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1 000 emplois annoncés au Magasin Général : de belles promesses et un gros malaise

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Mardi 29 juin, le conseil municipal de Saint-Pierre-des-Corps devrait valider la vente du Magasin Général au groupe Vinci, dans le but de le rénover puis de le céder à une entreprise du secteur des biotechnologies médicales. Le maire promet 1 000 créations d’emplois. Un chiffre clinquant qui suscite des doutes au sein de l’opposition, tandis que le collectif qui voulait faire un tiers-lieu de l’ex-bastion SNCF se sent humilié par l’accueil qu’il a reçu. Décryptage d’un des sujets les plus sensibles du moment dans l’agglo tourangelle…

« C’est un projet d’envergure internationale, le plus abouti qu’on nous a présenté et qui n’a pas d’équivalent en Europe » : le maire de Saint-Pierre-des-Corps emploie tous les superlatifs possibles pour parler de l’avenir du Magasin Général, cet ancien site SNCF de 28 000m² propriété de la ville depuis une dizaine d’années mais complètement inutilisé car en friche. Contacté par 37 degrés, Emmanuel François confirme le projet de vente à la grande entreprise Vinci, après une réunion de la commission urbanisme en mairie ce lundi 31 mai. Il ne donne pas le prix mais assure que c’est « trois fois plus que l’offre proposée au départ » (3 millions d’€ selon les informations que nous avons pu récolter).

L’idée de cette transaction en discussion depuis un an, à l’initiative du privé : confier la rénovation des lieux au géant du BTP qui le revendrait ensuite à une grande entreprise « bien connue du territoire, qui travaille notamment avec l’Université de Tours. » La structure en question envisagerait entre 150 et 200 millions d’€ d’investissements pour ouvrir son siège social sur place.

La promesse de faire venir des gens du monde entier

Pas de nom à se mettre sous la dent « parce qu’il y a une clause de confidentialité » dit Emmanuel François, consentant juste à citer un secteur d’activité : la biotechnologie médicale. « Ce sont 1 000 postes qui seront créés dans la commune soit 10% de sa capacité d’emploi » se félicite l’élu, évoquant également des retombées fiscales qui se chiffrent en millions d’€ pour Tours Métropole et pour le département. « Enfin on fait quelque chose de pérenne avec ce bâtiment qui ne cessait de se dégrader. Cela va faire venir des gens des 4 coins du monde. On sauve le site et en plus cela ne va rien coûter à la collectivité. D’habitude quand une entreprise s’installe les collectivités donnent de l’argent, et là ce n’est pas le cas. »

Le Magasin Général deviendrait alors un site de recherche et de production, mais aussi un lieu en partie ouvert au public comme le maire corpopétrussien s’y était engagé :

« On n’intégrera pas le sein de l’entreprise mais on pourra venir déjeuner, dîner et observer la structure intérieure du bâtiment, cet aspect cathédrale, grâce à une cafétéria et à un restaurant. Nous avons aussi un projet culturel en rapport avec la photo et le ferroviaire. »

Emmanuel François met également en avant les ambitions écologiques de l’entreprise souhaitant investir les lieux, notamment son projet de créer – à terme – une voie ferrée pour transporter personnel, visiteurs et marchandises entre le Magasin Général et la gare de Saint-Pierre-des-Corps. A noter qu’il n’y a pas de projets de constructions annexes aux abords de l’actuel bâtiment des années 1920.

Un projet qui ne fait pas consensus

Les bases de l’avenir du site sont posées mais il reste encore beaucoup d’étapes… Déjà le conseil municipal doit valider l’idée de la vente à Vinci le 29 juin, suivront des études de la structure du Magasin Général pour voir si sa rénovation est bien envisageable, « même si l’on a déjà fait beaucoup de diagnostics. » « L’idée serait de débuter les travaux en 2023 pour les terminer à la rentrée 2024 » avance Emmanuel François.

Mais est-ce qu’il ne s’emballe pas un peu trop vite ? C’est l’avis du conseiller municipal d’opposition communiste Michel Soulas qui dit avoir assisté à une commission « ubuesque » ce lundi :

« On nous explique que ça va être merveilleux mais on ne nous donne pas d’informations. Vinci est compétent mais derrière il y a une entreprise qui avancée masquée. 1 000 emplois c’est bien mais on ne nous dit pas si ce sera dans le tertiaire, les services, si ce seront des personnes issues des lycées de Saint-Pierre-des-Corps et de l’enseignement supérieur local ou formées sur place… »

L’élu estime en prime que la ville « brade » son patrimoine : « L’immobilier d’entreprise c’est en moyenne 150€ le m², la mairie aurait pu a minima en obtenir 9 750 000€ pour le même projet. » Même scepticisme de la part du socialiste Cyrille Jeanneau, également élu d’opposition qui note que seul le prix de la vente bénéficiera à la ville, qui n’aura rien sur les retombées fiscales estimant par ailleurs que « les emplois de chercheurs ne bénéficieront pas à l’économie locale. » Sans s’opposer au projet industriel en lui-même, il ne comprend pas l’intérêt de le situer au Magasin Général : « Il aurait été plus rentable pour l’entreprise de construire des locaux neufs sur le site Michelin ou de Tupperware à Joué-lès-Tours. »

Un collectif citoyen dépité

« Je ne suis pas contre l’industrialisation mais pas au Magasin Général » tempête encore Cyrille Jeanneau, partisan du projet défendu par le collectif Le Réveil du Magasin Général, également invité à présenter ses plans lundi en commission urbanisme (il voulait un tiers-lieu avec des bureaux mais aussi des activités sportives, culturelles ou touristiques). Il est ressorti dégoûté de la réunion :

« La mairie a balayé notre projet sans se donner le temps de la réflexion et sans nous donner l’opportunité de le construire avec elle. Nous avons bien compris que deux visions s’opposent, celles de l’ancien monde et celle d’une génération prête à faire bouger les lignes. Nous avons pourtant su apporter des éléments financiers solides, et une projection de rentabilité plus intéressante que l’autre projet, à savoir une acquisition partielle (pour faire entrer du cash à la et un complément de revenus locatifs (chose que ne fait pas Vinci). Nous avons pu présenter un plan de financement rassemblant près de 11 millions d’euros en 1 mois, ce qui est exceptionnel ! Et qui laisse percevoir le potentiel d’investissement de ce lieu… »

L’exposé, sans doute bientôt présenté publiquement, a néanmoins convaincu l’opposition : « Je préfère plusieurs entités entrepreneuriales qu’un propriétaire unique qui peut se faire racheter par un fonds qatari avec le risque d’une revente à la découpe du bâtiment » s’inquiète Cyrille Jeanneu, déçu que le maire n’ait pas « écouté les entrepreneurs locaux. » Michel Soulas regrette lui qu’un projet de création de nouveau quartier autour du Magasin Général fut balayé d’un revers de main, tout comme un dossier autour de l’hydrogène : « J’ai demandé au maire d’être plus modeste car il pourrait y avoir des recours » prévient-il, s’attendant déjà à long débat au conseil municipal.

Des critiques balayées par Emmanuel François, qui décrit la présentation du Réveil du Magasin Général comme « un projet fourre-tout dont il est difficile d’envisager le fonctionnement. » : « Quand on envisage un projet comme celui-là il ne faut pas oublier les 28 000 m², une surface importante. Le collectif cite Bordeaux et son site Darwin en exemple mais c’est dans une agglomération beaucoup plus grande, les loyers sont chers et ils sont en grande difficulté. Après la crise Covid, il nous faut un projet économique fort, un partenaire aux reins solides et qui a de l’expérience. Je fais confiance à Vinci qui n’en est pas à son coup d’essai. »


Un degré en plus :

Pour défendre son projet, Emmanuel François s’appuie sur sa prédécesseuse Marie-France Beaufils (PCF), affirmant auprès de nous qu’elle souhaitait un futur industriel au Magasin Général. « Le terme pour ma part c’était économique » répond l’élue retraitée. « L’aspect industriel a déjà été en partie réinstallé avec Imateq en continuité du hangar de la loco à vapeur en rénovation. Pour le Magasin Général, nous avions un projet sur la formation en raison d’une forte demande d’entreprises de la zone d’activité qui n’arrivaient pas à trouver des gens pour travailler. Il n’a pas abouti car on devait s’associer avec un dossier francilien non retenu par l’idée, ce qui a tout stoppé. Mais ça ne veut pas dire que la proposition n’était pas intéressante. »

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