Gil KD, une peintre dans la rue

Depuis deux ans environ, une quinzaine de graffs représentant des femmes sont visibles sur les murs tourangeaux. Longtemps restée dans l’ombre, on sait aujourd’hui qui en est à l’origine. Gil KD, habituée à graffer cachée, peint en ce moment en pleine rue, grâce à une initiative de l’office de Tourisme de Chenonceaux Bléré Val de Cher. À cette occasion, nous l’avons rencontrée.

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C’est une scène plutôt inhabituelle à laquelle les Blérois assistent ce jeudi après-midi, rue du général de Gaulle. Bombes de peinture, pochoirs, escabeau, draps et paniers s’entremêlent sur le trottoir, entre Le bouton d’or et La balade des fromages. Cheveux mal coiffés, jean tâché de peinture, t-shirt et chaussures blanches, l’artiste Gil KD est en action sous une chaleur étouffante. Elle finalise son graff, une femme asiatique vêtue d’une robe rouge et verte, à la vue de tous.

Dans le cadre de la 7e édition de peindre en Val de Cher, l’office de tourisme de Chenonceaux Bléré a en effet permis à cette infirmière libérale d’une cinquantaine d’années, de peindre en toute liberté dans les rues de Bléré et de La Croix-en-Touraine. « Je trouve ça fabuleux que la ville prenne un risque par rapport au tag. Je leur en suis vraiment reconnaissante. » À Tours, « c’est toléré, mais dans des endroits où les gens n’iront pas », regrette-t-elle.

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« Je ne dois pas mettre plus de 20 minutes »

Habituée à se cacher pour graffer, Gil KD aime cependant le côté interdit et les prises de risque auxquelles elle est confrontée. Mais attention, il ne s’agit pas de peindre n’importe quoi, n’importe où. « Je ne le fais pas au hasard. Je repère, je calcule, je regarde s’il y a des rondes », explique l’artiste à la bonne humeur communicative. Amendable si elle se fait prendre, elle doit donc réaliser ses tags rapidement. « Je ne dois pas mettre plus de 20 minutes », précise-t-elle. Cela lui demande alors un important travail de préparation et de précision. Devant travailler vite, elle n’a, en effet, pas le droit aux rattrapages. « Je fais mon dessin sur papier, j’insiste sur les noirs et les blancs et je vois comment faire ressortir les ombres. Ensuite, je le transfère sur un logiciel, je l’agrandis et je l’imprime ».

Puisque interdits, ses graffs – qu’elle appelle aussi « flash modes » – ont régulièrement été effacés mais elle assure ne pas en vouloir à la mairie. « Tu poses un dessin, on l’enlève, ce n’est pas grave. Je ne le fais pas légalement, donc c’est le jeu », admet-elle. Ce caractère éphémère ne la dérange pas. Au contraire. « Il ne faut pas que ça reste trop longtemps, comme ça on en fait d’autres et les gens voient de nouvelles choses. »

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Ce goût pour l’art, Gil KD le porte en elle depuis toute petite. Elle commence par dessiner à la craie, sur les murs, à Paris notamment. Puis elle fait des collages, des danseuses en noir et blanc posées sur les gouttières, les ponts, les portes…. Agacée de voir que son travail, qui lui prenait beaucoup de temps, finissait toujours par être arraché par les passants après quelques jours, elle décide de se mettre au graff.

S’exprimer ainsi dans la rue permet à cette amatrice de théâtre de toucher le plus de monde possible. Elle veut prouver que l’art est accessible à tous et pas seulement aux personnes qui osent entrer dans les lieux culturels. « Je suis pour la promotion de l’art. »

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De l’ombre à la lumière

Et cette promotion fonctionne plutôt bien. Au fil du temps, grâce à des dessins esthétiques, colorés, pleins de sentiments et de sensualité, elle acquiert une véritable notoriété sur les réseaux sociaux.

Quand elle commence à habiller les murs de la ville, personne ne sait qui elle est : « Ma démarche n’était pas de me montrer. Je ne pense pas avoir besoin de m’afficher », lâche-t-elle. Aujourd’hui, les partages de ses graffs sur internet sont plus nombreux que ceux d’autres graffeurs tourangeaux reconnus. Preuve que cette peintre pétillante, qui commence tout doucement à accepter de se faire appeler « street artiste », a su se faire une place dans un milieu plutôt masculin. D’ailleurs, si elle admet toujours dessiner des femmes, elle ne se considère pas pour autant militante féministe. « Si je peins des femmes, c’est que j’arrive à y mettre plus d’émotions ».

Ces émotions, le public les ressent. Et, c’est ce « côté surprise de la réaction des gens, ce que ça va susciter chez eux », qu’elle aime par-dessus tout. « Il n’y a pas plus génial que de découvrir que quelqu’un a pris une photo de ton graff et qu’il y a des commentaires positifs en-dessous », se réjouit-elle. Elle se souvient d’une vieille dame qui l’avait interpellée dans la rue pour lui demander si les dessins étaient les siens. Elle lui avait ensuite confié que ces derniers égayaient ses journées. Des anecdotes comme celles-ci, elle doit en avoir des centaines. Que des beaux souvenirs. « J’en ai des frissons rien que d’en parler », avoue Gil KD, avec ce sourire qui ne la quitte jamais.

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Crédit photos : Henry Girard pour 37°

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