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Devenir parents en temps de coronavirus

Retrouvez le dossier principal du magazine papier 37° n°5 automne-hiver 2020. En cette année particulière, il était difficile de ne pas revenir sur la crise du Covid-19 qui a bouleversé notre quotidien.


Célia et Lucille ont donné la vie en pleine pandémie. Grossesse en confinement, potentielle absence du papa à l’accouchement, interdiction des visites à la maternité… Les jeunes mamans et leurs conjoints reviennent sur leur parcours.

« Ça nous tenait à cœur d’annoncer ma grossesse en face à face. J’ai souvent repoussé ce moment, dans l’espoir que nous soyons déconfinés, mais j’ai dû me résoudre à l’annoncer par visio. » Lucille est enceinte de trois mois lorsque le confinement est déclaré, le 17 mars dernier. Comme de nombreuses futures mamans, elle n’avait sûrement pas imaginé vivre une partie de sa première grossesse de cette manière, enfermée chez elle, éloignée de sa famille et de ses amis. « Deux semaines avant, nous étions au Vietnam où il n’y avait pas de cas, donc nous étions un peu éloignés de tout ça. Avec le confinement, nous avons commencé à nous dire que ça pouvait être dangereux » raconte-t-elle. Quelques mois plus tard, le 27 août, elle met au monde son petit garçon, Anaël.

Célia, qui a donné naissance à Léo le 5 août, est quant à elle à quatre mois de grossesse au moment de l’annonce du gouvernement. « Au départ, j’étais assez angoissée car je suis de nature nerveuse. Le fait d’être confiné a aussi été compliqué car je suis très active. Et puis, au fur et à mesure, cela m’a permis de profiter un peu, de mieux ressentir les choses. J’ai même senti Léo bouger quelques jours seulement après le début du confinement » se souvient-elle.

Les parents se rappellent alors le manque d’informations auquel ils ont fait face. Comment les choses vont-elles se dérouler ? Y a-t-il des risques pour le fœtus et quels sont-ils ? Autant de questions, sans vraiment de réponse. « Nous ne connaissions pas vraiment les risques. C’est comme si les femmes enceintes avaient été les oubliées » regrette Célia. « Nous n’avions pas les mêmes sons de cloche selon les professionnels, nous ne savions donc pas comment gérer. Notre repère, c’était devenu l’émission Les maternelles » poursuit Guillaume, son mari.

La peur d’accoucher seule

Mais la source d’angoisse la plus importante pour les couples reste la potentielle absence des papas à l’accouchement. Pendant de nombreuses semaines, bon nombre de maternités ont interdit aux futurs pères l’accès à l’accouchement et le droit aux visites les jours suivants. Si Lucille et son conjoint Damien ont su deux mois avant que le papa pourrait être présent, ce dernier assure que l’incertitude a été compliquée à gérer… « Nous n’avons pas trop compris ces règles. Psychologiquement, c’était très dur. » Lucille complète : « Je n’imaginais pas accoucher seule et être seule à la maternité. Nous ne comprenions pas trop car certains magasins pouvaient rouvrir avant la fin du confinement, les gens pouvaient faire leurs courses mais les papas ne pouvaient pas assister à l’accouchement. » Pendant longtemps, à la maternité de Bretonneau où a accouché Célia, les pères étaient uniquement accueillis lors du travail actif et deux heures après l’accouchement. Ne pouvant accepter cette éventualité, la future maman est prête à demander un transfert dans une maison de suite de couche à Amboise, pour que son mari puisse partager les premiers jours de leur fils. Heureusement, cela n’a pas été nécessaire. « Notre souhait était vraiment que Guillaume soit avec nous tout le temps, pour ne rien louper. »

« Ça m’a manqué de ne pas pouvoir partager avec les autres futures mamans sur la grossesse, sur l’accueil du bébé… C’est normalement un moment qui amène beaucoup d’échanges et je n’ai pas eu ça. »

Damien et Guillaume ont déjà raté un moment fort de la grossesse de leur compagne : la deuxième échographie, celle où l’on découvre le sexe du bébé. « J’étais très frustré. Louper cet instant est un mauvais souvenir qui reste » admet Guillaume. Un avis partagé par Damien : « On nous a enlevé ce moment-là. Quand on veut s’impliquer, c’est compliqué car ça amène de la distance, ça rend les choses moins concrètes. Ce sont des événements uniques et c’est décevant de ne pas pouvoir y assister. » Pour garder la surprise et pour que les deux parents puissent découvrir le sexe en même temps, les futures mamans ont alors demandé à avoir la réponse dans une enveloppe.

Pour le reste du suivi médical, Lucille et Célia n’ont rencontré aucun problème majeur. Les deux couples ont suivi les mêmes cours de préparation à l’accouchement, en visio. Les mères pointent malgré tout un manque de communication, qu’elles n’auraient certainement pas connu avec des cours en présentiel. « C’était un peu malaisant au début mais la sage-femme a été très bien. Ça aurait tout de même été mieux de le faire en direct, ne serait-ce que pour les relations humaines » raconte la maman de Léo. Lucille a, elle aussi, mal vécu cette absence de partage. « Nous n’échangeons pas de manière aussi profonde que si nous étions en face à face. Ça m’a manqué de ne pas pouvoir partager avec les autres futures mamans sur la grossesse, sur l’accueil du bébé… C’est normalement un moment qui amène beaucoup d’échanges et je n’ai pas eu ça. » De leur côté, les papas semblent ravis d’avoir pu assister à cette préparation. « La sage-femme nous faisait bien participer pour nous impliquer. J’ai appris pleins de choses et les cours m’ont aussi permis de me projeter plus facilement » déclare Guillaume.

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Outre le manque d’échanges, Lucille a aussi dû renoncer à certaines activités. La mère d’Anaël, qui ne pouvait plus se rendre à la piscine ou pratiquer le yoga prénatal, aurait aimé partager des ateliers d’haptonomie avec son conjoint. « C’est un échange privilégié entre le bébé et son papa, qui permet de rendre les choses concrètes et de développer un lien avant l’accouchement. » Célia, elle, est déçue de ne pas avoir pu faire plus d’activités en couple avant l’arrivée de leur bébé. « Avant, nous ne voulions qu’un enfant alors j’idéalisais vraiment cette grossesse. Je nous voyais faire les choses ensemble, choisir les tenues, le mobilier… Ça m’a vraiment manqué. Je suis déçue de la façon dont ça s’est passé. » Et, pour eux, les rendez-vous manqués se sont accumulés : « Quand vous avez un enfant, vous passez de couple à famille. Nous avions beaucoup de choses prévues avant l’arrivée du bébé. Nous devions partir au Japon, il y avait mes trente ans, notre mariage qui a été repoussé deux fois… J’ai l’impression de ne pas avoir pu me préparer à cette transition comme je le voulais. »

« Rester dans un cocon »

Les deux couples ne garderont cependant pas que de mauvais souvenirs. Parmi les points positifs qu’ils retiennent : l’interdiction des visites à la maternité. « Cela n’a pas été problème car nous voulions rester dans notre cocon. Et, c’était très bien car nous étions un peu déphasés et fatigués » affirment Guillaume et Célia, qui ont ensuite mis un mois à présenter Léo à l’ensemble de leur famille et de leurs amis. « Il y a déjà beaucoup de monde qui passe dans la chambre après, alors si nous ajoutons les visites, nous n’avons pas le temps de nous poser » confient Lucille et Damien. « A notre retour, quand nous ne le sentions pas, nous disions non pour les visites. Et nous ne donnions jamais d’heure. Nous prévenions au dernier moment et nous faisions en fonction du sommeil d’Anaël. »

Les deux femmes font finalement un bilan positif de leur chemin vers la maternité. « J’ai eu une belle grossesse et je n’ai vraiment pas à me plaindre comparé à d’autres, ça m’aide à relativiser » indique Célia. Lucille confirme : « Le confinement nous a permis d’être tous les deux, avec moins de transports, moins de stress, moins de fatigue physique…. Quand le bébé bougeait, nous prenions du temps pour profiter du moment. Cela nous a recentrés sur nous-mêmes. »

photos : Delphine Nivelet

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