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Carole Marchais, artiste inspirée par la fac de Tours

On ne le sait pas assez mais, chaque année, l’Université de Tours s’associe avec un artiste et l’accueille en résidence. Depuis la rentrée, Carole Marchais vient donc une semaine par mois à la fac afin de préparer une installation mais aussi des projets avec les étudiants. Rencontre.

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En arrivant aux Tanneurs, on trouve rapidement Carole Marchais : perchée en haut d’un escabeau, elle est en train d’habiller de verdure une structure en bois installée sur le parvis de la fac dans le cadre d’un chantier participatif . Habituée à travailler avec les éléments naturels, l’artiste originaire du Berry présente ainsi son travail au grand jour, « un clin d’oeil » insiste-t-elle, car cette performance extérieure n’est qu’un échantillon de tout le projet qu’elle va mener avec l’Université jusqu’au printemps 2018… Il lui permet néanmoins de se présenter à tous les étudiants et ainsi de se faire connaître…

Depuis une dizaine d’années, le service culturel de l’Université de Tours organise une résidence d’artiste par an. Un travail qui mérite d’être mis en lumière, d’où ce rendez-vous avec Carole Marchais. Elle a commencé sa collaboration avec la fac juste après l’été et a encore plusieurs mois de travail devant elle, et autant d’idées. Plasticienne, cette Berrichonne d’origine, réalise des installations le plus souvent éphémères (mais ses créations résistent parfois au temps et aux éléments, comme celle qui est actuellement visible dans un parc de La Rochelle). Etablie en Charente-Maritime, la quadragénaire a commencé sa carrière professionnelle par des études de géologie et d’aménagement du littoral ce qui l’a amenée à travailler quelques années dans le secteur de l’aménagement touristique.

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Elle est devenue artiste à 30 ans

En l’an 2000, à 30 ans, « j’ai changé de parcours » raconte Carole Marchais. Plus jeune, elle voulait faire une formation artistique mais « je ne me l’étais pas autorisé… Je ne sais pas pourquoi. On ne m’en a pas empêché mais je suis resté dans un cursus scientifique plus raisonnable et je ne regrette pas du tout car ce parcours m’a nourri et a fait ce que je suis. » Le désir d’être artiste a tout de même fini par refaire surface, elle commence alors par la sculpture, la fonderie et la taille de la pierre ou du bois à Paris, tout en travaillant en tant qu’intermittente du spectacle dans les décors.

En 2004, Carole Marchais monte sa première exposition, à Brouage (sur ses terres charentaises). Des sculptures… « Et là je me dis que c’est magnifique mais qu’il n’y a pas de lien avec le lieu. Je trouve ça dommage. » Alors, quand elle expose à Chinon en 2008, l’artiste revoit sa façon de travailler : « j’ai collaboré avec une vigneronne et je me suis inspirée de son domaine avec des ceps et d’autres matériaux de la vigne. Cela me correspondait mieux. »

Un travail avec des plantes ou des déchets

Désormais, quand elle arrive sur un projet, « je ne sais pas à l’avance ce que je vais faire. » Ce qui lui a permis de créer une installation de toute pièce sur la commune de Chinon ou encore de façonner une oeuvre autour de l’histoire urbaine de Joué-lès-Tours, avec de la vigne et des matériaux de Michelin. « Mes installations sont vraiment en lien avec les lieux, mon cheminement personnel, les personnes que je rencontre et le contexte dans lequel j’interviens. Souvent mon travail parle de fragilité, de transition, de résiliance… A chaque fois, il y a regard sur notre environnement quotidien. J’utilise beaucoup de récup’, souvent des matériaux pauvres, des déchets mais dans le but de leur redonner une importance afin de voir notre environnement quotidien d’une façon différente. »

Après Brouage, Chinon ou Joué, la carrière de Carole Marchais l’a emmenée à Montbazillac, Niort, en Indonésie mais aussi dans un hôpital psychiatrique ou encore au lycée agricole de Chambray-lès-Tours l’an dernier, au cours d’une résidence de trois mois sur l’enchantement. A l’Université de Tours, son travail se fait en lien avec le laboratoire CITERES des Deux-Lions : « il regroupe 4 équipes qui ont en commun de travailler sur les notions d’espace et de territoire. En arrivant, je suis aller rencontrer les chercheurs : les sociologues, les géographes, les climatologues… Je voulais voir comment ils travaillaient, comment ils pouvaient m’inspirer, comment je pouvais restituer leur travail. »

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Une oeuvre au coeur des laboratoires des Deux-Lions

De ces rencontres naîtra une installation in situ dans les locaux du labo : « souvent il y a un rapport lié à l’intime dans leurs sujets de recherches et j’ai envie de ramener quelque chose de l’ordre du sensible dans mon installation. De rendre plus chaleureux cet endroit froid. » Au départ, Carole Marchais imaginait travailler avec du papier, finalement ce sera avec de la clématite sauvage des bords de Loire, la même plante utilisée pour son installation des Tanneurs : « elle a un côté doux, enveloppant. » Pensée pour les lieux de passage, l’oeuvre devrait subsister deux à trois mois, elle sera à découvrir le 12 décembre à partir de 18h30 à la MSH.

Ce même soir, Carole Marchais détaillera l’ensemble de son projet avec l’université tourangelle. Elle va notamment collaborer avec la climatologue Isabelle Lajeunesse dans le cadre d’un colloque international sur le changement climatique prévu au Vinci de Tours début 2018. Le tout devrait prendre la forme d’un parcours artistique imaginé avec les étudiants de Master 2.