avec le nécessaire, pas la peine de dénaturer le lieu avec de grandes armoires ou des bibliothèques qui couvriront la roche. Il faut profiter des éléments naturels et s’adapter. » Comme des yeux devant un panorama incomplet.

Textes : Pierre-Alexis Beaumont / Photos : Pascal Montagne

Le magazine papier en cours de distribution

À partir de cette semaine, 37°Mag sera distribué dans toute l’Indre-et-Loire ! En raison des difficultés actuelles, la distribution peut néanmoins être perturbée (commerces encore fermés, refus de dépôts de publications en raison des règles sanitaires…) Nous nous en excusons pas avance et ferons tout notre possible pour qu’il soit disponible dans un maximum de points de dépôts habituels (la liste ici).

Sorti le 29 mars, il est également toujours disponible en version numérique ici 👉 37degres-mag.fr/37-mag/

L’impression ayant été réalisée avant le confinement certaines informations ne sont pas à jour et nous en sommes désolés.

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