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Constantin Douy, au service des champions à Roland-Garros

Depuis le 20 mai dernier, 260 ramasseurs de balles s’activent chaque jour sur les courts de Roland-Garros, à Paris. Constantin Douy, unique représentant d’Indre-et-Loire, fait partie de ces privilégiés. Nous sommes allés à sa rencontre.

« On est les ballos de Roland-Garros. Toute la journée, on va ramasser. » Il est 9h40 et les ramasseurs de balles du Grand Chelem parisien chantent en trottinant dans les allées du stade, devant les premiers spectateurs amusés. Parmi eux, Constantin Douy, 15 ans. Pour faire partie des 260 ramasseurs de balles, le licencié de l’AS Fondettes est passé par deux phases de sélections. Une première phase d’un après-midi, à Blois, puis un stage de cinq jours à La Baule. « La première phase, on fait des petits exercices, ce n’est pas très technique. C’est plus pour voir comment on se débrouille avec les balles. Par contre, pendant le stage de cinq jours, on entre dans le concret. On fait des mises en situation, sur ce qu’on pourrait faire en tournoi », explique-t-il.

Pour fouler la terre battue de la porte d’Auteuil, Constantin Douy a tenté sa chance trois fois. « C’était la dernière année où je pouvais être pris. Je l’ai fait et puis c’est passé. » Quand on lui demande ce qui a fait la différence cette année, il répond : « Je ne sais pas, j’y suis peut-être allé plus détendu. Les premières fois je m’étais entraîné et là j’y suis allé advienne que pourra et puis je suis passé donc tant mieux. »

Ramasseurs de balles Roland-Garros

Les ramasseurs de balles chantent leur chanson dans les allées du stade de Roland-Garros

Corentin Douy 3(1)

Dix minutes avant le réveil du stade, les « ballos » retrouvent les évaluateurs et les responsables pour un débriefing de la veille. Au programme de celui du samedi 1er juin : propreté des lieux et chaleur du week-end à venir. « Faites attention à bien vous hydrater et n’hésitez pas à faire un signe à votre évaluateur si quelque chose ne va pas », leur indique-t-on. C’est à ce moment-là que Constantin apprendra le court sur lequel il officiera. Après avoir fait le Suzanne Lenglen avec Novak Djokovic, Gaël Monfils, Simona Halep et Naomi Osaka, le court n°1 avec Grigor Dimitrov et plusieurs courts annexes, il sera cette fois-ci sur le court n°6.

Une heure avant le début des matchs, l’élève de seconde au lycée Balzac, à Tours, et une dizaine de ses camarades se retrouvent près de ce court pour leur échauffement. Sprints, montées de genoux, simulations de roulés de balle, chevilles, poignets… Pendant quinze minutes, ils enchaînent les petits exercices afin d’être prêts pour leur entrée en piste.

Debrief Roland-Garros 3
Corentin Douy 8

Il est 11h20. Le premier match commence. Constantin n’est pas encore sur le court car il ne passe qu’en deuxième rotation. « On a trois équipes de fond et trois équipes de filet. On fait des rotations d’à peu près 40 minutes et puis on tourne. C’est une vraie organisation ! » Il y entrera à peine 20 minutes après le début de la rencontre. Il fait partie de l’équipe de fond de court. Jusqu’à la fin du match, il enchaînera roulés, transmissions, ouvertures et fermetures du parasol… « Sans nous, le match ne se déroulerait pas de la même façon. On est caché mais sans nous ce serait plus compliqué d’organiser un match. On est très investi », assure-t-il.

Être capable de s’adapter aux joueurs

Mais, être ramasseur, ce n’est pas seulement distribuer les balles ou les serviettes aux joueurs et aux joueuses. Il faut aussi être capable de s’adapter à eux. Celui qui pratique le tennis depuis dix ans se souvient : « Des fois, ça peut être compliqué avec certains. J’ai eu Victoria Azarenka quand j’étais sur le Suzanne-Lenglen et elle voulait toujours les balles du même côté. J’ai mis quelques points à comprendre. Plusieurs fois elle me parlait, mets les balles ici, mets les balles ici, mais je ne comprenais pas. Donc oui, il faut s’adapter. C’est le joueur qui décide et nous il faut juste que l’on s’adapte. » Si les petits tics de certains joueurs sont connus, les « ballos » en découvrent donc d’autres au fur et à mesure et doivent s’en accommoder le plus rapidement possible.

Il y a également de nombreuses règles à respecter, comme ne pas parler aux joueurs ou ne pas leur faire signer d’autographes. « Il n’y a pas que savoir bien ramasser ou pas qui compte, il y a aussi le comportement », affirme Constantin. Pour que tout se passe au mieux, les ramasseurs sont briefés dès le départ par les évaluateurs. Des évaluateurs qui sont aussi chargés de les observer et de les noter chaque jour. « On regarde le ramassage. Il faut que le roulé soit plat, sans rebond et rapide. Il y a l’anticipation aussi, toujours avoir un temps d’avance sur le jeu », explique Kenza, évaluatrice depuis 2014, après avoir été ramasseuse pendant quatre ans. Le travail d’équipe et le comportement sont d’autres critères qui peuvent peser sur la note.

A chaque fin de rotation, un bilan est réalisé pour voir ce qui a été ou ce qui peut être amélioré. Pour Constantin, l’aide des évaluateurs est un vrai plus. « Ils nous donnent beaucoup de conseils, dont on se sert au maximum. Ça permet vraiment de nous aider et de nous améliorer. Mais ce n’est pas forcément une pression d‘avoir quelqu’un qui nous regarde, au contraire. On sait justement que cela va nous permettre de corriger certains défauts. »

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« Sans nous, le match ne se déroulerait pas de la même façon. On est caché mais sans nous ce serait plus compliqué d’organiser un match. On est très investi. »

Constantin Douy, ramasseur de balles à Roland-Garros

Quand ils ne sont pas sur les courts, les ramasseurs de balles peuvent parfois rester en tribunes ou ils se retrouvent dans leur salle de repos, où ils disposent de baby-foot, consoles de jeux… « On essaie de se reposer, de se mettre au frais mais par contre dès qu’il faut reprendre sa rotation on est tout le temps à fond. » Un temps de repos nécessaire quand le plus difficile est « de toujours resté concentré ».

Ce samedi 1er juin, sur le court n°6, quatre matchs de doubles étaient programmés (deux masculins, un féminin et un mixte). « Souvent, en double, les joueurs ne prennent pas les serviettes, donc déjà les ramasseurs de fond on a moins de travail à faire. Le double est plus reposant on va dire. » De là à dire que faire du double a du bon ? « On veut toujours faire les simples parce que les simples c’est quand même mieux. Mais, de toute façon, tout le monde fait du double à un moment ou un autre. Aujourd’hui par exemple, c’est du double ! (Rires). On est forcément un peu déçu parce que tout le monde veut faire des gros courts avec des gros simples mais c’est comme ça. »

Si Constantin relativise en expliquant que cela permet de découvrir des joueurs, comme lors des qualifications, il admet avoir une préférence pour les simples. « Les plus gros joueurs jouent en simple », justifie-t-il. Avant la fin du tournoi, il aimerait d’ailleurs pouvoir ramasser sur le court Philippe-Chatrier, avec Roger Federer. Il s’estime tout de même chanceux d’avoir pu faire le Suzanne-Lenglen avec le numéro mondial.

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Être au cœur du jeu

La proximité avec les joueurs est ce que préfère le jeune joueur de tennis dans son rôle de ramasseur. « On est sur le terrain, on est vraiment super proche des joueurs. On est vraiment au cœur du jeu, on peut voir les échanges, la vitesse de la balle… A la télé ou même dans le public on se rend moins compte de la vitesse de la balle. Quand on est vraiment au même niveau sur le terrain, on se rend compte que ça tape. »

Après avoir ramassé lors des rencontres des frères Bryan (anciens numéro 1 mondiaux), de la paire française Chardy – Martin ou de la paire tête de série numéro 10 Rojer – Tecau, la journée s’est terminée vers 18h sur le court n°6. Constantin peut ainsi rentrer chez son correspondant, un autre ramasseur de balles. « C’est la fédération qui organise tout ça. Je dors chez lui, je suis hébergé. On fait les trajets ensemble. Ça permet de créer des liens, de toujours avoir quelqu’un avec qui on peut parler. C’est bien sympathique. »

Celui qui ne regrette pas d’avoir tenté une nouvelle fois sa chance et qui compte bien profiter de cette expérience jusqu’au bout, tire déjà un bilan positif de son passage à Roland-Garros. « On découvre pleins de choses, pas seulement au niveau des joueurs. On s’entend bien avec tout le monde, on se fait de nouveaux amis, on découvre les courts, l’ambiance. C’est une atmosphère particulière. On vit pendant trois semaines ici et c’est vraiment génial. »

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Ambiance Roland-Garros 1

Alors que Constantin Douy et les autres ramasseurs sont sur les courts, les spectateurs profitent des allées du stade.

Quelques chiffres

4.000 : le nombre de candidats pour être ramasseur de balles

260 : le nombre de candidats retenus

9 : le nombre de représentants de la région Centre-Val de Loire

38 : le nombre d’évaluateurs

5 km : la distance parcourue par les ramasseurs de balles chaque jour

300 : le nombre de serviettes distribuées chaque jour

300.000 : le nombre de balles qui seront renvoyées aux joueurs et aux joueuses tout au long du tournoi

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