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C’Koi Ce Cirk dit adieu à son école de cirque

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Depuis 2015, ils étaient nombreux à franchir les portes du Rexy chaque semaine, à Saint-Pierre-des-Corps, pour s’adonner à la pratique du cirque. C’est en effet dans l’ancien cinéma, ouvert entre 1960 et 1985, que la Compagnie C’koi Ce Cirk, créée en 2003, avait trouvé refuge depuis 3 ans. Un lieu en dur pour permettre d’exprimer pleinement les capacités de l’école de cirque de la compagnie, à travers ses enjeux artistiques mais aussi culturels et sociaux.

Seule école adhérente et affiliée de la région adhérente à la Fédération française du cirque de qui elle dispose d’un agrément, C’Koi Ce Cirk avait pu y démontrer toute l’importance de la pratique circassienne avec pas moins de 200 adhérents qui s’y retrouvaient chaque semaine pour des cours de jonglerie, acrobatie et autres… Une réussite conjuguée au deuxième volet de l’école : son lien avec le territoire et ses multiples interventions en milieu scolaire, dans les centres socio-culturels, dans les centres de loisirs, les ITEP ou encore auprès des publics en situation de handicap… Au total, ce sont ainsi 2780 enfants qui étaient touchés par l’activité de l’école de cirque chaque année.

Une fin des activités programmée pour juillet

Si on en parle au passé, c’est parce que malgré ce succès non négligeable, malgré des activités florissantes, la compagnie a annoncé il y a quelques semaines, l’arrêt de son école du cirque à la fin de l’année scolaire. « Nous avons décidé de terminer l’année par respect pour nos adhérents, pour les enfants et les familles, parce que derrière la simple activité c’est un état d’esprit que nous privilégions » explique Ludovic Harel, le fondateur de la compagnie. « Malgré tout, d’un point de vue comptable, il aurait été préférable que l’on arrête dès avril », poursuit-il. Confronté à une problématique connue d’un milieu associatif qui semble traverser une crise importante à croire les nombreux appels à l’aide et aux soutiens qui se multiplient, C’Koi Ce Cirk a du se faire une raison et stopper ses activités.

Ludovic Harel

Pour comprendre le problème, il faut revenir sur le fonctionnement de la compagnie. Celle-ci développe deux axes : un lié à ses spectacles (l’an dernier la compagnie a tourné plus de 70 dates en France) et l’autre à son école de cirque. Le premier nourrissant le second ces dernières années, la compagnie étant en autofinancement à hauteur de 72% et étant peu aidée pour sa partie école.

Une école développée sur un projet d’éducation populaire fort, centré sur l’épanouissement personnel et le vivre ensemble, mais dont le modèle est aujourd’hui enrayé. « Si je prends l’exemple d’un club sportif avec 200 enfants adhérents, il va avoir les infrastructures adaptées, souvent mises à disposition par les collectivités. Nous de notre côté on n’a rien. On doit faire entre trois lieux, tous privés : le Rexy pour l’école, un lieu de stockage à La Riche pour le matériel et des ateliers – bureaux à Tours ». Une multiplicité de lieux avec les charges qui vont avec : 25 000 euros à l’année. Une somme qui plombe les comptes de l’association. « Au Mans, ils ont une cité du cirque dans un ancien gymnase, à Tours nous n’avons pas de lieu comparable et aujourd’hui nous ne pouvons plus faire face » raconte Ludovic Harel. Avec la vente du Rexy par son propriétaire, la compagnie va perdre début 2019 son lieu d’accueil et ne peut plus continuer malgré une demande croissante et continue de la part des familles pour ses enseignements. « Cela nous coûterait trop cher et mettrait en péril la partie spectacles de la compagnie ».

« L’envie de continuer est présente, mais nous n’en avons plus les moyens »

Pour le fondateur de la compagnie, « le cirque n’est pas reconnu comme il devrait par les pouvoirs publics, on est à la fois un mélange d’art et de sport et donc toujours tiraillés entre différents interlocuteurs ». Un paradoxe au moment où Tours Métropole se gargarise de vouloir devenir une place forte du cirque avec son festival international qui reviendra pour la 2e édition à l’automne prochain. « Le festival c’est un one-shot, il ne fait d’ailleurs travailler aucune compagnie locale. Je ne suis pas contre un événement de ce type, mais si on ne l’accompagne pas d’un travail quotidien autour des pratiques et de la culture du cirque à l’année, cela ne sert à rien. »

Et pour revenir à sa compagnie Ludovic Harel de conclure : « L’envie de continuer est présente, mais nous n’en avons plus les moyens, parce que l’activité du cirque coûte cher. Pour renouveler un set de matériel adapté, nous en avons pour 7000 euros à chaque fois. »

Un matériel que la compagnie a vendu en partie le week-end dernier au Rexy de Saint-Pierre-des-Corps au cours d’une brocante : « Beaucoup de monde est passé, cela fait plaisir malgré tout. Certains nous disent que ça fait bizarre de nous acheter le matériel. Il y a à la fois de la tristesse et une charge émotionnelle chez les adhérents comme chez les bénévoles ou les salariés. »

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