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La bonne formule des Années Joué

La 21e édition des Années Joué se déroulera du 1er au 3 juin prochain. Le festival des arts de la rue jocondien est devenu une référence en la matière, grâce entre autres au travail effectué depuis plusieurs années par Olivier Catin, le directeur du festival, avec qui nous revenons sur la préparation d’un tel événement.

L’ambition du festival :

Aux Années Joué, l’ambition est affirmée depuis plusieurs années : faire de l’événement un des festivals phares des arts de la rue en France : « Nous voulons être dans le top 10 français ». Une volonté du directeur mais aussi de la municipalité qui organise l’événement. « Alors que plusieurs festivals ont disparu en France, sous couvert parfois de l’état d’urgence et des complications d’organisations liées, nous avons la chance et je ne vais pas m’en plaindre en tant que directeur du festival, que la volonté politique de développer les Années Joué est là. Et nous montrons chaque année que cela fonctionne avec en plus une véritable intégration de la population à l’événement », raconte Olivier Catin.

Lire également sur Info Tours, la présentation de l’édition 2018

Leurre H de la Compagnie l’Escale aux Années Joué 2017 (c) 37 degrés

Un scénario qui s’écrit plusieurs années à l’avance

Les Années Joué c’est chaque année une quarantaine de compagnies et une centaine de spectacles présentés au public. Entre petites formes favorisant la proximité avec le public et grosses productions des plus grandes compagnies de France ou d’Europe, le festival est un habile mélange de spectacles aux tailles et aux styles variés avec chaque année un thème comme fil conducteur, « Au-delà du réel » pour l’édition à venir. Une programmation qui est la patte de son directeur, Olivier Catin, qui tient à mettre au point chaque année une programmation originale. « En tant que programmateur on écrit une histoire, un scénario équilibré entre les différentes disciplines, les petites formes et les grandes formes » explique-t-il. Et pour être sûr de ses choix, le programmateur a préalablement vu tous les spectacles sélectionnés. « J’en vois 2 à 3 fois plus dans l’année qu’il n’y en a sur le festival ».

Un scénario qui s’écrit parfois plusieurs années à l’avance, notamment pour faire venir certaines grosses compagnies qui animeront les temps forts du festival. Ces dernières années, citons Komplex Kapharnaüm, Les Plasticiens Volants, Les Commandos Percus ou Generik Vapeur… et pour l’édition 2018, L’Acte Théâtral qui aura une carte blanche avec trois temps forts ou la compagnie espagnole Voala. « Je travaille parfois 2 à 3 ans à l’avance avec certaines compagnies que je souhaite absolument sur le festival, parce qu’elles sont très demandées et que le mois de juin est la période des festivals ». Parmi les critères qui rentrent en compte : la réputation du festival mais aussi le fait d’être bien placé sur le circuit d’une tournée par exemple.

Les Commandos Percu aux Années Joué 2017 (c) 37 degrés

Un budget de 460 000 euros

Autre critère, celui du budget évidemment. Aux Années Joué, Olivier Catin dispose d’un budget global de 460 000 euros. Un budget en hausse depuis plusieurs années « parce qu’aujourd’hui on sait valoriser chaque dépense ce qui n’était pas forcément le cas avant » et qui permet d’apporter chaque année des améliorations. Cette année, un travail particulier est ainsi mené pour améliorer l’accueil des artistes par exemple. Parmi les dépenses principales du festival, on retrouve logiquement l’achat de la trentaine de spectacles qui font partie de la sélection officielle avec des tarifs allant de 2000 à 50 000 euros pour les plus grosses formes. « On négocie un peu mais par respect pour le travail engagé des compagnies, je ne cherche pas à négocier juste pour tirer les prix vers le bas. Contrairement à d’autres arts, les arts de la rue ne sont jamais entrés dans des logiques spéculatives de pur business et les prix annoncés par les compagnies sont souvent justifiés au regard du travail fourni. Il y a quelques années encore, ces prix étaient même en dessous de leur vraie valeur ».

A l’inverse, Olivier Catin le rappelle, un festival de cette ampleur rapporte également de l’argent. « Pendant longtemps on n’en parlait pas, mais il y a une véritable économie de la culture. Aujourd’hui c’est démontré par exemple qu’un festival comme Les Années Joué influe sur le tissu économique local et rapporte de l’argent ».

Les Urbaindigènes, reviendront cette année avec un nouveau spectacle, « L’Affaire suit son cours » (c) 37 degrés

L’avenir des arts de la rue

Comme beaucoup de milieux culturels, si les arts de la rue se portent bien, ils restent néanmoins sur des modèles fragiles avec des questionnements qui touchent également les festivals. « Je pense que ce sera plus compliqué dans les années à venir de programmer des temps forts avec des grandes formes. On remarque que c’est difficile aujourd’hui pour les compagnies de renouveler les grosses productions parce que se lancer dans ce genre de spectacles cela a un coût non négligeable et qu’elles sont de plus en plus dans l’incertitude de pouvoir les vendre suffisamment derrière ».

Pour autant, Olivier Catin ne tombe pas dans l’alarmisme et croit à un renouvellement des choses et que celui-ci passera par l’émergence de nouveaux acteurs : « J’espère et je crois que les jeunes prendront la relève. La plupart des grosses compagnies majeures sont nées en même temps, à la fin des années 70 et début 80 et aujourd’hui elles commencent à passer le relais en intégrant des jeunes à leurs côtés. Il y a aussi de nouvelles compagnies qui émergent comme Les 100 Issues pour parler des compagnies locales et qui commencent à se faire un nom en France. Je crois beaucoup à ce renouvellement par la jeunesse et c’est pour cela que nous mettons en place chaque année le tremplin des créations ».

Pour tout savoir sur l’édition 2018 des Années Joué, rendez-vous sur leur site internet.

Un degré en plus :

> A noter que cette année encore, Info Tours et 37 degrés sont partenaires des Années Joué. Dans les prochaines semaines, vous pourrez découvrir une série de reportages sur les coulisses du festival et toute notre équipe sera mobilisée sur place du vendredi au dimanche.

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